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DU POULS PENDANT LE SOMMEIL ET LA VEILLE

Sommeil et repos sont presque synonymes. Pendant le sommeil, tous les organes se réparent^ et ceux-là même dont l'action continue paraît indispensable à la vie, le cœii?- et la respiration, agissent avec un calme^ une lenteur qui constitue un repos suffisant pour eux. Le pouls est donc plus lent ^enda-nt le sommeil; il est aussi plus faible, suivant l'aphorisme de BOERRHAAVE : « Pulsus dormientium manifesté tardior seu lentior est.y>

Morgan et Brown avaient affirmé le contraire et prétendaient que le pouls montait de 70 à 83^ ctchez quelques-uns de 80 à 95. Mais cela ne peut être vrai que par exception : par exemple, chez des personnes se couchant peu après l'excitation d'un repas ou d'une conversation trop animée, ou bien encore sous l'influence d'un rêve violent, d'un cauchemar; enfin lorsqu'on ne prend pas son repos dans la position horizontale, car la position est pour beaucoup dans le repos du cœur.

Ajoutons ici que V ivresse rend le pouls agité pendant le sommeil. Elle agit donc contre les lois de la santé.

Suivant Boerrkaave, la lenteur du pouls pendant le sommeil augmente en raison de sa durée plus prolongée. I Haller admet d'après Hamberger, chez l'homme en santé, tO pulsations de différence.

Quételet trouve 16 pulsations de moins chez un garçon, 10 chez une fille.

Wick admet une différence de 3 pulsations seulement.

HohlVà porte à 10 chez l'adulte et à 20 ou 30 chez l'enfant; le sommeil de la mère, suivant lui, retentit sur le fœtus, qui éprouverait aussi un ralentissement des battements de son cœur.

GORHAM * a compté chez des enfants nouveau-nés 20 pulsations de moins pendant le sommeil.

TROUSSEAU ^, spécifiant davantage, a reconnu que chez les nouveau-nés ayant moins de 30 jours il y avait en moyenne 140 pendant la veille, 121 pendant le sommeil, et chez les enfants de 6 à 21 mois le chiffre était de 128 et 112.

Ralentissement et arrêt du pouls par la douleur physique. — Pareil sujet avait déjà préoccupé les médecins de l'antiquité. Actuarius^ lui a consacré un chapitre spécial dans son livre : De pulsuum examine. Chez les auteurs modernes, le sphygmographe n'a point encore été employé dans ce cas pour marquer les résultats, mais le professeur mantegazza ^ a fait de nombreuses expériences sur les animaux pendant les vivisections. Une douleur violente, chez le lapin, a fait baisser le pouls en 10 minutes de 228 pulsations à 84 ; — chez le rat de 132 pulsations à 96 ; — sur lo. poule de 108 à 72.

Mantegazza a même constaté chez les petits oiseaux la mort rapide ipa,r syncope, en quelques secondes, sous l'influence de la douleur.

Le ralentissement du pouls est dû à un effet réflexe, à l'excitation des nerfs sensibles qui réagissent sur le cœur et la circulation. On peut l'anéantir par la section des pneumo-gastriques ou en paralysant leur action par l'anesthésie, et c'est là un des plus grands bienfaits de cette méthode. La suppression delà douleur par les anesthésiques entraîne la suppression de la réaction cardiaque, parce que l'instrument de la réaction fait

' GoRHAM. Obs. on the puises of infants. London med. gazet. 1837, t. XXI, p. 335.

' Trousseau. Lettre sur le pouls des enfants à la mamelle. J.des conn. méd. chir. 1841, p. 23 et 128. •

' AcTUARius. Meth. med. lib. I de pulsuum examine, cap. 9.

* Mantegazza. DeU'azione del dolore sulla calorificazione e su'i moti del cuore. Gazz. med. lombarda, n°« 26029. 1866.

défaut, les nerfs pneumo-gastriques étant paralysés. Mais la section de la moelle est sans résultat.

Arloing et Tripier ont en outre démontré qu'une systole brusque et violente succède souvent à l'excitation douloureuse par suite d'une action réflexe sur le bulbe.

Douleur morale. — La douleur morale agit identiquement comme la douleur physique. Suivant le degré et la nature de l'impression subie, il survient : systole brusque et palpitation^ ou bien, à un degré plus fort, la douleur produit \sl syncope et peut aller jusqu'à tuer par arrêt du cœur. Il y a peu d'années lé docteur Deleau de Paris mourut de douleur quelques heures après la mort de sa fille. C'est que la perception cérébrale est aussi une cause d'arrêt du cœur, et cela, « soit qu'elle vienne s'ajouter à la douleur^ cause première, soit qu'en l'absence de douleur on fasse subir d'emblée la secousse aux hémisphères cérébraux, par une émotion soudaine, sans impressionner les nerfs périphériques » (Franck).

Pouls des passions. — Les passions sont des souffrances morales qui font dévier l'organisme de cet état moyen qui caractérise la santé. Un de leurs premiers effets, c'est de ralentir sur lé cœur.

Le pouls de la joie est vif^i animé; il suit dans son développement l'état de l'âme, à ce point qu'il produit des palpitations et qu'à un degré extrême subit il peut arriver au spasme, à la syncope, même à la mort subite. Ainsi périt Sophocle, le grand poète grec.

Le pouls de la snvpvise est petit, lent, et cette lenteur peut, dans la surprise extrême, joie ou peine, arriver aussi jusqu'à la syncope et à la mort subite. Il y a donc alors spasme absolu du cœur.

Le pouls de l'émotion est vif, subit; il s'accélère de 10 à 20 pulsations et s'accompagne, en outre, de la dilatation ou du resserrement du réseau mj^z'/ZaîVe^ avec rougeur ou pâleur des joues.

Dans le style de conversation, on dit volontiers : Le cœur lui bat, pour signifier : il a peur. La science parfois se fait ainsi populaire.

Il est remarquable que le pouls de Vémotion se retrouve jusque chez l'animal.

COUTY et CHARPENTIER ' ont, sur des chiens curarisés. Constaté

' CouTY et Charpentier, op. cit.

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