‹ Le Cid-HoraceChapitre 42 sur 224 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

Arrête leur désordre, et leur rend leur vertu. Contre nous de pied ferme ils tirent leurs alfanges 1 , De notre sang au leur font d'horribles mélanges ; Et la terre, et le fleuve, et leur flotte, et le port, Sont des champs de carnage où triomphe la mort. O combien d'actions, combien d'exploits célèbres Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres, Où chacun, seul témoin des grands coups qif il donnoit Ne pouvoit discerner où le sort inclinoit !

J'allois de tous côtés encourager les nôtres, Faire avancer les uns, et soutenir les autres, Ranger ceux qui venoient, les pousser à leur tour, Et ne l'ai pu savoir jusques au point du jour. Mais enfin sa clarté montre notre avantage ; Le Maure voit sa perte, et perd soudain courage : Et voyant un renfort qui nous vient secourir, L'ardeur de vaincre cède à la peur de mourir. Ils gagnent leurs vaisseaux, ils en coupent les câbles, Poussent jusques auxcieux des cris épouvantables, Font retraite en tumulte, et sans considérer Si leurs rois avec eux peuvent se retirer.

Pour souffrir ce devoir leur frayeur est trop forte ; Le flux les apporta, le reflux les remporte ; Cependant que leurs rois, engagés parmi nous, Et quelque peu des leurs, tout percés de nos coups, Disputent vaillamment et vendent bien leur vie. A se .rendre moi-même en vain je les convie ; Le cimeterre au poing ils ne m'écoutent pas : Mais voyant à leurs pieds tomber tous leurs soldats, Et que seuls désormais en vain ils se défendent, Ils demandent le chef; je me nomme, ils se rendent. Je vous les envoyai tous deux en même temps ; Et le combat cessa faute de combattans.

Cest de cette façon que, pour votre service....

2. Atfange est un mot espagnol qui signifie sabre, cimeterre, coutelas. L'épée était alors une arme inconnue aux Maures.

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