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IMPORTANCE ET FONCTION DE LA VIE DANS LA CIRCULATION

■ Si les calculs de la mécanique expliquent quelques-uns des problèmes de la circulation, ils sont bien loin de les résoudre tous. Le mouvement abstrait ne pourra jamais servir à expliquer l'ensemble du mouvement animé. Et, pour traiter un.sujet si plein d'intérêt, je ne saurais trop rappeler ici l'admirable traité du docteur PiDOUX * sur les lois de la circulation du sang, dont nous résumerons ici les principales conclusions.

Ces lois sont, en effet, autrement compliquées, autrement belles, que ne peuvent le soupçonner les hydrauliciens de l'école ' moderne. >

Elles supposent une force de plus, il est vrai, c'est la vie. Mais ce n'est point une supposition, puisque l'existence de la vie résulte de tous les faits observés. On n'admet donc, en somme, qu'une vérité de plus qui force l'observateur à ne point confondre le mouvement physique avec le mouvement organisé. Que l'on ne s'étonne pas cependant de retrouver les règles de l'hydrau- ^ lique dans la circulation. La série des forces qui dirigent l'organisme constituent une hiérarchie, dans laquelle chaque terme . supérieur représente l'ensemble des termes inférieurs, mais régis par une loi plus haute.

jLa scolastique du moyen âge l'exprimait très justement par cette formule exacte : In rébus ordinatis., perfectius continet imper- ^

feçtius. ce Dans la coordination des choses, la force plus parfaite contient et résume en elle les forces inférlenres. » De même, la force vitale, qui est une des facultés de l'âme, résume en elle toutes leis forces physiques. Elle les, dqmine et se les assimile pour les employer à son service ; mais elle fait plus, elle produit des composés nouveaux, ?outnis^. j^^. de^s lois nouvelles, et qui sans elle n'existeraient point,, ^^.,(îf > jLa vie circulatoire coordonne donc à son profit les forces physiques, mécaniques, électriques même (?t calorifiques^ qui lui i

i sont nécessaires ; mais elle les transforme en se les assimilant,

IjPiBOTjx (H.), iïwtoire. cZe lacircy,lat, du sang, enseignées pav\fianafomie com- 1 par^p. 1 vol. in-8, 1872. - •i<it ,<)auwV

de sorte qu'en réalité ces forces ne sont plus physiques, mais vitales, puisqu'elles agis'sent avec la vie et par la vie pour concourir à un résultat que la vie seule peut atteindre, savoir : une circulation, un liquide ^M^rxïz/", un tissu, un organe, enfin, audessus de tout cela, un être indépendant.

•• « Ainsi, dit le docteui^ Pidoux, en hydraulique, vous avez un moteur, un instrument, des canaux et des eaux. Chacune de ces choses construite séparément ne peut agir ni servir avant d'être assemblée avec les autres, puis réunies entre elles pour les besoins de la situation. »

« Elles agissent aveuglément, sans réaction, sans élections, s'usant mutuellement, sans se développer ni se réparer, contenant un liquide étranger, qui tantôt remplit les canaux, tantôt les laisse vides, et qui garde seulement avec eux le rapport artificiel et la convenance du moment. »

■' * « Si nous examinons d'uii œil attentif la circulation animale, nous voyons d'abord des vaisseaux, cœur, artères, veines ; puis un liquide, le sang, éléments qui ne sont pas formés par juxtaposition, mais engendrés, développés par intussusception. » .'- « Bien plus, ils naissent ensemble : vaisseaux et sang, conter liant et contenu, ne font qu'wn à certain moment de leur origine. Et si, plus tard, le sang se sépare du vaisseau, il n'en garde pas moins avec lui les rapports les plus étroits, car c'est le cœur, ce sont les vaisseaux qui forment le sang, du moins en grande partie. »

Nous avons vu, en effet, en étudiant l'embryon, le cœur primitif encore isolé se remplir d'un sang liquide représentant le sérum. D'autre part, les vaisseaux, après avoir commencé par les blut-inseln, se remplissent, à mesure qu'ils se forment, de globules hématiques ou cruor.

