APPORT II 10 MATIÈRE PONDÉRABLE
Comme on l'a vu, les étoiles filantes, qui sont identiques aux. comètes, doivent, d'après les résultats de l'examen prismatique de celles-ci, être constituées par des gaz extrêmement raréfiés. La nature de ces gaz n'est pas complètement connue, mais il n'est pas vraisemblable, d'après leurs spectres, qu'ils soient identiques à ceux que renferme normalement notre atmosphère. Celle-ci doit donc être modifiée dans sa composition parce tribut incessant : il est possible, du reste, que la matière légère ainsi acquise par notre planète reste dans les régions supé-
1 U Soleil, pur A. Guillcmra, p. 171 ( 1860).
rieures et forme une couche qui ne se mêle pas aux masses plus profondes de l'air; maïs il est plus probable que le mélange a lieu et que ces gaz jouent un rôle autour de nous.
Les météorites nous apportent des matériaux plus facilement visibles, dont nous avons indiqué la nature, et qui ensemble ne laissent pas de faire un volume considérable.
Augmentation de la masse du ytobe par les étoiles filantes et les météorites. — On s'est demandé si cet apport de matière par les étoiles filantes et par les météorites, en augmentant évidemment la masse totale de notre globe , no contribue pas pour une part à l'accélération séculaire du moyen mouvement de la lune.
M. Dufour, qui a émis cette iilée ingénieuse ', parait en avoir exagéré beaucoup l'importance : le phénomène météoritiquo joue évidemment un rôle; mais il est complètement insuffisant pour expliquer l'accélération de notre satellite, et l'on doit voir évidemment dans cette accélération un effet dû à la superposition île causes nombreuses.
Entrée de la matière cosmique dans le cercle de la vie organique terrestre. — Une conséquence qu'on
1 Complu reaJus, I, LXH, p. 840.
ne peut négliger, c'est l'entrée de la matière cosmique ainsi précipitée dans le cercle de la vie organique terrestre. Les météorites tombées sur le soi s'y altèrent peu à peu, et avec une rapidité qui dépend de leur nature, lillcs peuvent alors fournir aux plantes qui croissent au point de chute une certaine quantité d'éléments assimilables qui parcourent dès lors le cycle si varié des transformations que l'on connaît.
M. de Reichenbach ' n'hésitait pas à voir dans les étoiles filantes et dans les météorites l'origine du phosphore et de la magnésie que renferment les sols arables. Cette supposition lui avait été suggérée parla découverte constante du niekel et du cobalt dans les terrains superficiels, et par l'idée, d'ailleurs reconnue fausse aujourd'hui, que les étoiles filantes seraient des météorites d'une faible masse, ou pour mieux dire réduites en poussière. Il monta un jour sur le Lahisberg, en Autriche, qui est une montagne conique, haute de 300 à 400 mètres et couverte à son sommet d'un bois de bétres. Il pénétra dans le taillis, y choisit un endroit que probablement le pied de l'homme n'avait jamais foulé, et ramassa quelques poignées de terre qu'il soumit à l'analyse. Il y
' /mimi,)!,»! par M. Figuier, t. X, ,>. iOI (isec).
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trouva des traces de cobalt et de nickel. Des échantillons pris sur le Haindelberg, sur le Kallcnberg et sur le Dreymarckstinbcrg , montagnes voisines de la première, conduisirent aux mômes résultais, et l'analyse du sol de la plaine appelée le Marchfeld, révéla également les traces du nickel. Ces faits sont d'autant plus significatifs que le massif de montagnes qui vient d'être cité est composé de grès et de calcaire où l'on n'a jamais trouvé le moindre filon métallique.
Influence possible de l'arrivée tles fers météoriques sur l'histoire de l'homme. — Nous ne pouvons quitter ce sujet sans rechercher si les apports de matière qui nous occupent n'ont pas eu quelque influence sur le développement social de l'homme.
