‹ Le ciel, séjour des élus [microforme]Chapitre 55 sur 67 · LÉ MERITE · texte numérisé non relu

LÉ MERITE

que nous en fassions de grandes et d'éclatantes, mais celles

qui se présentent chaque jour, et auxquelles chacun est

obligé pa: son condition. Il faut mettre sa sainteté et sa perfection à bien faire cela, et être assuré que celui qui le fera le mieux sera le plus agréable à Dieu et réellement le plus parfait. Et c'est ici que brillent avec le plus grand éclat la sagesse infinie et la bonté incompréhensible de Dieu. Est-il rien de plus propre à ranimer notre espérance et à fortifier notre courage que de considérer la manière admirable avec laquelle il a daigné tout disposer? S'il eût attaché notre perfection à des choses sublimes et très difficiles, à de hautes contemplations, à des ravissements et à des extases ; à jeüner tous les jours au pain et à l’eau, à se livrer à d'aussi grandes austérités que celles des anciens anachorètes, il eùt Ôté à un grand nombre les moyens d'y parvenir; ils pourraient dire qu'ils n’ont point d'ailes pour voler si haut, qu'ils n'ont point assez de force pour supporter tous ces travaux; mais puisque l'on peut parvenir à la perfection par des choses faciles et communes, en s'acquittant dignement des devoirs de son état, en faisant bien les actions que l'on fait tous les jours, il n’est plus d'excuses pour ceux qui ne tendent pas à la perfection, puisque Dieu ne demande pas d'eux qu'ils fassent autre chose que ce qu'ils font, mais qu’il demande seulement qu'ils le fassent bien.

Une action bonne, faite en état de grâce, et en vue de plaire à Dieu est si grande, si admirable, qu’auc; esprit humain ne peut le concevoir, et aucune langue ne pourrait

tournir des termes pour l'expliquer. T.e mérite des choses surnaturelles est tel qu'elles surpassent incomparablement en dignité et en perfection toutes les choses naturelles du ciel et de la terre. Ainsi chaa‘e action de vertu, comme nous l'entendons ici, quelque jetite qu’elle soit, à raison du principe de la grâce qui l'ennoblit et l'élève à l'état surnaturel est plus excellente, plaît davantage à Dieu, lui prouve plus de gloire que toutes les actions naturelles de toutes les créatures, qui ont été et qui seront jamais. Outre cette excellence, chaque acte de vertu, fait en état de grâce et pour l'amour de Dieu est d'un prix inestimable, d'une si

grande valeur, que si l'on mettait dans un des plateaux

d'une balance tous les empires, tous les honneurs et toutes les richesses de la terre, et dans l'autre, la plus petite action que puisse faire uen âme juste, par exemple la récitation d'un simple Are Maria, le seul nom de Jésus prononcé comme il faut, le signe de la croix fait avec attention : encore moins, seulement un pas, un regard animé d'un bon motif, cette action en apparence si légère l'emporterait bientôt de tout son poids. Quand on donnerait pour l'acheter tous les biens de la nature, il serait impos- Sible d'en donner le prix; on achèterait plutôt tout un royaume avec un grain de sable ; parce que la nature, avec tout ce qu'elle a et tout ce qu'elle peut, quelqu'effort qu'elle fasse, ne saurait mériter le plus petit bien surnaturel de la grâce et de la gloire, tandis que cette petite action de vertu nous acquiert pour cette vie un nouveau degré

de grâce, l’accroissement de la charité, des vertus surna-

LÉ MERITE 263 turelles et des dons du Saint-Esprit, et pour l'autre la gloire des bienheureux et la possession éternelle de Dieu. Quelle inestimable valeur ! L'Apôtre Saint Paul nous as sure qu'un acte de vertu “produit en nous le poids éternel d'une souveraine ct incomparable gloire." Pour conserver une idée de ce prix inestimable, il ne faut jamais perdre de vue quels biens nous sont préparés dans le ciel, les ri chesses immenses, les sublimes honneurs, la gloire souveraine, les contentements ineffables, la douce compagnie des anges et des bienheureux, de la Très Sainte Vierge, et par dessus tout la jouissance de Dieu mème, et enfin la béatitude parfaite de tout l'homme pendant toute la durée de l'éternité!

