‹ Le Cid-HoraceChapitre 93 sur 224 · ACTE I. SCÈNE III. / l«J · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈNE III. / l«J

ŒNONE

Dieux tout-puissants, que nos pleurs vous apaisent.

PHÈDRE

Que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent ! Quelle importune main, en formant tous ces nœuds, A pris soin sur mon front d'assembler mes cheveux ? t ^ Tout m'afflige et me nuit, et conspire à me nuire.

ŒNONE

Comme on voit tous ses vœux l'un l'autre se détruire ! Vous-même, condamnant vos injustes desseins, Tantôt à vous parer vous excitiez nos mains ; Vous-même, rappelant votre force première, j ^ Vous vouliez vous montrer et revoir la lumière. Vous la voyez, Madame ; et prête à vous cacher, Vous haïssez le jour que vous veniez chercher ?

PHÈDRE

Noble et brillant auteur d'une triste famille, Toi, dont ma mère osoit se vanter d'être fille, rff Qui peut-être rougis du trouble oh tu me vois, Soleil, je te viens voir pour la dernière fois.

ŒNONE

Quoi ? vous ne perdrez point cette cruelle envie ? Vous verrai-je toujours, renonçant à la vie, * Faire de votre mort les funestes apptêts ? \\ S

PHÈDRE

Dieux ! que ne suis-je assise à l'ombre des forêts ! Quand poùrrai-je, au travers d'une noble poussière, Suivre de l'œil un char fuyant dans la carrière ?

ŒNONE

Quoi, Madame ?

Insensée, où suis-je ? et qu'ai~je dit ?

Oh laissé-je égarer mes vœux et mon esprit ? ,<b Je l'ai perdu : les Dieux m'en ont ravi l'usage. Œnone, la rougeur me couvre le visage :

30 PHÈDRE

e te laisse trop voir mes honteuses douleurs ;

"t mes yeux, malgré moi, se remplissent de pleurs.

ŒNONE

Ah ! s'il vous faut rougir, rougissez d'un silence tffi Qui de vos maux encore aigrit la violence.

Rebelle à tous nos soins, sourde à tous nos discours, Voulez-vous sans pitié laisser finir vos jours ? Quelle fureur les borne au milieu de leur course ? Quel charme ou quel poison en a tari la source ? N ^0 Les ombres par trois fois ont obscurci les cieux Depuis que le sommeil n'est entré dans vos yeux, Et le jour a trois fois chassé la nuit obscure Depuis que votre corps languit sans nourriture. A quel affreux dessein vous laissez-vous tenter ?^\<£ De quel droit sur vous-même osez-vous attenter f Vous offensez les Dieux auteurs de votre vie ; Vous trahissez l'époux à qui la foi vous lie ; Vous trahissez enfin vos enfants malheureux, Que vous précipitez sous un joug rigoureux. *^ Songez qu'un même jour leur ravira leur mère, Et rendra l'espérance au fils de l'étrangère, A ce fier ennemi de vous, de votre sang, Ce fils qu'une Amazone a porté dans son flanc, Cet Hippolyte...

PHÈDRE

Ah, Dieux ! ^

ŒNONE. -

Ce reproche tous touche. ^P

PHÈDRE

"Malheureuse, quel nom est sorti de ta bouche ?

ŒNONE

iHé bien ! votre colère éclate avec raison ;

J'aime à vous voir frémir à ce funeste nom.

vivez donc. Que l'amour, le devoir vous excite. ~

Vivez, ne souffrez pas que le fils d'une Scythe, >N

Accablant vos enfants d'un empire odieux,

Commande au plus beau sang de là Grèce et des Dieux.

Page 1