‹ Le ciel; notions élémentaires d'astronomie physiqueChapitre 132 sur 214 · LES ÉTOILES SONT DES SOLEILS · texte numérisé non relu

LES ÉTOILES SONT DES SOLEILS

L'étoile la plus voisine est au moins deux cent mille fois aussi éloignée de notre monde solaire, que la Terre l'est du Soleil; sa parallaxe ne vaut pas 1". Que signifie ce dernier nombre? Que le rayon de l'orbite terrestre, vu de cette distance, sous-tendrait à peine un angle égal à la 2000" partie du diamètre solaire. Comment nous apparaîtrait donc ce dernier diamètre lui-même, reculé dans l'espace jusqu'à la distance d'Alpha du Centaure? Moins grand qu'un centième de seconde (0". 00855). Or, on va voir que les étoiles les plus brillantes n'ont pas un diamètre apparent de beaucoup supérieur à cette valeur cependant si petite.

Les premières évaluations qu'on ait faites des diamètres des étoiles étaient grandement exagérées. Tycho, Kepler et les astronomes qui observaient à l'œil nu, donnaient à Sirius de 2' à 4' de diamètre. Quand les lunettes eurent permis de dépouiller les images des étoiles des diamètres factices causés par les faux rayons divergents qui les environnent, les évaluations se trouvèrent considérablement réduites. Gassendi réduisit le diamètre de Sirius à 10", Hévélius à 6" et J. Cas-

sini à 5''^ : ce sont encore des nombres beaucoup trop grands. W. Herschel en 1781 étudia Wéga et Arcturus à ce point de vue, et il crut pouvoir assigner à la première étoile un diamètre de 0".36, à la deuxième de 0".l ou au plus de 0".2.

Voyons, dans l'hypothèse où ces derniers nombres seraient exacts, à quelles dimensions réelles correspondraient de tels diamètres. De Wéga, qui a une parallaxe de 0".155, le rayon de l'orbite terrestre aurait précisément 0".155 comme dimension apparente ; d' Arcturus, le même rayon serait égal à 0".127. Des dimensions de 0".36 et 0".2 équiA^audraient donc, comme un calcul très-simple le montre, à 2 fois | et 1 fois |- le rayon de l'orbite de la TeiTe. Les étoiles dont il est question auraient ainsi, l'une plus de 80 millions de lieues, l'autre 60 millions de lieues de diamètre; le volume de Wéga serait 12500000 fois, et celui d'Arcturus 5270000 fois le volume du Soleil. De telles dimensions, on va le voir, sont fort improbables, et les mesures d'Herschel sont encore fort exagérées.

Le directeur de l'Observatoire de Marseille, M. Stéphan, a déterminé récemment, à l'aide d'une méthode basée sur l'étude des franges d'interférence, une limite supérieure des diamètres stellaires. Appliquée à Sirius, à d'autres • étoiles de la r" à la 4" grandeur, cette méthode a fourni à notre savant compatriote le nombre 0".158, mais comme un maximum; ses expériences prouvent en effet que le diamètre apparent n'est qu'une très-faible fraction de ce nombre. En prenant le dixième seulement, on aurait encore plus de 3 millions de kilomètres pour le diamètre de Sirius ; c'est 2 fois { celui du Soleil, et le volume de l'étoile dépasserait ainsi 11 fois le volume du globe solaire, résultat qui n'a plus rien que de fort admissible.

1. Ce dernier résultat a été obtenu en comparant, avec la même lunette, le disque de Jupiter à celui de Sirius, que Cassini trouva dix fois plus polit {voy. les Éléments d'astronomie). Mais les disques des étoiles dans les lunettes sont des cercles fictifs, d'autant plus petits que l'instrument est plus puissant.

Les mesiu'es directes des diamètres stellaires faisant défaiit^ on a eu recours aux comparaisons photométriques. Entrons à cet égard dans quelques détails.