Jean Diacre, raconte que Saint Grégoire-le-Grand,

étant encore abbé, donna un jour l'aumône à un pauvre

qui la lui demanda sous la forme d'un passant qui avait fait naufrage. Quelque temps après il fut élu Pape; et, comme, selon sa coutume, il donnait à diner à douze pèlerins, il en aperçut treize. Il reprit son chapelain d’avoir augmenté le nombre sans son ordre. Le chapelain, après les avoir comptés et recomptés, soutint qu'il n'y en avait que douze, comme en effet et lui et ies autres assistants n'en voyaient pas davantage. Le Saint pensa qu'il y avait là quelque chose d'extraordinaire, d'autant plus que ce treizième pèlerin changeait de temps en temps de visage, tantôt il semblait un jeune homme, tantôt un vénérable vieillard. Le diner achevé, après avoir congédié les sutres,

il retint celui-ci, le prit par la main, le mena dans son cabinet et le conjura de lui dire franchement qui il était. Le pèlerin lui répondit qu'il était ce passant à qui il avait autrefois donné l'aumône, ;endant qu'il était encore abbé, qu'il était un ange, et qu ur récompense de cette aumône, Dieu avait résolu « “iablir le Pasteur universel de son Église et son Vicas + en terre, qu'il avait reçu l'ordre de se tenir auprès de lui pour prendre un soin particulier de ses affaires, et pour lui faire obtenir de sa divine majesté tout ce qu'il demanderait. Saint Grégoire, bien étonné de ce qu'il voyait et entendait, se jette à terre en s'abaissant devant Dieu dans les sentiments du plus profond respect, et dit en versant des larmes de tendresse: Si Dieu, pour me récompenser d'une si petite action m'a élevé au comble de toutes les dignités et de tous les honneurs de ce monde, si de plus, il m'a accordé l'assistance extraordinaire d'un de ses anges, que ne me donnera-t-il pas si je fais de plus grandes aumônes, et si je garde ses saintes lois? Nous pouvons bien dire après ce grand saint : Si une action si petite a mérité de Notre-Seigneur un tel salaire, que mériteront donc celles qui sont plus grandes? Rappelons-nous que Notre-Seigneur dira aux justes, au jour du Jugement: “Venez les bien-aimés de mon Père, posséder.le royaume qui vous à été préparé depuis le commencement du monde; car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif, et vous m'avez donné à

boire...” et ainsi des autres oeuvres corporelles de misé-

ricorde qui suivent, nous montrant clairement par là com-

LE MÉRITE 265 bien il estime les bonnes oeuvres, méme les plus petites, et quel est leur mérite prodigieux. Si une action aussi petite et qui exige aussi peu de peine que de donner un morcau de pain, un verre d'eau froide, est si considérable et si précieuse aux yeux de Notre-Seigneur, qu'au grand jour du Jugement Universel, il doive la montrer aux anges et aux hommes en présence de tout l'univers, la louer de sa propre bouche, la regarder &:imme un service qui lui a éte très agréable, la reconnaitre comme faite à lui-même, digne de la récompense éternelle, des biens de sa gloire et de la jouissance de lui-même, ‘quel mérite auront devant lui des actions plus grandes et plus difficiles? Quelle louange

méritera celui qui aura donné tout son bien aux pauvres ?

de quel prix seront les aumones spirituelles qui sont audessus des aumônes corporelles, comme l'âme est au-dessus du corps? Quel degré d'honneur sera réservé aux grands actes de la vertu de religion, aux adorations, aux actes de louange, à la sainte Messe bien dite où bien entendue, aux confessions et aux communions bien faites

aux voeux de religion exactement observés? .….