Le sang devient complet quand les vaisseaux, venant à s'anastomoser avec le cœui", le sérum se mêle au cruor et le rend liquide. ^'^^ ' ' "

<c Ce que les vaisseaux et le cœur font alors, ils doivent nécessairement continuer à le faire toute la vie ; leur grande fonction n'est point seulement de servir de moteur au sang tout fait, mais bien de le composer, de le perfectionner ; en un mot, leur grande fonction, c'est Vhématopoièse. »

« Et si l'on venait à se demander : qu'est-ce que le système msculaire? au lieu de répondre : c'est l'organe oii s'opère le cir-

culus du sang, on pourrait justement répondre : c'est la glande universelle où se forme le sang. » .Ir- j'Y

« C'est ainsi qu'il faut expliquer par un même principe, la formation des organes et leurs actions une fois qu'ils sont formés. »

Car si toute formation première est une genèse, la conservation n'est qu'une génération prolongée, et la maladie^ une évolution rétrograde^ une rétrogenèse.

Mais remarquons ici l'admirable prévoyance, et combien la force vitale est supérieure à la mécanique :

« Tandis qu'une machine s'use, les organes circulatoires s'entretiennent eux-mêmes et se réparent. Et, de même que le liquide contenu dans les vaisseaux est nourrissant, qu'il constitue l'aliment formateur des parois vasculaires, ainsi les vaisseaux sont sanguificateurs, artères, peines et capillaires. »

Le mouvement qu'ils impriment au sang ne consiste pas ^seulement dans un changement de position, comme les mouvements physiques, il constitue un mouvement vivifiant; aussi, dès que le sang s'arrête au sortir des vaisseaux, ne serait-ce qu'un instant^ il se déforme, se coagule^ se divise en éléments divers, il est nécrosé. D'autre part, un mouvement trop violent produit le mêm^ résiiltat .puisgue 1^ tibrine ,pa,rlqjja|-

^1 Entre ces deux extrêmes se place mouvement vital et organisateur. . v

j « Ainsi le système circulatoire ne peut exister sans agir. Sa

.formation et sa fonction sont une seule et même chose ; il fonc-

^jonne en évoluant^ il évolue en fonctionnant. ))

Le cœur, par exemple, oscille^.gp, |qçm,an|j, g|§,;fo(ri^^ oscillant.» .^,-î fr,,f.-;!'.. •

De même, si les vaisseaux se forment séparément du cœur, jÇe n'est point par simple allongement ou juxtàposition qu'ils arrivent à se rencontrer, mais bien par le développement in situ ,^es parties intermédiaires^ ce qui ne .voit jamais dans l'évolu-

gt^on des forces physiques. ^ mo«ul an » inofflôiiaeï'.iQyn , Mais ce n'est pas tout ; tandis que l'hydraulique ne peut agir ^ue sur des vaisseaux inertes, dans les organes vivants de la circulation, Vinstinct et la sensibilité président à toutes les for-

j mations, à toutes les fonctions, chaque vaisseau paraît doué d'un sens instinctif, principe de ses mouvements.

ROLE DElLA EORCE VITALE.

Ce sens dirige et coordonne les actions de l'artère et la fait se contracter ou dilater à propos. On devrait, avec le savant docteur Pidoux, l'appeler « le seus de l'hématose. » De là vient aussi le nom de fonction donné à l'acte circulatoire, car la vie s^en acquitte comme d'un devoir. Le premier stimulant de ce sens hématosique, ci" e^i Y ondée sanguine. Elle agit par impression de consensus sur la paroi vasculaire ; c'est là ce que Hunter appelait : « un stimulus de nécessité. »

« Où trouverait-on en hydraulique une machine ou des canaux sensibles à un istimulant et réagissant par spontanéité contre l'introduction d'un liquide qui ne leur conviendrait pa??» 'iamrv{ îul b\ Eo-iijBUiqBf) ««,»a

C'est là pourtant ce' que l'on observe' pour la circulation. Heger et Céradini n'ont-ils pas démontré la vie propre de chaque organe même séparé du corps? Tout physiologiste a pu coûs» later la répulsion extrême des capillaires pour un sang chargé jSHacide carbonique, et l'effort suprême qui devient nécessaire pour surmonter la résistance des vaisseaux et faire Ira verset au sang cette barrière instinctive. ibnoiqo'i iup ,einq

