SORT DES ENFANTS MORTS SANS BAPTÈME
la disposition de la volonté ne change ni en bien ou en mal, d'où il suit que, avant l'usage de la raison, ces enfants n'ayant eu dans Ja volonté aucun ac désordonné, après la mort ils n°; auront aucun. Or, ce n'est pas sans désodrdre de 'a volonté que quelqu'un éprouve de la peine pour la privation d'un bien qu'il n'a pu obtenir, comme ce serait un désordre qu'un paysan S'attristät de ne Pas avoir un royaume, Donc, après leur mort, ces enfants, sachant qu'ils n'ont jamais pu parvenir à la gloire
céleste, ne souffriront pas de cette privation.
“Quant à la pensée que d'autres enfants, ayant été baptisés avant leur mort, jouissent de la vie éternelle, cette
pensée ne peut non plus les aifliger; car être récompensé
Sans avoir fait aucun acte personne! c'est une grâce te!le-
ment suréminente, que la privation de cette grâce ne peut
as plus aîtrister les enfants morts sans baptéme, que les s ne S'attristent de ne pas avoir telles ou telles faveurs
semblables.’
ant l'opin'on personnel'e de saint Thomas,
que ces eniants n'ont pas l'idée du Ciel. “Leur âme ce de la connaissance naturelle,
re, l'âme séparée doit avoir: mais clle est
la connaissance surnaturelle qui est m'se en
foi; parce qu'en effet, ces en fants n'ont pas
foi en acte et n'en ont pas reçu le sacrement. ( re
c'est une connaissance naturelle que l'âme sache qu'elle a
été créée pour le bonheur, et que ie bonheur consiste dan;
392 LS CIM la possession du bien parfait; mais que ce bien parfait, pour lequel l'homme a été créé, ce soit la gloire que les Saints possèdent, voilà qui est-au dessus de la connais sance naturelle, Aussi l'apôtre dit-il, que l'oeil n'a point vu, ni l'oreille entendu, ni le coeur de l'homme soupçonné. ce que Dieu réserve à ceux qui l'aiment. Puis il ajoute: mais Dieu nous l'a révélé par son Esprit. Cette révélation appartient à la foi. [es âmes des enfants dont nous parlons ne savent donc pas qu'eiles sont privées de ce bien, par là même elles n'en souffrent pas, mais ce qu'elles ont par nature, elles le possèdent sans douleur.”
Les enfants morts sans baptèéme, ne souffrant pas dans leur âme, ne souffriront pas non plus dans leur corps après la Résurrection—C'est encore l'opinion de saint Thomas: ‘Le péché originel, dit-il, ne mérite pas de peines sensibles, mais seulement la peine du dam ou privation de la vision divine.” Et voici comment il l'explique: ‘Le châtiment, dit-il, est proportionné à la faute, aussi le péché actuel, mortel, mérite-t-il la peine du dam, parce qu'il détourne l'âme de Dieu, et la peine des sens, parce qu'il porte l'âme vers les criatures. Mais dans le péché originel rien ne correspond à ce mouvement de l'âme vers les créatures ; l'âme est seulement détournée de Dieu par la privation de la justice originelle. Donc ce péché ne mérite pas de douleurs sensibles, mais seulement
la privation de la vue de Dieu.
SORT DES ENFANTS MORTS SANS BAPTEME 393 en pet “De plus, on n'inflige jamais de peine sensible pour une simple disposition habituelle, Par eXemple, on ne Püunit pas un individu parce qu'il est porté au vol, mais Parce qu'il a réellement volé, tandis que l’absence habituelle, même sans faute, d'une qualité requise, prise justevent de tel ou tel avantage. C'est ainsi qu'un homme ilicttré ne saurait Parvenir à la dignité épiscopale. Or, dans le péché originel, il n'y a qu'une disposition habitüelle à Ja ConCupiscence, laquelle donne à l'enfant cette äpütude et met dans l'adulte Ja Concupiscence actuelle. Donc aucune peine sensible ne Saurait être infligée à l'en fant mort dans Je péché originel : seule la peine du dar doit l'atteindre, Parce que, sans la justice originelle, il ne saurait parvenir à Ja vision béatifique.” Les enfants morts sans baptéme, sans tristesse dans leur âme, et après Ja Résurrection, et sans peine sensible dans leur corps, je Uiront-ils, dans le monde régénéré, d'un
bonheur naturel ?
