LE VÉNÉRABLE BEDE
UN Pr.ISONMER EST DÉI IVRE DE SES FERS PAR l'ocLATIOX DU SAINT SACRIFICE DE LA UESSE.
Nous lisons dans l'histoire d'Angleterre, par Bède, livre IV, cliap. xxii, que, dans le combat où périt le roi Edwin, ir se passa un fait mémorable et fort authentique.
« Parmi les braves guerriers qui combattaient ;'i côté de lui, se trouvait un jeune homme appelé Huma. Blessé fort grièvement, il resta sur le champ dcbataille parmi les cadavres; cependant, ayant repris ses sens, il se mit sur son séant et banda comme il* put ses blessures. Après avoir pris un peu de repos, il se leva et se mit en route pour trouver, s'il le pouvait, une personne compatissante qui lui donnât de& soins. Mais, au lieu de cela, il fut découvert et fait prisonnier par des soldats de l'armée ennemie, qui le conduisirent à leur chef, au comte du roi Edilrède. Interrogé par ce prince qui il était, il n'osa pas se dire soldat, il répondit qu'il était un pauvre paysan, et qu'il était venu avec d'autres de sa condition porter des vivres à l'armée. Le prince le prenant en pitié, fît soigner ses plaies et, quand la guérison fut opérée^ il ordonna, pour l'empêcher de prendre la fuite, qu'on le tînt attaché pendant la nuit ; mais ce fut c» vain : car à peine ceux qui l'avaient attaché eurentils disparu, que ses liens se défirent. C'est qu'il avait
2i)i MIRACLES.
un frère nommé ïuma, prêtre et abbé d'un monastère dans la ville qui s'appelle de son nom Tumiacestir. Cet abbé, à qui on avait rapporté que son frère avait été tué dans la bataille, s'était rendu sur le lieu du combat pour chercher son corps parmi les morts, et en ayant trouvé un qui lui ressemblait parfaitement, il l'avait transporté dan§ son monastère, l'avait enseveli avec honneur, et avait fait dire plusieurs messes pour le soulagement de son âme. L'effet de ces messes fut de rendre inutiles tous les efforts qu'on faisait pour lier son frère. Cependant le comte entre les mains de qui était le prisonnier, surpris de ce fait merveilleux, lui en demanda la cause, et voulut savoir de lui s'il n'avait en sa possession quelqu'une de ces lettres salutaires, dont on raconte tant de fables, pour rendre impuissants tous les lieni dont on voulait l'attacher. Le prisonnier ré})ondit qu'il ne connaissait rien de tous ces secrets; mais ajouta-t-il, j'ai un frère prêtre dans mon pays, et je sais que, me croyant mort, il fait dire pour moi souvent des messes, qui auraient pour effet de délivrer mon âme des peines qu'elle aurait endurées dans le purgatoire, si j'étais parmi les morls.
« Comme le comte le garda auprès de lui, ceux qui l'étudiaient avec plus de soin virent bien à ses traits, à son maintien et à son parler, qu'il n'était pas un homme du peuple, mais plutôt de famille noble. Alors le comte, le prenant à part, le pressa dé lui dire d'où il était, en lui promettant de ne lui faire
aucun mal, s'il lui révélait simplement sa condition DU son origine. Le prisonnier, déférant à sa demande, lui fit connaître qu'il était officier du roi Edwin. « .je « voyais bien, reprit le prince, que vous n'étiez pas « un paysan. Vous méritez donc la mort, puisque « tous vos frères et vos proches ont été tués dans ia « bataille ; cependant je ne vous ferai pas mourir , « pour ne pas manquer à la parole que je vous ai rt donnée.» Lorsque le blessé fut guéri, son maître le vendit, à Londres, à un certain Frison ; mais ce nouveau maître, pas plus que l'ancien, ne put jamais réussir à l'attacher. Ses ennemis ayant donc essayé ainsi de tous les liens, et celui qui l'avait acheté voyant qu'il ne pouvait l'attacher avec aucun lien, lui donna la faculté de se racheter s'il le pouvait. C'était le plus souvent à la troisième heure du jour, heure à laquelle se disaient les messes, que ses liens se défaisaient. Le prkonnier, sur la promesse qu'il lit de revenir ou d'envoyer le prix de sa rançon, put se rendre à Cantorbéry auprès du roi Lodheri, qui était neveu par sa mère de la reine Edildrida, et qui avait été comme lui officier de cette reine. Il lui demanda et obtint la somme nécessaire pour se racheter et fît passer cette somme à son maître, comme il l'avait promis. Alors il retourna dans son pays, el, arrivé près de son frère, il lui raconta en détail les revers qu'il avait essuyés, les consolations qu'il avait éprouvées, et le convainquit, parles révélations que celui-ci lui fit à son tour, que ses liens s'étaient dé-
faits aux moments précis où les messes avaient été dites. Il comprit en même temps que tout le reste qui lui était arrivé d'heureux ou d'avantageux au milieu de tant de périls, il le devait à la protection du ciel, intéressé en sa faveur par les prières de son frère et par l'oblation de la victime sainte. Cette histoire m'a été racontée par des personnes qui la tenaient de celui-là môme qui en était le sujet, et c'est ce qui m'a déterminé à la donner avec conliance dans cette histoire ecclésiastique.»
ir SIÈCLE
APPARITION A ÉGIDIUS
ÉCIDIOS VOIT LA SAIXTE HOSTIE, APRÈS LA CONSÉCRATION, TRANSFORMÉH EN UN ENFANT d'uKE MERVEILLEUSE EEAUTÉ.
Le célèbre abbé du monastère de Corbie Paschase rapporte le fait suivant : « Un prêtre nommé Egidius, d'une piété remarquable et qui menait une sainte vie, demanda à Dieu, par d'ardentes prières, qu'il voulût bien lui découvrir la nature même du corps et du sang du Seigneur dans la divine Eucharistie. Un jour donc qu'il célébrait les saints mystères, tombant à genoux après VAynus Dei, selon sa coutume : « Dieu tout-puissant, créateur et ré- « dempteur des hommes, s'écria-t-il, découvrez-moi, « sous ce mystère de chétive apparence, la nature « même du corps de Jésus-Christ ; qu'il me soit perte mis de contempler, sous la forme d'un enfant, celui
« que la Vierge iMarie a porté dans son sein. » Aussitôt un ange descendu du ciel lui dit : « Levez-vous « vite, si vous voulez voir Jésus-Christ ; le voilà qui « est présent, revêtu d'une forme corporelle et de la « pourpre sacrée. » Le prêtre saisi de crainte se lèvc^ et il voit un enfant assis sur l'aulel. « Puisque vous « avez désiré, ajoute l'ange, voir Jésus-Clirisl que « vous venez de consacrer sous l'espèce du pain par « les paroles mystiques, regardez-le maintenant de « vos yeux, touchez-le de vos mains. » Alors, ô faveur ineffable ! le prêtre, rassuré par une lumière céleste, prend l'enfant Jésus dans ses mains tremblantes, serre contre son cœur le cœur de Jésus, et, les yeux baignés de douces larmes, il approche ses lèvres tremblantes d'émotion des joues du divin enfant, puis il le dépose sur l'autel, et, prosterné de nouveau contre terre, il conjure le Seigneur de vouloir bien reprendre sa première apparence. Alors, se relevant, il trouva que le corps de Jésus-Christ avait repris sa forme première, et il communia sous l'espèce ordinaire. » (Saint Thomas d'Aquin, de l'Adorable SacremerU de l'autel, chap. XI.)