Combien celte exposition de doctrine n'est-olle'pas plus belle que celle des physiciens absolus? Si nous considérons le liquide contenu dans les canaux, au lieu d'un liquide inerte ou idesnp tique du commencement à la fin, nous trouvons le sang ! Ecoù^ tpns encore ici la magistrale parole du D' Pidoux : « Le sang^ ^it-il, n'est pas du premier coup tout ce qu'il doit être; il y al une échelle de sanguification, un mouvement progressif d'/^mtïA qui constitue la première, la principale fonction circulatoire. Le sang s'élève en oi'ganisation, en richesse, progressant à travers, les-céntres de perfectionnement : ganglions, lacis-vascu" Içtires., trams, ampoules, cœurs secondaires, organes de formation Gomme la rate, ou épuration comme le foie ou les reins. » ■ ' II, en sort pourvu d'éléments organiques nouveaux ou plus payfaitiSv/fâ'iesstfulie métamt)rphose progressive. Rien.de passif ou de purement mécanique de^ns ce travail. Le mouvement n'est qu'un des éléments du grand ensemble. Tout se meut) se forme, se nourrit, tout est animé, s'entretient èt- sè remplace, dan* unè transformation hiérarchiquement continue. Tels sont les^caràctères de l'unité physiologique. » -\vm\> « Mais qu'a fait l'école positiviste de cette machine créée, dont on peut' ?diper ce que disait des machines

divines comparées aux machines humaines : Qu'elle est divine jusque dans ses moindres parties à Vinjini! L'école positiviste a nié l'évidence même et abaissé les sciences médicales à n'être plus que les servantes de la physique, » comme si l'homme était le serviteur de la nature, au lieu d'en être le maître et l'utilisateur.

Que si nous considérons encore l'ensemble de la circulation et du sang, nous y voyons :

« Aux extrémités^ les capillaires qui représentent un cœur développé etpériphérique. tlnf/ibY'i. n * nn-ii vi'r/"foi} ii<.>

M Au centre^ le cœur qui n'est que la circulation càpillairej'Ci^ centrée.

« Les capillaires analysent le sang, lui prenant ce qu'il faut pour la formation et le fonctionnement de chaque Organe.

« Le cœur, à son tour, en opère la «y^z^y^sepour le reconstituer avant de le renvoyer aux organes. ' '^

« En vain l'on rechercherait en hydraulique des tuyaux qui pourraient opérer ainsi une analyse chimique de leur propre liquide, ou en faire l'application instinctive aux terrains sousjacents, puis, qui reprendraient ce liquide pour le reconstituer â chaque instant. j?';» n i/ jci- oî» .n.ji;.iëOi|v.y y U'rj n.iîduîOi ' ■ ; K Mais la science dite " jbCT«?%'h's^<^Và la faveur d'une febsltactioti qui tue tout ce qu'elle touche, a retiré à la circulation la me^ 6'est-à-dire la génération continue; on ne lui a laissé que le mou-vement, le va et vient, le pur défilacement : abstraction à laquelle les mathématiques, science absolument exclusive de l£i vie, peuvent seules s'appliquer * '.s «rTcit.rruHtii'n^i^ <J) f^^hfh^ onu

M Et parce qu'on a pu expliquer ainsi quelques-uns des mbtî»^ vements organiques, on s'imagine que tout doit rentrer daW^ ces lois mécaniques ; 5) appliquant ainsi, très injustement, lé witérium et la. méthode d'une science inférieure à liuB science toute différente, supérieure et indépendante. ■ , - ^iïfiaoo r ; « Celte remarque destitue la mécanique de t'ôtites 9és"pr^tfenlîens en physiologie. Restons donc fidèles à la physiologie é^évolution, et ne l'abaissons pas jusqu'à en faire la servante de la mécanique et de la mathématique, qui ne seront janlàis' ^uë moyens h Y usage des êtres y'whnts. » ' : ^ -

Et nous, après avoir proposé aux réflexions des jeuneè-étii'-' diants tous les travaux des siècles passés, après leur' avoir . ■ ^ ■ ' '

'•1 PiD'otJX.., iés lois de.la ■circulation du sang. 1 vol. ia-8» 1880, p, 287.

dévoilé tous les secrets admirables de l'acte circulatoire dont notre livre entier n'est que le faible commentaire, nous voulons, dans ce siècle de doute et d'incroyance, terminer ce chapitre en répétant à la gloire de Dieu ces belles paroles de Galien^, dans son traité : De usupartium :

IDa écrivant cet ouvrage, je compose un véritable bymnc au Créateur!

* Galenus. De usu partium, lib. III, ch. x.

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