‹ Le ciel sur la terreChapitre 23 sur 120 · SACREMENT · texte numérisé non relu

SACREMENT

11 est certain que lorsque les disciples du Seigneur reçurent la première fois son corps et son sang, ils le reçurent après le repas. Blâmera-t-on pour cela la coiiliime universelle de VÉglise de le recevoir avant que d'avoir mangé? Trouvera-t-on à redire que le Saint-Esprit, pour rendre plus d'honneur à un si grand sacrement, ait voulu que les bouches des chrétiens reçussent le corps du Seigneur avant que de recevoir une grossière nourriture? Voilà la raisonde cette coutume qui s'observe daqs l'Eglise partout l'univers. 11 ne faut pas s'imaginer que parce que le Seigneur donna autrefois son corps à ses disciples après le souper, les fidèles puissent dîner ou souper avant de recevoir le corps de Jésus-Christ, et mêler ainsi cette chair sacrée parmi les mets ordinaires de leurs tables ; puisque l'apôtre saint Paul blâme et reprend si sévèrement ceux qui de son temps en usaient ainsi. Il est vrai, le Seigneur ne donna son corps à ses disciples qu'à la fin du repas; mais c'était pour relever l'excellence et la sublimité de ce mystère et l'imprimer plus fortement dans leur cœur et dans leur esprit, en ne le propû-

sant qu'au moment où il allait les quitter pour souffrir la mort ignominieuse de la croix. Il ne voulut pas leur prescrire l'ordre qu'il devait observer dans la célébration de ce sacrement, afin do leur laisser le pouvoir d'y pourvoir, puisque c'était par leur ministère qu'il devait fonder les Eglises et y régler toutes choses. » (Epît. cxvni, ad Joan., cap. m.)

Ecoutez-le encore exposant les sentiments d'une àme aux pieds des autels avant la sainte communion :

« Je vous ai donc cherché, et je vous ai trouvé, ô Jésus! et je n'ai plus maintenant d'autre désir que de vous aimer et de vous posséder. Quand vous donneiiez à cet esclave, qui vous implore, l'empire de tout l'univers, il ne serait pas satisfait si vous ne vous donniez à lui vous-même. Oh! faites-lui ce don incomparable, mon Dieu, donnez-vous à moi ; vous savez que je vous aime! quelque hardiesse qu'il y ait dans celte demande et dans cette déclaration, je ne saurais m'empêcher de vous dire, Seigneur, que votre amour me possède, que la douceur de votre souvenir et la joie de voire présence me ravissent à la fois. Ah! malheur à l'âme qui ne cherche point Jésus- Christ sur son autel et qui n'éprouve pas le désir de le recevoir ; elle perd la vie puisqu'elle ne la consacre pas au Seigneur. Mais pour moi, ô Dieu de miséricorde, je remets entre vos mains la vie et la raison que j'ai reçue de votre munificence, et je vous prie de les employer à l'exécution de votre sainte volonté. Je vous aime, ô puissance infinie, qui ferez un jour part

de votre gloire à votre humble esclave ; je vous aime, ô souveraine béatitude, qui me communiquerez bientôt la joie dont vous êtes la source.

a L'âme qui ne vous aime pas aime le monde perfide ; celle qui ne vous cherche pas court après le mensonge; celle qui ne vous sert pas sert le vice et le péché, elle croit y trouver son repos; mais, hélas ! je connais les peines et les inquiétudes de ce fatal esclavage.

« Seigneur, qui préparez des festins si magnifiques à vos élus, qui les enivrez des délices ineffables de vos splendeurs infinies, donnez-moi quelques miettis du pain des anges ; mon âme affamée vous implore au pied des autels, qui sont comme les portes du sanctuaire de votre miséricorde; elle frappe, par ses soupirs et ses prières, pour que vous lui permettiez d'entrer et d'aller à vous, de baiser le trône de votre majesté, d'y trouver un asile contre ses ennemis, et de s'y nourrir du pain mystérieux, qui n'est autre que ce Verbe divin dont vous vivez vous-même! 0 mon Dieu, froment des élus, foyer de la vie bienheureuse dont les élus tirent toute leur sainteté , leur vertu, leur tendresse, venez, ô Jésus, venez! »

ÉLÉTATI05 DE l'aME APUF.S LA SAINTE COMMCMOX.