Après cela, dira-t-on encore que même pour les ämes de bonne volonté, le salut est difficile? D'ailleurs, remarquons bien ceci: Ne faut-il pas toujours faire ses actions ordinaires de quelque manière que ce soit? Il faut que vous priiez, que vous disiez ou entendiez la messe, que vous obéissiez à vos supérieurs, que vous vous acquittiez des devoirs de votre état ; il est nécessaire que vous parliez

que vous marchiez, que vous preniez vos repas, que vous

voûs livriez au sommeil, et que vous fassiez beaucoup d'autres choses nécessaires à la vie. Or, puisqu'il en est ainsi, que vous ne pouvez vous en dispenser, ne vaut-il pas incomparablement mieux le bien faire, d'une manière parfaite, que de le faire mal et imparfaitement. N'est-il pas plus avantageux de rendre vos actions agréables et glorieuses à Dieu, et utiles à votre salut, que de les lui rendre, à Lui, odieuses ; et, à vous, nuisibles? Oui, sans doute, d'autant plus qu'il ne faut pas plus de temps pour les bien faire que pour les mal faire; il ne faut seulement qu'un peu plus de soin et d'application d'esprit ; si cela vous parait difficile dans le commencement, l'habitude vous le rendra bientôt plus facile. Et lors même que cette difficulté devrait durer toujours, rappelez-vous combien la récompense est au-dessus du travail.

Les Saints qui sont au Ciel, comprennent cette consulante doctrine, eux qui voient quelle récompense Dieu accorde là-haut à une action surnaturelle accomplie ici-bas sur la terre.

“Dans le ciel, il n'y a point de plainte ni de douleur, dit Saint Alphonse de Liguori, mais si quelque regret pouvait pénétrer dans le coeur des Saints, ce serait d'avoir perdu dans cette vie quelques moments qu'ils pouvaient employer à accroître leurs m rites et leur gloire dans le paradis. Une religieuse Bérédictine qui était morte, apparut environnée de gloire à une de ses ammes, et lui dit

au’elle était entièrement contente, mais que si elle pouvait

LE MERITE 207 En ee désirer quelque chose, ce serait de revenir sur la terre Pour y souffrir et y mériter une Plus grande félicité, Elle ajouta qu'elle consentirait à souffrir la maladie dont elle était morte, jusqu’au jour du jugement, pour acquérir la gloire qui Sorrespond au mérite d'un seul Ave Maria!” (x)

Cependant déjà, dès cette vie, des âmes héroïques ont eu ce désir qu'auraient les Saints dans le Ciel, s’il leur était possible d’avoir un désir, Au chapitre trente-septiè. me de sa Vie, Sainte Thérèse, voulant préciser la valeur d'un acte Surnaturel, nous fait cette étonnante déclaration: “,, Certaines visions l'emportent tellement sur d'autres par la gloire, les délices, la consolation que je m'étonne que la jouissance de Dieu se fasse sentir, même en cette vie, d'une manière si différente, Parfois la douceur et le plaisir dont l'âme se trouve inondée dans une vision ou dans un ravissement, s'élèvent si fort au-dessus de tout ce qu'elle a éprouvé, qu'il lui semble impossible de pouvoir désirer quelque chose de Plus ici-bas ; et de fait, elle ne le désire point, elle ne demande pas plus de bonheur.

Cependant, depuis que Notre-Seigneur m'a fait connaitre la prodigieuse inégalité qui existe dans le Ciel entre la félicité des uns ct celle des autres, je vois bien que sur la terre, il n'y a pas non plus, quand ii Je veut, de mesure à ses dons, Aussi ne voudrais-je jamais en voir mettre dans le dévouement à une si haute Majesté ; mon désir se. rait de consumer ma vie, mes forces, ma santé, à son ser’

(1) La Préparation à ta mort: XIe considération.

MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)

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