On sait qu'aujourd'hui encore le fer météorique est travaillé et employé. Ainsi, M. Lubbock dit des Esquimaux' :« Quelques-uns de ces indigènes brisent aussi des fragments d'aérolithe de fer qu'ils aiguisent à coups de marteau et fixent ensuite dans un manche de corne ou d'os. » Ajoutons que la collection de météorites du Muséum d'histoire naturelle possède une petite hachette en fer météorique travaillée par les Esquimaux. Pallas raconte égale-
1 fAomrne c™,! Ckiitùrf, fat J. Ubbocï, 18CT p.
ment que certaines tribus sibériennes font des lames de couteau avec le fer qu'elles de tachent des aérolillics. « Celte pratique, écrit M. J. Fournet ', fut également rencontrée en Laponie. Enfin, Amérie Vcspucc raconte que les Indiens de l'embouchure de la Plata, fabriquaient des flèches ou autres instruments avec des morceaux provenant de masses probablement tombées du ciel. » Même chez les peuples civilises le fer météorique a été quelquefois forgé : Bolivar, suivant le récit de M. Boussingault î , avait une epée d'honneur faite en métal céleste. On dit que l'empereur de Russie en a nue semblable. Enfin, et sans vouloir épuiser le sujet, noua rappellerons d'après Bigot de Morogues* que dans ses Mémoires traduits en anglais, D'Gchan-Guir, empereur du Mogol, raconte avoir fait fabriquer deux sabres, un couteau et un poignard avec un fer du poids de deux kilogrammes et demi qui, vers la fin de l'année IG20, tomba à 100 milles environ de Lahore. Ce que font des sauvages contemporains, les peu-
1 De t'influence du mineur sur les progrès </,/<• cie\Usnûua,daiirhs les données actuelles del 'archéologie rl de h géologie, pi J. Fournet, p. 89, (1801).
1 Vojcrle Cornu tk 18G7.
' mémoire historique et physique sur 1er chuta des jiicncs tombées sur h surface dtla trrre ci diverses époques, pr M. P. -M. -S. Bigot de HorO- EUCJ.p. "b ( 1BI2 ).
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plades antébistoriques ont dû également le faire. Los traditions du reste en témoignent. C'est sans doute donner une interprétation plausible de l'anecdote mythologique qui nous montre le maître des dieux envoyant un secours de flèches aux combattants qu'il veut favoriser, que d'y voir l'indication do ce fait que des masses métalliques tombées des nues, avec accompagnement d'éclairs et de tonnerre, ont été employées à faire des floches. La fable qui représente les cyclopes forgeant la foudre témoigne également de l'emploi primitif du fer météorique ; par cela seul, en elTet, que le métal céleste, si inévitablement identifié avec la foudre, est considéré comme un produit de la forge, il est évident qu'on savait qu'il pouvait être forgé. Des forgerons, mettant en œuvre des fers tombés d'en haut, auront donné lieu à celte fable, et l'origine céleste des premiers matériaux de leur industrie peut n'être pas étrangère au caractère sacré que les traditions nous montrent avoir appartenu à l'origine aux ouvriers qui travaillaient le Ter.
Quand, à l'appel de la science, surgissent de toutes parts les témoins innombrables de ces temps primitifs qu'on croyait n'avoir pas laissé de traces, il se peut qu'un contrôle expérimental ne fasse pas longtemps défaut aux suppositions qu'on vient de for-
I3fi GËOLOGIt COMPARÉE.
mulcr, et nous nous permettrons de signaler comme un sujet d'étude plein d'intérêt la recherche du nickel et du phosphore dans les armes et ustensiles des premiers temps du fer. A peine est-il nécessaire de faire remorquer que, le fer ouvre paraissant avoir été importé en Europe , ce que nous appelons les premiers temps du fer peut être fort antérieur à l'époque aujourd'hui qualifiée do premier ago du fer par les archéologues et les anthropologistes européens.
Si ces vues étaient fondées, comment ne pas voir un fait providentiel dans la disposition en vertu de laquelle le fer natif, et par conséquent utilisable sans extraction préalable, descendant du ciel sur la terre, où le même métal n'existe qu'à l'état de combinaisons, tombe à point nommé aux pieds do l'homme encore inexpert en métallurgie? Il est vrai que M. Kournet, dont les opinions en cette matière sont d'un si grand poids, se refusait à voir dans l'arrivée du métal météoritique l'une des origines possibles de l'art de fabriquer le fer ; mais on doit avouer que le savant géologue en donnait des raisons bien peu démonstratives : • évidemment, disait-il, ces blocs sont trop accidentels et ils so sont trouvés trop écartés des centres de civilisation pour avoir pu mettre sur la voie de l'extraction du métal '. »
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Il nous parait que îles armes forgées avec la matière céleste s'élant oxydées, on aura pu être Trappe de l'identité du produit de cette altération avec certaines roches terrestres; de là à chercher le ter dans celles-ci il n'y avait plus qu'un pas. Ce qui ne veut pas dire que l'art métallurgique n'ait pu, selon la variété des lieux et des temps, avoir aussi des origines toutes différentes de celles-là; qu'il n'ait pu, par exemple, prendre naissance, comme on l'a dit, dans l'incendie de houillères renfermant de la sidérose, et qu'en Crète il n'ait été révélé aux Dactyles, comme le raconte la légende, par le spectacle du minerai en fusion au milieu des forets du mont Ida, embrasées par le feu du ciel.