Oh! combien le Seigneur notre Dieu regarde avec amour ses membres, sa chair, son sang, son cœur, qu'il voit en nous après la communion î

58 CmCO^•STA^•CES QUI ONT SUIVI I/EXÉCUTION

« 0 mon âme, qui avez la gloire de porter Dieu en vons, qui avez été rachetée par le sang de Jésus- Christ, qui devez être son épouse au ciel, qui venez de recevoir les saints haisers et les prénjices de la jouissance de ce divin Epoux, et qui, par une alliance si noble, êles associée à la dignité des anges, ô mon àme, élevez-vous au-dessus de vous-même, allez poursuivre jusque dans le ciel l'amour qui est venu vous chercher sur la terre. Aimez cet Homme-Dieu qui vous a tant aimée, aimez tout ce qu'il aime, aimez comme lui l'oraison, la pureté, la patience, la charité et la miséricorde, et ne doutez pas qu'il ne réponde à votre tendresse. Choisissez-le pour ami, préférez-le à tous les amis de ce monde, leur amitié ne dure qu'autant que leur existence, et encore elle est pleine de faiblesse ou d'égoïsme. Mais Jésus-Christ est l'ami immortel et tout-puissant qui vous consolera dans toutes vos peines; il ne vous laissera souffrir aucune adversité qui ne serve à votre avantage et à votre gloire, et il vous conduira par la main à travers des routes secrètes jusqu'à la cité de Dieu, où vous serez à jamais la concitoyenne des anges. C'est là que vous trouverez le comble du bonheur, que les hommes aveugles cherchent inutilement dans les créatures; ô mon âme, élevez-vous sans cesse vers le royaume de votre Epoux ; ce royaume, il est vrai, est éloigné de vous d'une distance infinie, mais qu'y a-t-il de difficile, ou plutôt qu'y a-t-il d'impossible à l'amour?

« La vue ou le souvenir des beautés de Dieu suffit

à l'âme pour l'embraser de cet amour dont la douce \iolence pousse ses flammes vers le ciel. El, sans crainte d'être éblouie par la majeslé du Dieu qui y règne, elle s'approche avec une humble assurance; les délices qu'elle éprouve surmontent son respect. Elle ferme les yeux devant cet abîme de lumière, elle se jette dans les bras de son Epoux, et, dans cette union ineiïable, elle perd le sonliraent et le souvenir d'elle-même, enivrée qu'elle est de la douceur incompréhensible d'un tel embr.issement.

« Que ces transports seraient délicieux, s'ils avaient quelque durée ! 11 n'y a aucun plaisir en cette vie qui puisse seulement leur être comparé : l'amour est une puissante passion lors(}u'il se porte vers une beauté infinie. 0 mon àme, soupirez donc avec ardeur après la Jérusalem céleste, si vous voulez y arriver un jour! Oh! plût à Dieu que vous y remplissiez déjà, comme la dernière des servantes de Jésus- Christ, le siège qu'il vous destine parmi les anges!

« 0 Jésus, plein de douceur et de tendresse, embrasez donc toutes les puissances de m.on àme du feu sacré de votre amour! que je vous aime enfin selon toute l'étendue du commandement que vous m'en avez fait, et que nul amour étranger ne trouve désormais l'entrée de mon cœur! Il y a deux amours, hélas! l'un bon et l'autre mauvais ; l'un rempli de paix et de bonheur, l'autre plein de trouble et d'amertume, et ils ne peuvent habiter ensemble dans un cœur. Si quelqu'un aime autre chose que vous, ô mon Dieu,

\otre charité n'est point on lui. 0 vous qui êtes la source de l'amour, vous dont l'amour n'est accompagné ni suivi d'aucune douleur, ô vous qui êtes la source de l'amour pur, de l'amour éternel, qui brûle toujours et ne s'éteint jamais ; ô Seigneur, dont la bonté et la beauté sont infinies, qui, par conséquent, méritez un amour infini, répandez, je vous en supplie, dans ce cœur où vous êtes présent, la plénitude do votre charité, afin que, ne désirant plus rien de terrestre, je vous aie seul devant les yeux. Gravez de votre doigt puissant, gravez dans ce cœur le souvenir ineffaçable de votre passage, mais gravez-y en mémo temps, comme sur les tables de la loi, vos volontés saintes et les préceptes de votre justice ; et faites que toujours la vue de mon âme soit fixée sur vous et regarde vos commandements! »

SENTIMENTS d'uS PÉCHEUR PÉXITEXT APRÈS LA SAINTE COJIMUMOX.

« 0 très-doux, ô très-miséricordieux, ô trèsaimable Jésus, vous êtes plus suave que le miel, plus pur et plus blanc que le lait et la neige, plus délicieux que le nectar, plus précieux que l'or et les pierreries. Mais, que dis-je, ô mon Dieu ! Je dis tout ce que je puis... et je ne dis rien ! Que mon bonheur serait extrême, si je savais vous remercier et chanter vos bienfaits à la manière des anges î Faut-il que mon impuissance he ma langue et me ferme la bouche 1 Non! malheur à ceux qui ne parlent pas devons.

