AUDACES FORTUNA
Je m'étais bien promis de vous dire ce soir Mon secret (mais pour vous est-ce un secret, madame ?). Nous étions seuls ; un jour pas trop clair, pas trop noir. Et puis voilà... j'ai manqué d'âme.
Tout le matin j'avais essayé des aveux, Tel un guerrier qui va partir pour la bataille Cherche en son arsenal la dague qui le mieux Saura faire une belle entaille !
J'avais trouvé des mots dont j'étais si content Que, bien que pas très sûr de jamais vous les dire, J'allais me les citant et, tout bas, escomptant Votre trouble ou votre sourire...
D'aucuns étaient émus ; l'un fut spirituel ! Un autre en disant peu disait beaucoup de choses, D'autres enfin selon l'amoureux rituel Parlaient d'étoiles et de roses.
Je me sentis si fort que j'eus en grand mépris Tant de timidités absurdes de potache ; ... Mais, sitôt que je fus près de vous, je compris Que je ne romprais point l'attache.
Vous dire un mot d'amour, ô mon amour ! oser Lâchement, à couvert d'une amitié si claire. Dans nos âmes jeter l'espoir seul d'un baiser, Jamais je ne pourrai le faire !
Et le soir, ce soir-là, nous fut propice en vain : Je n'ai point su tirer parti de l'aventure Et nous avons parlé tous deux, jusqu'à la fin. D'histoire et de littérature...
Novembre 1909.
JE VOUS A IME
Je vous aime. II n'y a que notre amour sur terre,
Que notre amour et nous.
J'entends parler. Pourquoi parler ? Pourquoi se taire ?
Je vous aime à genoux.
Voyez, de tous côtés les hommes nous entourent.
Que font-ils, que font-ils?
Les uns pensent, les uns pleurent, d'autres discourent...
Oh ! vos yeux sous vos cils !
vSe peut-il que Ton ait d'autre souci dans Tâme
Que de bien vous aimer ?
Hors de vous, loin de vous, je brise toute trame
Oui voudrait m 'en fermer.
En arrivant à moi tous les bruits de la vie
Ne sont qu'une rumeur, Je n'ai d'autre bonheur et je n'ai d'autre envie
Que d'écouter mon cœur.
Cependant, descendons un peu de notre rêve,
Arrêtons-nous par là, Qu'un instant pour vos yeux le voile se soulève.,.
Le monde, c'est cela.
Je vous donne tous ses rayons, toutes ses roses.
Ses pleurs et son émoi.
Tous ses bois, tout son ciel, toutes ces belles choses
Oui ne sont pas à moi.
Car, de moi, je n'ai plus pour vous que ma tristesse,
. Je vous ai tout donné Même les cruautés parfois de ma t(^ndresse Pour être pardonné ;