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LE PREMIER QUARTIER

rayons solaires, et à riutérieiir pour l'autre moitié de l'enceinte qui leur présente sa concavité. Au contraire, du coté de la moitié obscure du disque, on aperçoit des ombres trèsaccusées qui achèvent de dessiner à merveille la forme générale de tous ces accidents du sol. Le fond même de la coupe est tantôt très-lumineux, tantôt d'une teinte plus sombre, et, dans quelques-unes des cavités, ou aperçoit très-nettement des éminences qui portent ombre sur le sol intérieur. Leurs dimensions, avons-nous dit, sont très-variées. Les unes paraissent comme de petits trous dont le sol est criblé. Les autres sont comme de vastes cirques ou enceintes circulaires, renfermant quelquefois, à leur intérieur et sur leurs bords, des cavités d'une dimension beaucoup moindre.

Ce premier coup d'oeil jeté, à l'aide d'une lunette, sur le disque de la Lune, nous démontre avec une pleine évidence que le sol lunaire est couvert d'aspérités et de dépressions. Ces aspérités ne sont autre chose que les montagnes de la Lune.

Continuons notre exploration.

Nous avons vu que la forme des accidents du sol est tantôt circulaire, tantôt ovale. Y a-t-il une réelle différence entre ces deux aspects? Non, comme nous pourrons aisément nous en convaincre. Remarquons cette circonstance. La forme exactement circulaire appartient à toutes les cavités, à toutes les enceintes situées dans les régions centrales du disque. Quand on examine celles qui s'éloignent du centre pour se rapprocher peu à peu des bords, on voit que leur forme devient insensiblement ovale ou elliptique, et l'ovale est d'autant plus allongé que la cavité qu'on examine est plus rapprochée du bord, quelle que soit d'ailleurs la direction qu'on ait choisie pour faire cet examen. En outre, le plus grand diamètre de chaque ellipse est toujours parallèle à la portion d'arc de cercle du bord lunaire, que va rencontrer le rayon qui joint le centre du disque au centre de la cavité considérée. La plus simple réflexion sur ces circonstances singulières nous oblige à re-

connaître que la forme réelle de chaque cavité, de chaque enceinte, est la forme circulaire. L'apparence elliptique n'est due qu'à un effet de perspective, provenant de ce que chaque cercle se trouve tracé sur les diverses parties d'une moitié de sphère. Les portions de surface qui se trouvent en face de notre rayon visuel perpendiculairement à sa direction nous apparaissent non déformées; les autres, au contraire, sont vues obliquement, et leur déformation est d'autant [dus con-

Fig. 123. Un fragmenl de la chaîne des Apennins, d'après J. Nasmylh. (Échelle de 10"" pour 37 lui. ou de jTjrrôû;)'

sidérable qu'elles appartiennent à des régions vues sous une obliquité plus grande.

Supposons maintenant que nous ayons observé la Lune à l'époque précise du premier quartier. Le lendemain et les jours suivants, si le ciel le permet, continuons notre examen.

Nous verrons la lumière envahir successivement les régions orientales du disque, et de nouvelles aspérités peu à peu apparaître, dont les sommets seuls étaient d'abord éclairés par le Soleil (suivre toujours la planche XVI). Rien n'est plus curieux

que de voir se dessiner, d'abord au sein de l'ombre, la paroi intérieure d'une cavité nouvelle sous forme de croissant, puis peu à peu la lumière grandir, pénétrer au fond de la coupe et en éclairer tout le contour. D'autres fois, c'est un point lumineux isolé dont le sommet brille, tandis que la base de l'éminence est tout entière encore plongée dans la nuit. On assiste de la sorte, en réalité, au lever du Soleil sur la Lune. Au dernier quartier, les ombres ont une direction opposée; mais les mêmes phénomènes se présentent en sens contraire, et les mêmes régions étant vues alors au coucher du Soleil, ce sont les versants orientaux des montagnes qui reçoivent sa lumière.

A mesure que la Lune suit ainsi son cours et que sa phase éclairée s'agrandit, on voit, comme on devait s'y attendre, les ombres des montagnes diminuer d'étendue, le fond des plaines s'éclairer d'une lumière plus vive, et la structure de notre satellite se déployer devant nos yeux dans tous ses détails.

On a donné, aux cavités lunaires de petites et de moyennes dimensions, le nom de cratères ou de volcans ; à celles qui afTectent des dimensions plus considérables, celui de cirques^ et les montagnes isolées, de forme pyramidale ou conique, qui s'élèvent le plus souvent à l'intérieur des cirques, sont des pics ow. pitons. Les plus importantes des montagnes lunaires ont reçu des dénominations particulières empruntées aux noms des savants les plus illustres de l'antiquité et des temps modernes. Quant aux appellations générales dont il vient d'être question, elles sont justifiées par le caractère éminemment volcanique que tous les astronomes reconnaissent aux montagnes lunaires.

