‹ Le Cid: tragédie en cinq actesChapitre 36 sur 88 · SCÈNE II.— L’INFANTE, CHIMÈNE, LÉONOR, ELVIRE · texte numérisé non relu

SCÈNE II.— L’INFANTE, CHIMÈNE, LÉONOR, ELVIRE

l’infante.

Je ne viens pas ici consoler tes douleurs ;

Je viens plutôt mêler mes soupirs à tes pleurs.

CHIMÈNE

Prenez bien plutôt part à la commune joie,

Et goûtez le bonheur que le ciel vous envoie,

Madame : autre que moi n’a droit de soupirer.

Le péril dont Rodrigue a su vous retirer,

Et le salut public que vous rendent ses armes,

A moi seule aujourd’hui souffrent encor les larmes t Il a sauvé la ville, il a servi son roi ;

Et son bras valeureux n’est funeste qu’à moi.

l’infante.

Ma Chimène, il est vrai qu’il a fait des merveilles*

CHIMÈNE

Déjà ce bruit fâcheux a frappé mes oreilles ;

Et je l’entends partout publier hautement Aussi brave guerrier que malheureux amant.

l’infante.

Qu’a de fâcheux pour toi ce discours populaire ?

Ce jeune Mars qu’il loue a su jadis te plaire;

Il possédoit ton âme, il vivoit sous tes lois :

Et vanter sa valeur, c’est honorer ton choix.

CHIMÈNE

Chacun peut la vanter avec quelque justice.

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