Ihjpothïse mclvoriijxte de. l'entretien de la ehateur solaire. — Rien n'autorise à penser que la terre ait le privilège exclusif des chutes d'étoiles fdantes et de "météorites. Pour les étoiles filantes, la situation des orbites cométaires, par rapport à celle des orbites planétaires, prouve jusqu'à l'évidence qu'il doit en tomber sur les divers globes de notre système. Pour les météorites, la chose est beaucoup moins sûre, mais, étant admise touchant leur origine la théorie qui sera développée plus loin, l'analogio porte à penser qu'il en existe au moins dans le voisinage des planètes les plus semblables à la nôtre.
tas GÉOLOGIE COMPARÉE.
Le D r Mayer (de Heilbronn) , considéra ni la quantité de matière qui tombe annuellement sur la terre, sous forme de météorites et d'étoiles filantes, et la quantité de chaleur duc à la transformation Jo leur force vive, a été conduit' à se demander si un phénomène semblable ne pourrait pas se produire dans le soleil, et il a cherché quelle masse de matière devrait être employée à compenser la diminution de force vive produite par la radiation.
Le point de départ de ces calculs peut se trouver dans des faits d'observation qui semblent en confirmer la justesse; car, en Angleterre , M. llodginson et M. Carrington, dans deux observatoires différents, ayant vu au même instant une lumière très-vive se développer en un point du soleil très-voisin d'une tache , attribuèrent ce phénomène à la chute d'un météore et à la chaleur qui en était la conséquence.
Toutefois, et malgré les perfectionnements apportés à cette théorie par M. Thomson, on y a généralement renoncé. Les principales objections qu'on y a faites ont pour auteur M. baye, qui a montré 3 l'incompatibilité de ces effluves matérielles avec les délicates particularités de la surface solaire.
' Urtenk tin Hinatl, par Iv D' Majfr.
' Couples rendtu, t. LV, p. soi.
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Aujourd'hui, on esl bien plus disposé à chercher l'entretien de la chaleur du soleil dans la cause même de sa formation, c'est-à-dire dans le simple fait de la contraction spontanée de l'astre par suite de son refroidissement. Nous verrons que les astronomes pensent «j 110 notre système résulte île la condensation d'une nébuleuse; or la masse qui le constitue, en la supposant diffusée seulement jusqu'à l'orbite de Neptune, se présenterait dans un état do raréfaction comparable à celui que produisent nos meilleures machines pneumatiques. Si nous admettons qu'une pareille masse vienne à se condenser, en se précipitant sur un point central, nous pourrons parfaitement appliquer à ce cas la théorie de Mayer : le choc réciproque des molécules mettra toute la masse en vibration thermique et développera au centre une quantité très-considérable de chaleur. En tenant compte de la manière dont celle masse a dû être primitivement répartie à différentes distances du soleil, on a calculé que la quantité de chaleur développée do cette manière à dû élever la température de 500 millions de degrés. Telle aurait donc été la température initiale du globe solaire, et celle que nous observons aujourd'hui ne serait qu'un faible résidu de l'énorme quantité de chaleur due à la seule gravitation.
Comme le fait remarquer le P. Secchi 1 , on doit sans doute rapporter à la même origine , c'està-dire à la contraction par refroidissement, la chaleur centrale des planètes et même, très-probablement, leur mouvement de translation.
Râle des comités dans les relations réciproques des astres. — Nous no saurions terminer ce chapitre sans citer les comètes : ce sont de véritables agents île communication entre les divers systèmes planétaires, et il n'y a pas ;'i douter qu'à ce point de vue leur étude ne nous réserve des découvertes importantes.