‹ Le ciel; notions élémentaires d'astronomie physiqueChapitre 172 sur 214 · ANALYSE SPECTRALE DE LA LUMIÈRE DES NÉBULEUSES · texte numérisé non relu

ANALYSE SPECTRALE DE LA LUMIÈRE DES NÉBULEUSES

C'est une nébuleuse de la constellation du Dragon qui a été la première analysée au spectroscope par M. Huggins, en 1 864. Son spectre (pi. XLII) lui parut formé uniquement de trois raies brillantes isolées, d'où il faut conclure que ce ne peut être un amas d'étoiles distinctes, mais une véritable nébulosité, une agglomération de matière gazeuse, lumineuse ou incandescente. La plus brillante des trois raies observées coïncidait avec la plus forte des raies pai'ticulières à l'azote. «Il peut se faire toutefois, dit M. Huggins, que la présence de cette raie seule indique une forme de matière plus élémentaire que l'azote, et que nos moyens d'analyse n'ont pas encore pu nous faire connaître. » La plus faible des raies du spectre de la nébuleuse coïncide avec la raie verte de l'hydrogène. Enfin la raie intermédiaire, peu éloignée de celle du baryum, ne coïncide pas toutefois avec elle.

Outre les trois raies brillantes, on aperçoit aussi une bande colorée, formant un spectre continu extrêmement faible, et presque sans largeur, comme s'il provenait d'un point lumineux situé vers le centre de la nébulosité. La nébuleuse en question, qu'on rangeait auparavant parmi les nébuleuses planétaires, possède en effet un noyau petit, mais très-brillant. Huggins en conclut que probablement la matière formant ce noyau n'est pas à l'état de gaz, comme celle dont il est environné, qu'elle est sous la forme d'un brouillard de particules solides ou liquides incandescentes.

Le même savant a étudié en tout soixante-dix nébuleuses. Un tiers environ a présenté une constitution analogue à celle de la nébuleuse du Dragon, leurs spectues se réduisant à une ou plusieurs raies brillantes ; les autres ont donné au contraire des spectres continus. Cette proportion de 1:2 des nébuleuses

gazeuses aux nébuleuses stellaires est peut-être plus forte que ne donnerait l'examen spectroscopique de la totalité des nébuleuses. M. Huggins, en efTet, a cboisi spécialement pour en faire l'objet de ses études, celles dont les caractères (la forme et la couleur) lui paraissaient devoir donner une constitution gazeuse.

Citons parmi les nébuleuses de constitution gazeuse, et dont le spectre est formé de trois raies brillantes, une petite nébuleuse du Verseau, qui, dans le télescope de lord Rosse, apparaissait sous la forme d'un globe coupé par un anneau ou par sa tranche, ainsi qu'on voit Saturne à l'une de ses phases; puis une autre nébuleuse de structure semblable, mais où l'anneau, vu de face, entoure le globe lumineux. Une nébuleuse en forme de spirale a donné 4 raies brillantes. La nébuleuse annulaire de la Lyre, ainsi que Dumb-bell, la célèbre nébuleuse du Renard, ont des spectres formés d'une raie brillante unique, qui est la plus forte des trois raies de la nébuleuse du Dragon.

Enfm la grande nébuleuse de 6 d'Orion, qui, par sa teiute bleu-verdâtre, ressemble aux nébuleuses précédentes, a également fourni un specti^e (pi. XLII) composé de 4 raies brillantes ; ces raies sont bien définies et leurs intervalles tout à fait obscurs ; la plus brillante et la moins réfrangible coïncide avec l'une des composantes de la double raie de l'azote; la seconde est peutêtre une ligne du fer, et les deux autres sont en coïncidence exacte avec les lignes F et G de l'hydrogène. La nébuleuse d'Orion est donc encore une nébulosité gazeuse. Mais il ne faut pas oublier que lord Rosse a vu, dans la nébuleuse annulaire de la Lyre et dans Dumb-bell, des points brillants ; que le même astronome, armé de son puissant télescope, a découvert, sur le fond de la nébuleuse d'Orion, de très-petites étoiles rouges (cette teinte est peut-^tre due à im effet de contraste), étoiles trop fines pour fournir un spectre visible. Tout n'est donc pas dit sur la véritable structure de ces grandes masses ; mais il

PL. XLIX bis.

TELESCOPE DE TULSE HILL

inslallé par M. \V. Hiiggins pour ses éludes de spectroscopie céleste,

ne ressort pas moins de l'analyse précédente, ce fait d'une si haute importance, à savoir que l'hypothèse de W. Herschel sur l'existence d'une matière à l'état de nébulosité diffuse, brillant de sa propre lumière, était fondée.

La nébuleuse d'Andromède est de constitution toute différente. Son spectre n'est plus formé de raies brillantes séparées : il donne une bande de lumière continue, mais il est incomplet : le rouge et une partie de l'orangé manquent. Or, les véritables amas stellaires, les nébuleuses résolues par le télescope en points brillants distincts ont également un spectre continu. Ainsi l'amas stellaire d'Hercule donne un spectre semblable. Ce résultat s'accorde bien avec les observations de Bond, qui a décomposé en partie la nébuleuse d'Andromède, et y a compté, ainsi que nous l'avons rapporté plus haut, jusqu'à 1500 étoiles distinctes.

En résumé, sur soixante nébuleuses dont la lumière a été analysée par Huggins, 41 ont donné un spectre continu. Sur ce nombre, il y a 10 amas stellaires et 15 autres nébuleuses considérées par les astronomes comme résolubles en étoiles. Aucune des 19 nébuleuses donnant un spectre formé de raies brillantes n'a pu être résolue en étoiles.

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