AUTRES HYPOTHÈSES CONTEMPORAINES
L'ancienne théorie de Galilée, qui faisait de la photosphère un océan de matière fluide, et des taches, des scories de la surface lumineuse, nuages, écume ou fumée, ou encore celle de La Hire considérant les taches comme des corps solides flottant sur cette mer incandescente, a reparu de nos jours avec les additions et modifications que comportent les faits nouveaux rassemblés depuis près de trois siècles.
M. E. Gautier (de Genève) prend pour point de départ la liquidité de la masse du globe solaire et l'existence d'une atmosphère extérieure, base de la théorie de Kirchhoff. Mais il repousse l'explication des taches données par ce dernier. Il les attribuait d'abord à des solidifications partielles de la surface liquide, et les comparait aux scories qu'on observe sur les métaux en fusion. L'opacité, la forme nettement accusée, les contours à la fois tourmentés et brusques, la persistance qu'offrent les scories sur les bains liquides qui leur donnent naissance, étaient des caractères convenant mieux, selon lui, aux apparences des taches, que des nuages ou des vapeurs. Les ponts ou filets lumineux étaient des fissures des scories, laissant voir au-dessous la masse en fusion et incandescente. Il ne lui semblait pas prouvé que les taches fussent des cavités, des dépressions de la photosphère.
Mais ce savant a modifié en partie cette manière de voir, retiré les termes de solidification, de croûtes solides, appliqués aux taches; toutefois il considère toujours celles-ci comme des amas de matières obscurcissantes, pouvant se trouver sur ou dans la photosphère. Quant à la photosphère, ce n'est plus à proprement parler la surface même du globe liquide, mais cette surface surmontée d'une mince couche de gaz, couche brillante, accidentée, irrégulière, d'épaisseur variable. Les matières dont les taches sont formées font obstacle tout au-
tour à la tension des gaz sous-jacents, et c'est l'action de ceuxci qui produit dans la photosphère les bourrelets ou surélévations de la matière photosphérique, qui se manifestent sous la forme de facules.
Les inégalités du mouvement des taches sont attribuées par M. E. Gautier aux frottements des couches gazeuzes, rangées par ordre de densité, avec la surface du globe liquide. Cette hypothèse lui semble concorder avec les lois de variation de la rotation solaire, selon la latitude des taches observées. Elle explique les faits que le docteur Spôrer liait à l'existence de courants parallèles à l'équateur, courants dont la cause est difficile à concevoir à la surface du Soleil.
Nous avons encore à mentionner une théorie de la constitution physique du Soleil, se rattachant à l'hypothèse de La Hire, théorie élaborée par un de nos compatriotes, M. le colonel Gazan (d'Antibes). Ce savant considère le Soleil « comme une grosse Terre en voie de se refroidir et de s'éteindre, comme elle, en passant par les mêmes phases. Ce ne sera qu'après un temps très-considérable, probablement qu'après des millions d'années, qu'il cessera d'éclairer et de vivifier les corps qui sont sous sa dépendance, tant sa masse est énorme et sa température élevée. Mais déjà une croûte analogue à celle que nous habitons sur la Terre, et qui contient les matières en fusion du noyau ou corps du Soleil, a acquis une certaine épaisseur. Elle est surmontée d'une couche pâteuse à la surface de contact, liquide et lumineuse à sa partie supérieure, et sur laquelle repose une atmosphère immense dont la densité va en décroissant jusqu'à sa limite » . M. Gazan donne à cette couche pâteuse le nom de pastosphère . En résumé, selon lui, trois parties principales composent le Soleil : « 1° un corps ou noyau obscur, formé de matières en fusion contenues dans une croûte solide ; 2° une pastosphère, ou couche en partie pâteuse et en partie liquide et lumineuse ; 3 ' une atmosphère
de vapeiirs minérales, de gaz et de vapeurs d'eau. Quant aux taches, M. Gazan les explique ainsi : les efforts expansifs des matières intérieures, joints à la force centrifuge détachent des morceaux de la croûte du noyau et les lancent à travers la pastosphère. Le fragment solide refoule à l'extérieur la matière de la pastosphère ; de là les mouvements tumultueux, les torrents divergents qui forment les facules. Puis se montre un point noir, un pore ; c'est le morceau de croûte formant sa première apparition; il s'agrandit et finit par surnager quand toute la matière hrillante s'est écoulée. Jusque-là, il n'y a pas de pénomhre. Un mouvement inverse ou de descente, sous l'action de la pesanteur et de la densité du fragment, s'opère alors. 11 se fait un vide, dans lequel vase précipiter la matière liquide et pâteuse : c'est seulement alors que la tache est une cavité et a une pénombre. L'auteur de cette théorie rend compte ainsi de toutes les apparences que présentent les taches, dans leurs transformations successives. Mais il n'aborde ni la question de la loi de la rotation selon la latitude, ni celle de la périodicité des taches, que la plupart des théories ont d'ailleurs laissée de côté jusqu'ici.