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Jupiter, mais les nuages [tlus rinemcnt divisés offraient l'aspect des cirrus de notre atmosphère : au plus, il a vu trois ou quatre bandes parallèles. Cela prouverait que la surface est sujette à des variations d'aspect suivant les époques. Bond a vu, à quinze jours d'intervalle, des bandes nombreuses, bien définies, varier de nombre et de disposition, ainsi que le montrent les dessins de la figure 178. La zone équatoriale a paru à M. Trouvelot, teinte d'une légère nuance de rouge-carmin, terminée au nord et au sud par des bandes nuageuses grisà-
30 janvier 1857
14 février 1857
^l^^ 178. liiindcs du globe de Salurne. d'après ('<. I'. liuiiil
très. La couleur générale de la planète diffère de celle de l'anneau qui est légèrement jaunâtre.
C'est principalement sur les anneaux que portent les observations que nous résumons rapidement. M. Trouvelot n'a pu voir sur l'anneau extérieur qu'une légère division plutôt gri sàtre que noire, et apparente seulement sur les anses. On sait que Bond avait observé jusqu'à trois divisions (page 489). Quant à la division principale, elle lui a toujours semblé moins sombre que le fond du ciel, ce qui lui fait douter qu'il y ait là un vide réel entre les anneaux. Il n'a pu distinguer la lumière de la planète dans toute la partie de la division principale qui se projette sur le globe. Cette difficulté ne tiendrait-elle pas à l'épaisseur obscure de l'anneau?
Relativement à raiineau obscur, qui lui a semblé unique comme à Bond, il a nettement reconnu qu'il n'est transparent que dans une partie de sa largeur, contrairement aux observations antérieures qui laissaient voir le globe de Saturne dans toute l'étendue de la portion de l'anneau qui se projetait sur lui. La partie de cet anneau la plus voisine de la planète ne masque nullement la lumière de celle-ci, lumière qui est partiellement éteinte par la partie médiane, tandis que celle qui avoisine l'anneau B est tout à fait dense et opaque.
Une particularité curieuse, qu'on peut observer sur notre dessin, est celle qui montre l'anneau extérieur A, comme découpé ou dentelé sur son bord interne. M. Trouvelot n'a pu constater de mouvement de rotation dans ces accidents, qui se trouvent, il est vrai^ dans la position la plus défavorable pour ce genre d'observation, leur mouvement en avant ou en arrière s'efTectuant précisément dans la direction du rayon visuel.
Enfin, de la forme singulière du contour de l'ombre que Saturne projetait sur l'anneau, le savant américain croit pouvoir conclure que l'épaisseur du système des anneaux va en croissant depuis le bord intérieur de l'anneau obscur jusqu'à la division principale. Le bord extérieur de l'anneau le plus brillant serait ainsi à un niveau plus élevé que l'anneau extérieur ; de plus, il offrirait des protubérances qui expliquent, selon lui, les points brillants aperçus par Bond, à l'époque de la disparition de l'anneau.
Il nous parait résulter de ces observations nouvelles que le système des anneaux, et Saturne lui-même, avaient subi des changements réels, depuis Bond (1848-1857) jusqu'à 1874, et qu'ainsi, comme 0. Struve l'avait montré déjà relativement aux dimensions, l'état physique de la planète et de ses étranges appendices n'est rien moins que stable.
On a vu quelles doivent être, pour le globe de Saturne, les
alternatives des journées et des nnits et celles des saisons. On comprendra, en se reportant à ce qu'on sait de l'inégalité des jours et des nuits à la surface de la Terre, que des inégalités semblables ont lieu pour un même endroit de la planète dans le cours de l'année, et au même instant pour les diverses latitudes. Aux deux pôles et dans toute l'étendue des zones polaires, ces inégalités atteignent leur maximum. Pendant quinze de nos années, le Soleil ne quitte pas le pôle boréal, et une nuit de même longueur enveloppe le pôle sud de Saturne : c'est l'inverse qui se présente pour les quinze années qui suivent. Sans doute, un froid intense est la conséquence de cette privation si prolongée de rayons de lumière et de chaleur. Est-ce à ce long hiver, aux glaces et aux neiges dont se couvrent sans doute les régions polaires, qu'il faut attribuer la zone blanchâtre qu'on a remarquée tout autour des pôles ^ ? A une telle distance les détails physiques disparaissent, et l'on est réduit à de simples hypothèses. L'atmosphère de Saturne est sans doute très-épaisse, surtout près des régions équatoriales : les bandes brillantes dont le disque est entouré sont probablement produites par la réflexion de la lumière sur d'immenses masses nuageuses, que la rapidité du mouvement de rotation accumule incessamment. Les bandes sombres indiqueraient une atmosphère plus sereine, à travers laquelle on peut apercevoir la surface moins réfléchissante, et dès lors plus obscure, de la planète.
L'analyse spectrale a d'ailleurs confirmé récemment ces prévisions. D'après M. W. Huggins, « le spectre de Saturne est
1. Les régions polaires, boréale et australe, de Saturue n'ont pas ordinairement le même éclat, et on a constaté que le plus lumineux, le plus Liane des deux pôles est toujours celui de riiémisphèrc qui se trouve opposé au Soleil à l'époque de l'observation. Il y a là une évidente analogie avec les variations qu'on observe dans l'intensité lumineuse et l'étendue des calottes polaires de Mars. Est-il permis d'en conclure que ces phénomènes sont dus à des causes semblables?
faible, mais on y découvre quelques raies semblables à celles qui distinguent le spectre de Jupiter. Ces raies sont moins fortement indiquées dans la lumière des anses des anneaux, et nous montrent ainsi que le pouvoir absorbant de l'atmosphère autour des anneaux est plus faible que celui de l'atmosphère entourant le globe de la planète. Un savant français, M. Janssen, a trouvé tout récemment que plusieurs des raies atmosphériques sont produites par la vapeur d'eau. Il est vraisemblable que cette vapeur aqueuse existe dans les atmosphères de Jupiter et de Saturne. » Le P. Secchi a trouvé une pareille analogie entre les spectres lumineux des deux planètes ; de plus, il a observé dans celui de Saturne des raies qui ne coïncident avec aucune des raies telluriques produites par l'absorption de notre atmosphère. L'atmosphère de Saturne contient donc sans doute des gaz qui n'existent pas dans la nôtre .
D'après une observation intéressante de M. Chacornac, qui a pu suivre l'un des satellites de Saturne, pendant son passage apparent sur le disque de la planète, les bords de ce disque seraient plus lumineux que les régions centrales. On sait que l'inverse a lieu pour Jupiter'. Il concluait de ce fait que l'atmosphère de Saturne est d'une constitution analogue à celle des atmosphères de la Terre et de Mars ; mais nous venons de voir que l'analyse spectrale la montre analogue à celle de Jupiter.