ACTEURS PRÉCÉDENS, LE MAITRE-D’ÉCOLE, SUITE DU MAITRE -D EC OLE
Le Maître - d’Ecole , tenant un papier en main.
O Mes amis ! tenons -nous bien , la première bordée sera forte.
Le Baron.
Monsieur l’écolâtre , que voulez-vous ? un placet ! je n’en reçois plus. J’ai renouvelle la défense de tirer un coup de fusil , de chanter en traversant mes terres , ce qui éveille mes perdrix, et le premier téméraire qui osera violer mon ordonnance... Le Maître - d’ Ecole.
Si vous vouliez m’écouter? . . .
Le Baron.
Je n écoute rien : je représente ici la personne sacrée du foi ; mes titres , mes droits sont signés de sa main , et l’on oseroit. . . Je ne veux point recevoir de placet. vous dis-je.
Le Maître - d’ Ecole.
Ce n’est point un placet que je viens vous lire ;
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c’est une loi qui casse toutes les vieilles et barbares loix de la chasse , les capitaineries. ... les immunités.
Le Baron.
Comment, comment? toutes les tètes sontelles en délire? . . . une loi pour nous autres
grands !
LeMaître - d’ Ecole.
* Oui ; une loi faite pour les grands et pour les petits : permettez que je le lise ce papier qui arrive de Paris , daté du 4 août 1789. Oh ! c’est là un papier qui ne ment jamais.
Le Baron.
C’est donc l’unique? Voyons, voyons ce qa’il dit.
LxMaître - d’ Ecole.
On a vu qu’il étoit révoltant que dans ce beau royaume les colons fussent partagés en deux classes entièrement distinctes , dont l’une occupée sans relâche à multiplier les richesses territoriales , supportoit toutes les charges publiques sans partager les principaux avantages de la société , et l’autre qui commaadoit par-tout , qui jouissoit de tout , non -seulement ne payoit presqu’aucun subside, mais opprimoit et puis encore méprisoit ceux qui nourrissoient les citoyens et enrichiss oient l’Etat.
Le Baron.
Qa'est-ce que c'est que ça? On détrône la noblesse , soutien du royaume : eh ! nous verrons.
Le Maître - d’ Ecole.
L’assemblée a vu que c'étoit mauvais ; -elle a voulu que l’opprimé ne redoutât plus l’oppresseur, et il n'y a plus , monseigneur, pour la dernière fois , car vous êtes démonscigneurisé , il n’y a plus de droits seigneuriaux : ainsi , chacun tuera la bête qui le rongera , et chacun demandera ce qui lui est dû à qui que ce soit dans le monde. . . Voilà une belle loi; il faut en convenir.
U- n Paysan.
Oui , oui ; nous la soutiendrons.
Un autre Paysan.
Oui ; nous feroi^ cause commune.
Un Autre.
Plus de bâton qui fasse le seigneur.
Le Baron.
Ah ! vous verrez , vous verrez tout ce qui vous en arrivera; qu’allez-vous devenir, je vous retire à tous ma protection?
Un Paysan.
Nous nous en passerons , n’en déplaise à votre défunte seigneurie. 11 étoit tems de secouer un pareil joug: tous les sacrifices que nous avons faits, les contributions que nous avons supportées , ne
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nous ont mérité que du mépris. Eh bien ! n«u$ savons nous estimer aujourd’hui ce que nous vallons. L’assemblée a revendiqué nos droits ; amis* il faut les soutenir : nous avons tous des bras et une intelligence.
Plusieus Paysans.
Oui , Oui ; nous soutiendrons la loi ; car c’est une bonne loi.
Un Autre Paysan.
C’est une excellente loi qui va tripler les biens de la terre.
Un Autre Paysan.
Nous ne verrons plus dans nos moissons , et jusques dans nos javelles et nos gerbes , tous les brigands qui dévastoient nos récoltes; le lièvre, le lapin, le pigton , le cerf , le daim , le sanglier et le gros décimateur , plus hardi qu'eux tous.
Un Autre Paysan.
Ni le décimateur. 1 Eh! quelle joie! ( On entend une grande décharge de fusils.) LeS voilà qu’on les tue tous et jusqu’au dernier , ceux qui nous mangeoient ; grâce à la liberté , nous allons les manger.
Le Baron.
Où suis-ie ? tout est bouleversé : c’cst la fin du
monde.
C’est la fin du mal, des vexations, des extorsions. . .
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Un Autre.
Loin , loin ces loix tyranniques! Nous ne serons plus condamnés , à notre naissance , à souffrir de tous les affronts et de tous les tourment qui attendoicnt le pauvre.
Un Autre.
Les glorieux seront bien punis. . . allons.
Attendez , attendez , vous verrez bientôt une contre-révolution... qui vous fera rentrer dans le devoir.
Un Autre.
'Oui.ouij quiressBscitcrales lièvres et les perdrix; bah ! bah ! nous sommes tous aguéris. . . On aura bien de la peine à nous persuader qu’il est essen: tiel , pour notre bonheur , de rappeler les capitaineries, les milices, les gabelles ? les corvées , les privilèges , les chanoines , les rats de cave et les seigneurs.
Un A u t jft e.
Allons , soutenons la loi nouvelle. Oh ! la récolte sera bonne cette année , et - le soleil déjà s’en réjouit : il n’y a plus de chasse ; il n’y a plus d’intendans , de subdélégués , de commis ; la terre en sera plus belle. Allons nous réjouir de tout ce qui s’est fait de bien pour nous et pour les campagnes, et remercions-cn le bon Dieu et l’assemblée nationale.
Fin du troisième et dernier Acte .