BOLIDES ET LES AEROLTREES
le 14 nov.
FIG. 112. — Comment l'orbite d'un essaim d'étoiles filantes RENCONTRE celle de la Terre.
Ce fut en effet ce qui arriva, et au cours de la nuit du 13 au 14 novembre 1866 on assista à une véritable pluie de Léonides, pluie qui émanait bien du radiant situé dans la constellation du Lion, et qui fut tellement abondante que l'observatoire de Greenwich put estimer leur nombre à près de 5000 étoiles filantes dans une heure.
L'essaim des Léonides a donc, outre sa périodicité annuelle, une périodicité de « maximum » qui est de 33 ans environ et s'étend sur une trajectoire elliptique qui va jusqu'à l'orbite d'Uranus. On attendait le retour du maximum en 1899, mais il ne s’est pas produit, et on n'a pu observer, en novembre 1899, que l’essaim d'intensité ordinaire. La partie dense de l'essaim fut donc infidèle au rendez-vous : peut-être avait-elle été déviée par l’action perturbatrice d'une planète du système solaire.
Quoi qu'il en soit, on peut dire que les comètes et les étoiles filantes ont la même origine. Quand une comète suit le mème itinéraire qu'un essaim, elle n’en est, pour ainsi dire, que la « concentration »; mais le moindre choc, la moindre influence attractive latérale peut désagréger la comète et redonner naissance au « chapelet ».
Mais, peut-être, le phénomène inverse se produit-il aussi. Peut-être, au cours des pérégrinations du chapelet sur sa longue ellipse, les éléments qui le composent se rapprochent-ils, se coagulent-ils quand ils sont loin de l’astre.
Ainsi, bien que visibles seulement par leur passage dans l’atmosphère terrestre, les étoiles filantes constituent un chapitre d'astronomie générale des plus importants. Ces étoiles matérialisent un mouvement incessant de la matière dans l’espace, mouvement qui est peut-être identique à celui des atomes qui constituent les corps que nous manions journellement.
143. Les bolides et les aérolithes. — Parmi les morceaux qui proviennent de la désagrégation des comètes, les plus petits constituent les étoiles filantes : ils sont à peu près complètement volatilisés, à cause de leur faible masse.
Les fragments les plus gros, sortes de blocs métalliques, deviennent, pour ainsi dire, de petites planètes et gravitent individuellement. Quand leur orbite rencontre celle dela Terre, ils pénètrent dans l'atmosphère, y deviennent incandescents par frottements. Mais leur grande masse s'oppose à leur volatilisation complète, et ils peuvent tomber jusqu'au sol: ce sont des bolides ou aérolithes que l’on voit arriver sous l'apparence de globes de feu.
La masse incandescente d’un bolide traverse l'atmosphère à des vitesses de plus de 50 kilomètres, en faisant dans les milieux gazeux une trouée caractéristique que l'air remplit aussitôt avec un bruit particulier. Le bolide incandescent éclate le plus souvent, et ses débris tombent dans le sol où ils s'enfoncent profondément. Quelques-uns de ces aérolithes pèsent
jusqu'à vingt tonnes, comme l'échantillon qui est conservé dans
la magnifiquecollection du Muséum d'histoire naturelle de Paris.
C'est en 1503 que ce phénomène fut constaté de façon à attirer l'attention des savants. On entendit aux environs d'Alençon une explosion formidable qui succédait à la chute
CES MÉTEORITES or
a'un bolide, et une véritable pluie de pierres s'abatut sur la petite ville normande de Laigle. Cette pluie fut accompagnée de détonations crépitantes rappelant celles d’une salve de mousqueterie. Les plus grosses de ces pierres pesaient jusqu'à 10 kilogrammes. L'Académie des Sciences nomma, pour vérifier le fait, une commission dont Biot fut le président, et les aérolithes ou uranohthes eurent, à partir de ce moment, droit de cité dans la science.
En général, il tombe chaque année, à la surface de la Terre, un millier d'aérolithes dont quelques-uns pèsent des centaines et méme des milliers de kilogrammes. La plus grosse « pierre tombée du ciel » actuellement connue est celle que le commodore Peary a rapportée du Groenland pour le Musée de New- York ; elle ne pèse pas moins de 36 tonnes.
Les chutes d’aérolithes (ou d'uranolithes) ne coincident pas toujours avec les pluies d'étoiles filantes. Cela pourrait s'expliquer en pensant que, avant d'arriver jusqu'à la Terre, les aréolithes de masses relativement grandes subiraient l'attraction de la masse terrestre et tourneraient autour de notre globe en y décrivant des orbites de plus en plus resserrés, qui finiraient par les amener d'abord en contact avec l'atmosphère, où ils deviendraient incandescents, puis jusqu'au sol sur lequel ils tomberaient.
L'analyse chimique des uranolithes n'y a décelé aucun élément nouveau.
Le fer y domine au point que quelques échantillons sont des blocs de fer à peu près pur. Mais on y trouve également du nickel, combiné au soufre et au phosphore, des carbures d'hydrogène et des silicates divers. Quand on les chaufle, on constate tout d'abord un dégagement de gaz légers, hydrogène et hélium; puis vient l'azote. On y trouve également du sodium et du magnésium.