DE LA l'ROMESSE DE XOTRE-SEIGXEUR JÉSUS-CHRIST. Gl

puisque ceux qui en parlent le mieux ne sont encore que des muets devant vous ! Mais comment vous louer, ô vertu inéiïable, ô sagesse éternelle ? Votre prophète a dit:Lff louange vous appartient et toute gloire vous est due.

« Or vous savez, mon Dieu, vous qui voyez au fond de tout amour, vous savez que vous m'êtes plus cher que le ciel et la terre et tout ce qu'ils contiennent dans toute leur étendue. Oui, je vous aime, mon Dieu, et je désire vivement que vous augmentiez mon amour, que l'immensité de ce que je vous dois en soit la règle ; que toutes mes actions tendent à vous, et que mes pensées mêmes soient absorbées par vous, afin qu'en suivant la voie oîi vous daignerez me conduire et m'accompagner, je marche de vertu en vertu, selon l'expression du prophète, et que je voie le Dieu des dieux dans Sion.

« Pardonnez, Seigneur, pardonnez à mon ignorance la hardiesse que je prends de vous louer, moi qui ne suis qu'un serviteur inutile et méchant ; je ne devrais vous bénir que les yeux baignés de larmes, mon cœur devrait se fondre devant vous comme la cire, ainsi que le dit le prophète; mais vous êtes si riche en miséricorde que vous me donnez part à vos richesses, quelque indigne que je sois de vos dons. Vous savez que nous ne pouvons ni vous plaire ni vous servir, si vous ne nous en faites la grâce : percez donc ma chair du trait salutaire de votre crainte filiale, et remplissez mon âme de la joie qui perfectionne la

crainte. Créez en moi un cœur pur, qui tressaille d'allégresse lorsque je chante vos louanges, après avoir fjoûté combien vous êtes doux. Heureux le cœur qui met en vous toute son espérance, et qui dispose en lui-même des degrés pour monter vers vous ! heureux ceux qui ont le cœur pm\ car ils verront Dieu! heureux ceux qui habitent dans votre maison^ ils vous loueront dans les siècles des siècles !

« 0 Père do miséricorde 1 jetez maintenant les yeux sur ce divin Fils que vous avez engendré et sur cet esclave qu'il a daigné racheter; embrassez avec une tendresse infinie cet adorable pasteur et favorisez d'un regard de bonté la pauvre brebis qu'il vous a rapportée sur ses épaules. L'insensée! elle s'était éloignéi; de votre bienheureux troupeau et elle s'était perdue ; mais il est monté sur un rocher élevé pour la découvrir, et, du haut de la croix, avant de rendre le dernier soupir, il a jeté un grand ci-i pour l'appeler; et, les bras étendus comme pour l'embrasser, il a incliné la tcle en lui donnant le baiser de paix, il a laissé ouvrir jusqu'à son cœur pour la recevoir, et maintenant il la nourrit de sa chair et de son sang!

« 0 mon Dieu ! comme je voudrais vous rendre d'humbles actions de grâces pour la passion si douloureuse que votre Fils a voulu souffrir et pour le sacrifice de son corps et de son sang, qu'il vous a offert sur l'autel du Calvaire, et qu'il vous offrira jusqu'à la fin dos siècles dans son sacrement d'amour,

DE L\ PROMESSE DE KOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST. Gô

OÙ il nous donne son corps comme nourriture et son sang comme breuvage, et où il s'unit à chacun de nous par la communication inefluble de sa personne divine !

a 0 mon Dieu ! comment puis-je vous rendre grâce d'avoir tant aimé le monde que vous lui avez donné votre fds unique? oh! que mon cœur et ma hinyue chantent vos miséricordes dans l'éternité! \it vous, ô Jésus! mon Dieu, mon espérance et mon araour, ne souffrez pas, je vous en conjure, que ie manque jamais de reconnaissance pour de si étonnants bienfaits et que mon ingratitude envers vous me rende indigne de vos bontés infmies! »

SAINT JÉROiaE

Saint Jérôme est compté au nombre des plus grands saints, des premiers docteurs et des savants les plus consommés qui aient illustré l'Eglise de Jésus-Christ. Il fut l'ornement et l'oracle du cinquième siècle. Voici le témoignage de sa foi à la réelle présence de Jésus- Christ dans la divine Eucharistie.

« ^'ous savons que le pain que le Seigneur rompit et qu'il donna à ses disciples, est le corps du Sauveur. Moïse ne donna pas le vrai pain ; mais il nous a été donné par le Seigneur Jésus, qui est lui-même le convive et le festin ; il mange et se fait manger »

Ci CIRCONSTANCES QUI ONT SUIVI L'EXECUTION

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