L'étoile a du Centaure a été comparée, sous le rapport de l'intensité lumineuse, à la pleine Lune, par sir J. Herschel, qui a trouvé que sa lumière n'est que la 27 408° partie de celle du disque lunaire. De son côté, Wollaston avait trouvé que le Soleil équivaut à 801 072 pleines lunes. D'où la conséquence qu'il faudrait 21 955 millions d'étoiles pareilles^ a du Centaure pour égaler la lumière solaire. Il ne faudrait que 5418 millions d'étoiles aussi brillantes que Sirius. Maintenant, le Soleil reculé à la distance de a du Centaure, perdant de son éclat dans le rapport du carré des distances, n'aurait plus que les 43 centièmes de l'intensité de cette même étoile. Ce serait encore une étoile de première grandeur, moins binllante que Betelgeuse, à peu près égale à Wéga, à Antarès.

Mais, si le Soleil était reculé jusqu'à la distance de Sirius, ou de Wéga (à peu près également éloignées), sa lumière ne serait plus que la 350' partie de celle de Sirius, et vaudrait à peine la moitié de l'intensité d'une étoile de 6° grandeur. Le Soleil, à cette distance, ne serait plus visible à l'œil nu.

Faisons maintenant une hypothèse. Admettons que l'éclat intrinsèque du Soleil et celui des étoiles qu'on vient de lui comparer soient les mêmes, et reprenons en sens inverse les rapports trouvés entre leurs lumières à égalité de distance :

ot du Centaure vaut . . . 2.326 fois le Soleil. Sirius — . . . 349.13 —

Dans cette hypothèse, il est clair que l'éclat varie en raison

» 1. Une autre preuve de l'extrême petitesse de ces diamètres est encore tirée des occultations d'étoiles par la Lune. Ces occultations, en effet, sont instantanées. Quand, par le mouvement de la Lune à travers les constellations, le disque de cet astre passe devant une étoile, l'extinction de la lumière de celle-ci, au lieu d'être graduelle comme elle devrait l'être dans l'hypothèse d'un diamètre stellaire sensible, est subite et entière.

de la surface ou des carrés des diamètres, et qu'ainsi l'on trouverait :

Pour le diamètre de a du Centaure 1.52 diamètre solaire. Pour celui de Sirius 18.6 —

D'autres considérations font penser que l'éclat intrinsèque de Sirius dépasse celui du Soleil, et qu'ainsi sou diamètre ne vaut pas 18 fois le diamètre solaire. Ce résultat s'accorde avec la limite trouvée par M. Stéphan, qui donne pour les dimensions de Sirius, au maximum 22.3 fois, et, en réduisant cette limite au dixième, 2.2S fois le diamètre du Soleil.

Si ces mesures offrent encore bien des incertitudes, il est un résultat qui n'est pas douteux, c'est que le Soleil, transporté dans l'espace, à la plus petite des distances stellaires, serait réduit à un point lumineux, et finirait par disparaître s'il était reculé à la distance de quelques-unes des étoiles de première grandeur. N'est-il donc pas de toute évidence que ces étoiles, dont les diamètres sont trop petits pour être mesurables, sont elles-mêmes des soleils, c'est-à-dire des astres brillant d'une lumière qui leur est propre? Comment serait-il possible qu'une lumière réfléchie pût, après un double trajet, un double voyage d'au moins six années, aller de notre Soleil à ces corps si prodigieusement éloignés et en revenir avec l'intensité qui caractérise les lumières stellaires? Concluons donc par l'énoncé de cette vérité, aujourd'hui rigoureusement démontrée, mais qu'avait entrevue déjà le génie des Kepler, des Huygens, des Lambert, des Kant et de tant d'autres célèbres savants des derniers siècles :

Les étoiles sont des soleils.

Chacun de ces points lumineux, que la vue simple montre par milliers sur la voilte du ciel, et le télescope par millions dans les profondeurs de l'espace, brille de sa propre lumière. Chaque étoile est un monde!

ce

LJ

ÛC

co

UJ

•OJ

TU

Page 1