Voici à ce sujet, une doctrin très-consolante que nous trouvons dans un ouvrage re Marquable et de publi ation toute récente (1).
félicité naturelle les enfants morts sans ètement satisfait, — ne désirent pas ce qui ne leur evien
® droit et ne re Srettent pas ce qui est inaccessible
(1) L'Au-deta : d'après Mgr Wilhelm Schneider, évêque de Paderborn Paris, Libr, Bloud & Cie, in-12 (compact) 1907.
our eux. Ils n'éprouvent le | son et le désir que d'une F
béatitude naturelle, c'est-à-dire d'un développement parfait de leurs facultés ct de leurs forces purement naturelles et d'une satisfaction pleine et entière de leurs aspirations vers un bonheur purement naturel. Cette fin correspond et suffit à leur être; c'est à cette fin qu'ils ont droit, mais ils n'en ont aucun à héritage du Ciel. Ils sont ables et di de jouir pleinement du bonheur naturel. que ce dernier leur soït accordé, au moins en vertu des mérites du Christ-Jésus qui est mort pour Eux aussi bien que pour les autres, c'est l'opinion, d'ailleurs bien fondée, de beaucoup de théologiens anciens ou mo
dernes.
D'abord ces enfants ont une existence exem te de dou.
leur (nous venons de le dire), et, par conséquent, leur
! lus.
conditi st plus heureuse que les f ieutreuses
tions de la sente, pri ï les-memes ct elles-mêmes.
convient naturellement à leur nature humaine, mone la plus heu s entre leurs facultés corporelles et ête de leurs aspiconnaissent D'eu “ur SOUVErain ! ire, comine “ur et la raison d'être de toutes cheses, le soutien de et la modération de toutes les los de la nature;
comparée à la sciente “trante et universelle de ces pe-
tits êtres, l'érudition des plus savants de la terre est peu
ANS BAPTÉME 395 de chose. Ils aiment Dieu d'un amour naturel, correspondant à leur connaissance, de toute leur âme, par-dessus tout et éternellement. Ils louent sa puissance qui les appela du néant à l'existence, ils vénèrent sa Providence qui ordonne et dirige tout avec sagesse et amour et qui, peut-être, ne les à fait mourir si prématurément que pour les préserver de la mort éternelle
Pour eux, Dieu reste la fin dernière et le bien su prême. A eux aussi il fait sentir sa présence, non sans doute comme aux Bienheureux du Ciel auxquels il dévoile es profondeurs insondables de son essence, mais non plus comme aux damnés de l'enfer, sur lesquels il fait peser le bras de sa justice vengeresse. [1 tes attire plutôt à lui d'une manière si intime que les aspirations innées de la créature vers le Créateur, où sa vo'onté de bonheur naturel sont pleinement satisfaites. I! leur fait goûter assez de ses biens, de sa lumière, de son amour et de ses délices, pour qu'ils soient intimement convaincus qu’il est toujours un père plein de bienveillance et d'amour. Les enfants
morts sans baptême ont donc entrée, d'une certaine façon
dans le coeur paternel de Dieu, non sans doute comme
Isaac en qualité d'enfants de le promesse, mais comme Ismaël en qualité d'héritiers de ta bénédiction naturelle Îls marchent, eux aussi, en sa présence, contemplant ses attributs et ses perfections, autant du moins qu’elles se réflètent dans ses oeuvres, et ils sont confirmés dans la
justice et la vertu naturelle
; CIBL
Relation des Enfants morts sans baptême œvec les Bienheureux
Enfin on ne voit pas pourquoi les Bienheureux n'auraient pas un commerce avec ces heureux petits enfants Pour les Elus, en effet, le Ciel avec toutes joies se trouve partout où est Dieu qui est présent en tous lieux Avec leurs corps glorifiés, ils traversent les espaces immenses du monde, sont tantôt dans nn lien, tantôt dans un autre, mais partout près de Dieu et partout dans le Ciel recevant toujours cette mesure de lumière et de délices qui correspond à leurs mérites. Un commerce entre eux et les enfants morts sans baptême n'est pas inconcevable ni impossible : il parait plutôt convenable et fondé en rai