Et quand on retire un de ces aérolithes qui vient de s'enfoncer dans
Phot. L. Rudaux
Météorites exposés au Muséum d'histoire naturelle de Paris.
Moulage du fer de Bende£o (Brésil), pesant 5 360 kgs Bloc tombé à Caille (Alpes-Maritimes), pesant 591 kgs
le sol, on est frappé d'un contraste curieux : la surface extérieure est couverte d'une sorte de vernis, de vitrification pro venant d'une fusion superficielle, tandis que le centre con serve une température très basse, témoin indiscutable du froid qui règne dans l'espace intersidéral qu'a traversé le bloc avant de rencontrer l'atmosphère terrestre où il s'est échauñé.
11. L'explosion et ia détonation des bolides. — Nous allons revenir un instant sur une propriété caractéristique des bolides. Ces « projectiles célestes », ces & uranolithes », comme on les nomme souvent, se propagent à travers l'air avec un fracas qui équivaut à une formidable détonation. En outre, très souvent, ils se brisent, ils éclatent en plusieurs mot ceaux, comme si leur masse avait été le siège d’une véritable explosion.
Aussi les spectateurs qui ont pu assister à ce phénomène mettent, instinctivement, la détonation en rapport avec la rupture,et disent, en racontant ce qu'ils ont vu, que « le bolide a éclaté avec une détonation terrible »,
IL importe de rectilier cette assertion, nettement erronée. Nous savons, surtout depuis les enseignements de la dernière gucrre, que la « détonation » et «explosion » sont deux phc nomènes absolument distincts l'un de l'autre.
Météorite tombé à Charcas (Mexique), pesant 780 kilogrammes ExXaminons d'abord I explosion. (Muséum d'histoire naturelle de Paris.) Rappelons nous que le bolide penetre dans notre at mosphère
Phot, Rudaux
38 PANCELURRÉ
Crgueil (Tarn)
FiG. 113. - ÉTENDUES (comparées à celle de Paris) de ZONES « arrosées *
par les DÉBRIS de certains aérolithes.
avec une vitesse de plus de 50 kilomètres par seconde ; remarquons tout de suite que cette énorme vitesse est 50 fois plus grande que celle de nos pièces de « 305 », et 1 000 fois supérieure à celle de nos avions.
Dans ces conditions, sa face antérieure est soumise à une pression terrible qui tend à l'écraser ; l'effet de cette pression se montre bien sur des météorites qui présentent des cavités rondes ou ovales, cavités creusées par l'action de l’air qui a, ainsi, rongé leur surface.
Cette pression provoque un échauffement intense à la surface du bolide, et cela devient une cause d'éclatement. Des artilleurs ont calculé qu'une vitesse de 2 000 mètres par seconde suffirait pour échaufier l'air, à l'avant d'un bolide, jusqu'à la température de fusion du fer.
Il en résulte que, dans les quelques secondes que dure son trajet à travers notre atmosphère, le bolide a le temps de fondre superficiellement et de se recouvrir de cette couche vitrifiée, de ce « vernis » qui témoigne de la fusion partielle de sa surface extérieure. Cette fusion partielle peut donc et doit amener la rupture du bolide en fragments plus petits, et l’on constate que cette rupture se produit de façon assez fréquente.
Expliquons maintenant la détonation.
Cette détonation ne rappelle en rien le bruit qui accompagne la rupture d'un corps solide; c'est un bruit puissant que l'on entend sur tout le parcours du météore, c'est-à-dire sur des centaines de kilomètres. Pour l'expliquer, il nous faut recourir aux propriétés de cette « onde » que les artilleurs ont appelée l'onde balistique, et qui accompagne tous les projectiles dont la vitesse est supérieure à la vitesse du son dans l'air (330 mètres par seconde).
Cette onde accompagne le projectile dans sa trajectoire et se traduit à l'oreille par un claquement très sec, auquel la guerre a familiarisé tous les « poilus » de nos tranchées.
Ilest bon, ici, de rappeler que les grosses pièces de l'artillerie moderne, tirant toutes des projectiles explosifs, font entendre trois sortes de bruits.
D'abord, le bruit du «coup de canon » proprement dit: c’est le bruitquiestproduit par les gaz dela poudrequand ceux-ci, après avoir chassé l'obus du canon, arrivent brusquement dans l'air.
Ensuite, il y a le bruit que produit l'explosion de l’obus à son arrivée au ne ou quand il éclate en l'air, au point fixé par le réglage de la fusée dont il est muni.
Enfin, il y a un bruit, ou plutôt une succession de bruits dans la genèse desq ee la poudre de la charge et celle de l’obus n'interviennent en rien. Ces bruits ont une origine «aérodynamique »; ils sont les mêmes, qu'il s'agisse d’un obuschargéd'explosifs ou d'un pr massif. Ces bruits sont de deux sortes.
En premier lieu, on observe un « sifflement » analogue à celui d'une fusée d'artifices qui s’élève en l'air, ou un « roule-