Les chaînes de montagnes sont relativement peu nombreuses à la surface de l'hémisphère visible de la Lune. La plupart se trouvent dans la partie septentrionale du disque. Les Alpes, le Caucase, les Apennins sont les plus remarquables. Cette dernière chaîne sépare la Mer des Vapeurs de la Mer des Pluies, qu'elle borde au sud-ouest d'une enceinte

en forme d'arc de cercle. Les monts Hcmiis et Taurus bordent au sud et à l'ouest la Mer de la Sérénité. Citons encore : les Karpathes et les monts Ourals, qui séparent l'Océan des Tempêtes de la Mer des Pluies et de celle des Nuées; les monts Dœrfel et Leibnitz, au pôle austral; les Pyrénées, qui séparent les plaines de la Fécondité et du Nectar; les monts Altaï, voisins de cette dernière mer, présentant un développe-

Fig. 124. Cratùrcs lunaires : les cirques d'Eudoxiis el. d'Aristok', (Écliellc lie 1""" pour 2 kil. on de .^„„„ „„„).

ment de 100 lieues sous la forme d'un arc de cercle dont la concavité est orientée vers le nord-ouest; et enfin, les Cordillères et les monts d'Alembert, sur le bord oriental de la Lune. Les Apennins, les plus considérables de ces chaînes de montagnes , n'offrent cependant qu'un développement de 150 lieues de longueur. Il y a, d'ailleurs, une diiférence caractéristique entre les chaînes lunaires et les chaînes ter-

restres. Tandis que celles-ci s'étendent le plus souvent en ligne droite, ou parallèlement à un grand cercle de la sphère, formant une série de systèmes qui se coupent sous divers angles et dont chacun correspond à une époque particulière de soulèvement, les chaînes de montagnes de la Lune sont presque

Fig. 125. Le cirque de ('opernic, d'après l'amiral Smjlli.

toutes développées en arcs de cercle, comme si elles avaient appartenu jadis à d'immenses cirques ou circonvallations. Elles ont, sous le rapport de la forme, quelque analogie avec le cirque de la Bohème ' .

1. Il n'est pas douteux que la plupart des chaînes de montagnes lunaires ne sont autre chose que les remparts d'immenses cirques qui ont été plus ou moins ébréchés et déformés par des formations sélénologiques plus récentes. Cette origine est évidente, quand on examine la Mer des Pluies, par exemple : la forme circulaire de celte plaine immense est parfaitement accusée, au

Un mot maintenant de la hauteur des montagnes de la Lune.

Les plus élevées de toutes sont dans le voisinage du pôle austral : c'est là qu'on trouve le mont Dœrfel, dont le sommet atteint 7600 mètres d'altitude, les monts Casatus et Curtius, de 6956 et 6769 mètres, et la montagne annulaire de Newton, de 7264 mètres de profondeur. « L'excavation de cette dernière est telle, dit Humboldt, que jamais le fond n'en est éclairé ni par la Terre, ni par le Soleil, » circonstance qui tient aussi à sa position extrême près du pôle sud de la Lune. Dans les régions boréales, on trouve aussi des hauteurs considérables : Calippus, dans le Caucase, Huyghens, dans les Apennins, atteignent respectivement 6216 et 5550 mètres de hauteur. La crête de cette dernière chaîne est bordée, sur un de ses côtés, de précipices d'une effrayante profondeur, et au lever du Soleil , les pics dont elle est formée vont projeter leurs ombres aune distance de plus de 130 kilomètres (fig. 123). Les montagnes en forme de dômes ou de pyramides, isolées au centre des cirques ou des cratères, sont généralement moins élevées que les sommets de leurs enceintes. Mais, si l'on mesure leurs hauteurs à partir du niveau du sol inférieur, on trouve encore des sommités qui dépassent les plus hautes montagnes de notre Europe : le piton du cratère de Tycho a 5000 mètres de hauteur, et celui d'Ératosthène, à l'extrémité de la chaîne des Apennins, s'élève de 4800 mètres au-dessus du fond du cirque.

En résumé, d'après les nombreuses mesures dues à Béer et Mœdler, 39 montagnes lunaires sont supérieures à la cime de

nord-ouest, par les Alpes ; à l'ouest, par les monts Caucase ; au sud-ouest et au sud, par les Apennins et les Karpathes. Une suite de golfes limités par des collines bornent cette plaine au nord et au nord-est. Une brèche située entre les Apennins et le Caucase fait communiquer la Mer des Pluies avec celle de la Sérénité; une autre brèche donne accès à la Mer du Froid. Du côté du sud-est, toute barrière a disparu, et l'accès est libre vers l'Océan des Tempêtes.

notre Mont-Blanc, et 6 ont plus de 6000 mètres, rivalisant ainsi avec les plus hautes cimes des Cordillères des Andes, de notre continent américain. Les dimensions en diamètre des aspérités lunaires ne sont pas moins étonnantes que leurs hauteurs verticales. Citons les immenses cirques de Ptolémée, de Copernic et de Tycho, dont les diamètres intérieurs mesurent respectivement 180, 96 et 88 kilomètres, et plus de 30 autres cirques de plus de 80 kilomètres de dimensions transversales. Le cirque de Shickardt est un des plus considérables de l'hémisphère visible de la Lune : son diamètre ne mesure pas moins de 256 kilomètres ou 64 lieues; et la hauteur de l'une des montagnes qui le bordent est 3200 mètres. Circonstance singulière ! un observateur placé au centre de l'immense plaine circulaire qui forme Shickardt ne pourrait apercevoir le sommet des hautes montagnes qui l'environnent de tous côtés. Leur distance et la courbure du sol sont telles, que les bords du ci-atère plongent sous l'horizon visible. Quelle différence avec les cratères de nos volcans, « qui, à la distance de la Lune, seraient à peine visibles au télescope! » (Humboldt.) Du reste, parmi les cratères proprement dits, il n'est pas rare d'en trouver qui offrent des diamètres de 4 à 5 lieues.

Ajoutons qu'en plusieurs points les parties montagneuses du sol lunaire sont criblées d'une multitude prodigieuse de cratères relativement fort petits, c'est-à-dire ayant un diamètre compris entre 1 et 2 kilomètres. Les environs des cirques Eudoxus et Aristote (fig. 124) sont im exemple de cette structure singulière du sol de notre satellite.

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