son, Ces petits, en effet, ne puisent pas tant leur bon
heur naturel en Dieu lui-même que dans ses ouvrages, -
pourquoi leur serait-il dès lors, interdit de voir précisé ment les créatures parfaites de Dieu, d'admirer en elles sa puissance, sa sagesse, et son amour, d'être instruits par elles des mystères de son impénétrable essence? Ils ne voient pas Dieu lui-même, mais ils voient ses élus comb'és de grâces: ils ne voient pas le Soleil éternel, mais ils voient les milliards d'astres inférieurs qui reçoivent de fui leur lumière : ils ne marchent pas à la clarté du grand jour, mais dans une nuit illuminée d'étoiles: la Beauté incréée se cache à leurs veux, mais son reflet, mille fois reproduit, leur cause des délices ineffables. Leur oeïl n'est pas glorifié, mais il est capable de voir les formes
SORT DES ENFANTS MORTS SANS BAPTÉME 397 glorifiées des Bienheureux, et d'en ressentir une joie inexprimable, Si des millions d'enfants, sans aucun mérite personnel, ont reçu la grace du baptême et par elle la béatitude éternelle, ceux qui n'ont pas eu ce bonheur n'en éprouvent pas plus de peine qu'ils ne pourraient en éprou ver de n'avoir pas été créés comme des anges ; ils ne sont pas jaloux du bonheur plus élevé des autres. Ils observent et admirent, louent et célèbrent l'ordre harmonieux qui règne entre les créatures, s'inclinant devant les dé + sions mystérieuses de sa libre prédestination et adorent sa grandeur, sa majesté et sa magnificence, qui ordonne et gouverne tout avec une perfection et une puissance infinies. Leur commerce avec les Bienheureux inondés de délices est pour eux une sorte de compensation des joi dr. Ciel
Gual.tés corpotelles dont sont gratifies les enjants morts sans baptême, au Jugement dernier
Même pour ces Enfants morts avec le péché originel, le Souverain ressuscité est encore le modèle et la cause
de leur résurrection, Sans doute leurs corps ne partici
peront pas plus aux prérogatives de Ja glorification sur
naturelle, que leurs âmes ne peuvent participer à la vision béatifique : mais par rapport à leur periection naturelle, is seront aussi bien partagés que les corps des Justes. I] est permis de conjecturer qu'ils prendront, quant à la forme et quant à la taille, le degré de développement qu'ils auraient atteint à la fleur de l'âge mür Toute diffor-
mité, toute disproportion et tout défaut seront à jamais écartés, Ces enfants restent préservés des maladies et des ma'aises, de la faim et de la soif ; ils n'ont plus à crain dre aucun trouble, aucune lutte intérieure, ils jouissent continuellement d'un bien-être parfait. Ils sont doués du don d'incorruptibilité, et ne sont plus soumis aux néces sités de la nature, du boire ou du manger. L'aiguillon de
Ja sensualité ne les tourmente pas, la concupiscence désor
donnée leur est tout-à-fait étrangère. Ils possèdent une maturité spirituelle, morale et corporelle qui correspond à la nature humaine pure, c'est-à-dire, ni corrompue par le pééché, ni élevée par la grâce à la vie surnaturelle.
C'est dans cet état de perfection, conforme à leu: nature, et de bonheur proportionné à leur situation, qu’ils attendent leurs parents, auxquels its rendront d'éternelles actions de grâces de leur avoir donné l'existence. C'est pourquoi nous pouvons dire à ces parents péniblement affligés: Soyez donc consolés; ces enfants ne sont pas perdus pour vous, mais ils ont été placés dans un lieu de bonheur. Vous les retrouverez et ils vous reconna tront et vous vous réjouirez les uns et les autres, en louant
Dieu, l’auteur et le dispensateur de toutes ces merveilles!