‹ Le ciel. Illustré sous la direction de Lucien RudauxChapitre 223 sur 390 · MICHELSON · texte numérisé non relu

MICHELSON

posent, et cela avec la précision, presque invraisemblable, du millième de seconde d'arc.

Voilà donc deux soleils, plus grands quele nôtre, qui décrivent en 104 jours un cercle un peu plus grand que l'orbite de la Terre et qui, dans les conditions ordinaires, ne nous apparaissent que comme un seul point. Et cela peut être figuré par une comparaison : la difficulté est la même que s'il s'agissait de distinguer l’un de l’autre deux points brillants, qui seraient séparés par un millimètre d'intervalle et placés à 200 kilomètres de l'observateur, c'est-à-dire à la distance de Paris à Lille, à Caen ou à Mézières. Car, on se le rappelle, un angle d'une seconde est celui sous lequel on verrait un millimètre à 206 mètres de distance. Un millième de seconde est donc un angle mille fois plus petit, c'est-à-dire celui sous lequel on verrait le mème millimètre à une distance mille fois plus grande, c'est-à-dire à 206 000 mètres ou 206 kilomètres.

Tel est l'interféromètre réalisé par l'Américain Michelson, professeur à Chicago. Et soyons fiers de penser que le principe de l'expérience a été donné, en 1868, par notre illustre physicien français Fizeau.

201. Application de l'interféromètre à la mesure des diamètres des étoiles. — L'interféromètre de Michelson, par les résultats admirables qu'il a donnés pour la mesure des petites distances angulaires, a éveillé, chez les astronomes, une ambition nouvelle : celle de mesurer directement le diamètre apparent de certaines étoiles.

Et les astronomes y sont arrivés; voici comment : au lieu de viser deux étoiles à séparer, on vise les deux bords d'une méme étoile, et l'interférence se produit entre les rayons émanés respectivement de chacun de ces bords.

Mais, étant donné le très faible écart angulaire de ces rayons, il fallait augmenter la puissance de l'instrument, car le miroir du télescope du Mont Wilson, malgré son diamètre de 2%,50, se trouvait encore bien trop petit.

Voici, alors, le dispositif ingénieux imaginé par M. Michelson fig. 41) et adapté au miroir de 2%,50.

Au lieu de placer les deux fentes aux extrémités, trop voisines l’une de l’autre, d'un de ses diamètres, on les place aux deux extrémités d'un bras mobile, et un double système de prismes à réflexion totale le renvoie sur le miroir du télescope et, de là, à l’oculaire dans le champ duquel se produisent les franges d’interférence. C’est l’artifice bien connu employé dans les félémètres des artilleurs pour le service de l'artillerie lourde.

La longueur du «bras » portant les deux fentes étant d'environ 6 mètres, on voit que le pouvoir dédoublant du miroir se trouvait ainsi plus que doublé.

La méthode a été appliquée à deux étoiles : Bételgeuse et Arcturus. La première, qui brille dans la constellation équatoriale d'Orion, a une température d'environ 3000 degrés et son éclat semble subir des fluctuations périodiques, tous les 200 jours environ. Sa distance à la Terre est d'environ 200 années-lumière, ce qui fait que, lorsque nous l'observons aujourd'hui dans une de ses variations d'éclat, nous voyons un phénomène qui s'est produit il y a 200 ans!

La méthode interférentielle, appliquée aux deux bords de Bételgeuse, a donné pour cette belle étoile un diamètre égal à 300 fois celui du Soleil, c'est-à-dire un volume vingt-sept millions de fois plus gros que celui de l’Astre qui éclaire nos jours.

Pour Arcturus, la méthode Michelson a fourni pour elle un diamètre 20 fois plus grand, c’est-à-dire un volume S000 fois plus fort que celui du Soleil. Enfin, pour Antarès (1 du Scorpion), on a trouvé un diamètre 487 fois plus grand que celui du Soleil, c'est-à-dire un volume 113 millions de fois plus considérable.

Ces succès de la nouvelle méthode autorisent tous lesespoirs, et, bientôt sans doute, de nombreuses étoiles pourront être ainsi « mesurées » directement.

ot. Davis.

Le professeur MICHELSON.

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