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TÊTE ET NOYAU DE LA COMÈTE DE DONATI

Le 9 octobre 1858

D'après les observations faites à Harvard Collège

Par G. P. Bond.

CONSTITUTION PHYSIQUE DES COMÈTES. 585 l'aspect qu'ont offert, au télescope, les tètes des comètes de

Fig. 218. AigrfUes ou seclcurs lumineux de la comèle de 1862 : 1" le 23 août, à 1 lieure du matin ; 2° le même jour, à 9 heures du soir.

1858 et de 1862, donneront une idée suffisante des diverses transformations dont nous venons de parler.

Fig. 219. Évolutions des aigrettes lumineuses do la comète do 1862 ; 1° le 23 août, à 9 heures du soir; 2° le 24 août, à la même licure.

La comète de 1874 ou de Coggia a présente aussi, dans le court intervalle de sa visibilité en Europe, les transforma-

ik

tions les plus singulières. Vers les derniers jours, notamment le 14 juillet, des secteurs lumineux s'élançaient à droite et à gauche du noyau, se recourbant pour aller former les parties latérales de la queue. Il semble aussi, à cette date, que la

Fig. 220. La comète de Coggia, le 10 juin 1874. Vue d'ensemble d'après un dessin

de M. G. Uayet.

comète est sur le point de se dédoubler. Nous avons donné en détail l'histoire de ces changements dans notre ouvrage LES Comètes : la place nous manque ici et nous devons nous borner à reproduire trois vues télescopiques de l'astre, et à donner ces rapides indications.

Mais quelle est la cause de ces modifications si rapides, si étonnantes? Oiielle est la cause de la naissance et du développement des queues; sous l'influence de quelles forces ont lieu ces émissions successives de matière, puis ce refoulement qui parait évidemment lier les deux ordres de phénomènes ? Avant qu'on connût en détail les phénomènes des émissions nucléales, de la formation des aigrettes, des secteurs ou auréoles lumineuses, on s'était déjà préoccupé du problème de l'explication des queues cométaires. Depuis, on a fait de nouvelles hypothèses pour expliquer les nouveaux phénomènes observés, mais aucune des théories proposées n'a encore rallié tous les astronomes. Nous devons donc nous borner à donner de chacune d'elles une idée sommaire.

D'après Apien, Cardan, Tycho-Brahé, la queue d'une comète n'est qu'une simple apparence optique duc à la réfraction que subit la lumière du Soleil, quand elle traverse le milieu gazeux et transparent de la nébulosité qui environne le noyau. Cette idée a été reprise de nos jours et soutenue par Gergonne, qui a fait voir qu'on peut rendre compte des formes variées de l'appendice cométaire, par celles des caustiques par réfraction que produit la masse nébuleuse et réfringente, selon la nature optique des couches traversées par la lumière. Mais cela suppose un milieu réfléchissant s'étendant à une grande distance du noyau et qu'on ne peut admettre à cette distance, ni comme une atmosphère de la comète, ni comme une extension de l'atmosphère du Soleil.

Il paraît plus probable et on peut même considérer comme certain que les queues ont une existence réelle, que ce sont des agglomérations de corpuscules détachés de la nébulosité cométaire par une sorte de force répulsive et enti^ainées hors de l'attraction du noyau, dont elles suivent le mouvement en vertu de leur seule vitesse acquise. Mais qu'est-ce que cette force répulsive? Est-ce une force réelle due à l'action impul-

sive des radiations solaii'es comme l'ont pensé Kepler, Euler, Laplace ? Cette action qui se concevait aisément dans la théorie de l'émission, est difficile à admettre aujourd'hui que la théorie des ondulations lumineuses l'emporte définitivement.

Fig. 221. La comète de Coggia, le 22 juin 1874, d'après M Rayet.

Est-ce une répulsion apparente due à la différence de pesanteur de la matière qui forme la queue et du milieu où elle se meut? Telle était la manière de voir de Newton et, après lui, de Hooke, de Boscowitch; il comparait l'émission de la queue à l'opposé du Soleil, à l'ascension des vapeurs qui s'élèvent, en vertu de leur légèreté spécifique, au-dessus des couches

plus denses de l'atmosphère. Est-ce, comme le pense sir John Herschel, une action de rélectricité positive du Soleil, laquelle, à mesure que la comète s'approche de l'astre, l'électrise par influence? Le noyau se charge d'électricité négative, tandis

Fig. 222. La comùle do Coggia, le 14 jiiillel 1874, d'après M. Rajet

que la nébulosité électrisée positivement l'électrise par influence? Le noyau se chargerait ainsi d'électricité négative, tandis que la nébulosité électrisée positivement serait refoulée loin de la soui^ce, c'est-à-dire à l'opposé du Soleil, et irait former la queue. Enfin, est-ce une force polaire, analogue au magnétisme, comme l'a soutenu Bessel, qui voyait dans cette

hypothèse un moyen d'expliquer les balancements des aigrettes lumineuses ?

Il y a quelques années, un géomètre français, M. E. Roche, professeur à la Faculté des sciences de Montpellier, a repris, par l'analyse mathématique, l'étude de la figure des comètes. En n'admettant d'abord que les effets ordinaires de la chaleur solaire et de la force de gravitation, ce savant reconnut qu'on pouvait expliquer ainsi la formation des auréoles successives, détachées du noyau par la chaleur; que, par un effet analogue à celui des marées, la matière cométaire ainsi soulevée et formant d'abord deux bourrelets, l'un du côté du Soleil et l'autre à l'opposé, devait, en dépassant les limites de l'attraction nucléale, s'écouler de part et d'autre et donner lieu à deux queues symétriquement placées. L'hypothèse était donc incomplète, puisque en général la queue existe seulement à l'opposé du Soleil. Mais, à la même époque, M. Faye discutant les théories proposées et les récentes observations de la comète de Donati, se prononçait pour l'hypothèse d'une force répulsive réelle, due à la chaleur solaire, agissant en raison inverse du carré de la distance, proportionnellement non pas aux masses, mais aux surfaces, sur la matière excessivement raréfiée. Le savant astronome fit voir que cette hypothèse rendait compte, non-seulement du développement des queues par le refoulement des aigrettes et des auréoles, de leur courbure, mais encore de l'accélération du mouvement de l'astre, telle que l'observation l'a constatée pour la comète d'Encke, et depuis, pour celle de Faye. En effet, en introduisant cette force nouvelle dans ses formules, M. E. Roche a montré que la théorie et l'observation donnaient sensiblement les mêmes formes pour les appendices cométaires. Mais il reste toujours à savoir, et c'est là une question qui est du ressort de l'expérience, si une telle force physique accompagne réellement l'émission calorique d'une source aussi puissante que la chaleur solaire.

Enfin tout récemment, un des physiciens contemporains les plus distingués, M. Tyndall, se fondant sur des expériences aussi délicates qu'ingénieuses, a proposé pour expliquer les phénomènes cométaires, une théorie qu'on peut caractériser en la nommant théorie actinique. Ce savant considère en efTet les comètes comme formées d'une vapeur décomposable sous l'action des radiations solaires; la tête et la queue visibles sont un nuage actinique résultant de cette décomposition ; la contexture des nuages actiniques est la révélation de celle d'une comète. D'après cette théorie, la queue n'est pas une matière projetée, mais une matière précipitée ■ sur les rayons solaires qui traversent l'atmosphère de la comète.

A ces questions d'un grand intérêt, et, il faut le dire, encore bien obscures, s'en joignent d'autres qui ont eu, à plusieurs reprises, le privilège de captiver l'attention du public. Nous avons vu que la comète périodique de Gambart a failli, en 1832, rencontrer la Terre'. Que fût-il résulté d'un pareil événement? Il y a un siècle, les savants considéraient encore les comètes comme des astres dont la rencontre avec le globe, ou avec une planète quelconque, pouvait amener pour ces derniers corps les plus funestes conséquences.

« Quand on considère le mouvement des comètes, dit Lambert dans ses Lettres eosmologiques (édition Mérian, p. 5), et que l'on réfléchit sur les loix de la pesanteur^ on s'aperçoit sans peine que leur approche de la terre pourroit y causer les événements les plus sinistres, y ramener le déluge universel, ou la faire périr dans un déluge de feu, la briser en menue poussière, ou du moins la détourner de son orbite, lui enlever sa lune, qui pis est, l'enlever elle-même, l'emporter au delà des régions de Saturne, et nous faire souffrir un hiver de

1. On verra Licntôt que cette reneonfre s'est probablement effectuée, partiellement tout au moins, en novembre 1872. Le phénomène s'est borné à une magnifique pluie d'étoiles filantes, aussi splendide qu'inoffensivc.

plusieurs siècles, auquel ni les hommes, ni les animaux ne seroient capables de résister. Les queues mêmes des comètes ne seroient plus des phénomènes sans conséquence, si, en s'éloignant de nous, les comètes les laissoient, en tout ou en partie, dans notre atmosphère. »

Maupertuis, à la même époque, avait déjà décrit à peu près de la même manière les accidents que la crainte d'une rencontre de la Terre et d'une comète faisait imaginer alors aux astronomes. Seulement, à côté des inconvénients possibles, il énumérait les avantages qu'on pourrait retirer de l'action à distance de ces astres, comme le changement des saisons en un printemps perpétuel, l'acquisition de nouvelles lunes, d'un anneau à l'instar de celui de Saturne. Puis il ajoutait :

« Quelque dangereux que seroit le choc d'une comète, elle pourroit être si petite, qu'elle ne seroit funeste qu'à la partie de la terre qu'elle frapperoit : peut-être en serions-nous quittes pour quelque royaume écrasé, pendant que le reste de la terre jouiroit des raretés qu'un corps qui vient de si loin y apporteroit. On seroit peut-être bien surpris de trouver que les débris de ces masses que nous méprisons, seroient formés d'or et de diamants ; mais lesquels seroient les plus étonnés, de nous ou des habitants que la comète jetteroit sur notre terre? Quelle figure nous nous trouverions les uns aux autres. » [LcLtrcs sur la comète.)

Aujourd'hui les astronomes semblent bien revenus de ces craintes. Non- seulement, selon eux, la probabilité du choc est si faible qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter d'un tel événement; mais encore la masse de la plupart des comètes parait, nous l'avons vu, une si petite fraction de la masse du globe terrestre, que le choc dont il s'agit serait tout à fait insensible.

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