ATROPHIE GRAISSEUSE ET SOLEREUSE
C'est surtout dans les affections chroniques et dans la vieillesse que l'on observe la dégénérescence graisseuse; elle s'accompagne souvent à^athérôme des autres vaisseaux. L'alcoolisme cbronique la compte comme une lésion constante.
Parmi les maladies aiguës :
L'ictère grave ou atropbie aiguë du foie.
L'empoisonnement aigu par le pbospbore, et aussi, quoiefue moins souvent^ l'empoisonnement arsenical.
ATROPHIES DU CŒUE. 737
1° Cœur. — 'L'atrophie scléreuse est presque toujours unie à la dilatation. Les battements du cœur sont mous, irréguliers. Le choc faible, mais prolongé. Les, bruits rapides et inégaux^ souvent difficiles à compter. Autant de signes que nous retrouverons dans l'asystolie. Absence habituelle de murmures. Le tissu du cœur et les parois des vaisseaux perdent une partie de leur élasticité.
Les éléments musculaires disparaissent, ne laissant que les éléments fibreux [sclérose], et du tissu graisseux nécrosique, c'est-à-dire non organisé, infiltré dans son épaisseur.
Laparoi, devenue résistante, borne l'impulsion du sang, qui ne fournit point une pulsation élevée, mais la systole n'en est que plus durable et persiste jusqu'à ce que le ventricule se soit vidé.
Il en résulte que le schéma de la systole, au lieu de se terminer en pointe, se prolonge sur un plateau aplati ou arrotidi, parfois bigéminé, qui manifeste l'existence de l'obstacle dans ses divers degrés de force ou d'évolution.
Régious particnlièremcut attciutcs. — Toutes les régions du cœur ne sont pas également aptes à subir la dégénérescence graisseuse. Les muscles papillaires du ventricule gauche sont le plus fortement atteints.
Puis viennent, presque sur la mêiïie ligne, les muscles papillaires du ventricule droit. Ensuite, par ordre décroissant de fré-» quence et d'intensité, Iq?, parois du ventricule gauche, celles du ventricule droit [presque sur la même ligne que celles de l'oreillette gauche], et enfin celles de V oreillette droite.
Uîaguosc. — Cette division nous explique comment, avec une dégénérescence graisseuse bornée aux muscles papillaires du ventricule, on peut avoir tous les symptômes d'une affection valvulaire^ quoique les valvules soient restées parfaitement saines. Mais leur tension irrégulière les laisse tantôt rétrécies, tantôt insuffisantes.
2° Pouls. — Souvent lent, faible, inégal, irrégulier, pas de murmure aortique, jotomw prononcé.
Fig. 267. — Radiale. Sclérose.
3° Veines. — Signes de congestion hépatique et pulmonaire.
738 ATROPHIES DU CŒUR.
4° Tension vascnlaire. — Tension cardiaque et artérielle faible, — tension veineuse faible d'abord, mais croissante.
Indications tliérapentiqneis. — L'arm'ca,la cqféine^la, convallaria, \a. digitale, le fer, \di phytolacca et les préparations d'or sont les médications les plus appropriées à cette lésion du cœur.
111° ATKOPHIE BKUNE.
Tandis que les affections chroniques conduisent à la sclérose, les affections aiguës déterminent de préférence l'atropliie i»rnne des éléments cardiaques^ ainsi nommée à cause de la coloration particulière du tissu musculaire du cœur qui est comme macéré.
C'est l'atropliic brune que Ton observe à la suite des myocar dites, typhoïdes^ rubéoliques, varioliques, scarlatineuses. L'érysipèle, \di pneumonie peuvent aussi la produire. •
Le degré le plus avancé de cette affection est caractérisé par la disparition du trait scalariforme d'Eberth et la désagrégation des faisceaux musculaires dont il maintenait l'union.
Pouls de i'atropliie lirane. — Au sphygmo graphe, on n'observe pas le plateau systolique.»Le tracé n'est caractérisé que par le chiffre élevé des pulsations, leur petitesse progressive, indiquant l'impuissance des. contractions de l'organe et parfois aussi par Virrégularité signe à'asystolie.
Fig. 268. — Fièvre typhoïde. Cardite atrophique. Mort.
DiéFiNiTiON : — Qu'est-ce que l'asystolîe ?
L'asystolie, dit le docteur Beau, est un état de distension passive avec flaccidité et épuisement du cœur, accompagné d^un pouls incomplet.
C'est encore l'état d'un cœur affaibli qui s'épuise en efforts inutiles et finit par succomber paralysé en diastole.
Etiologib : — L'asystolie ne constitue pas une maladie, mais un syndrome qui résulte d'un grand nombre d'affections et lésions locales des centres circulatoires et nerveux que l'on peut ramener à quatre chefs principaux :
1° ASYSTOLIE PAR LESION VALVULAIRE.
Elle dépend d'une altération valvulaire organique, mettant obstacle à la systole, comme un rétrécissement, une insuffisance mitralc ou plus rarement aorticiue.
Fig. 269. — Cœur, asystolie par insuffisance mitralc.
Il" ASYSTOLIE CARDIAQUE. (
Elle est produite plus souvent encore par la sclérose cardiaque^ c'est-à-dire un appauvrissement des fibres musculaires, avec dégénérescence graisseuse ou amylolde, qui ne permettent plus à l'organe de chasser efficacement le sang et de contracter leurs parois»
De là sa fréquence chez les vieillards, chez les convalescents qui ont subi l'atteinte d'une maladie générale, variole, rougeole scarlatine de forme maligne, anémie pernicieuse progressive^ typhus, fièvre typhoïde grave, infection diphtéritique, empoisonnement par le phosphore, la digitale, V alcool, le curare, etc. Dans ce cas, l'asystolie est donc un syndrome très juste qui représente
parfaitement l'état de souffrance, d'altération, ou d'athrepsie du cœur.
III" ASYSTOLIE NERVEUSE.
Mais il existe encore une cause importante à^asystoUe plus méconnue, c'est l'épuisement des racines cardiaques du nerf vague au niveau de la moelle allongée.
Fig. 270. — Tracé du cœur, asystolie; hommej62 aus.
Cette cause se trouve enjeu beaucoup plus souvent qu'on ne pense, soit qu'il s'agisse d'une maladie aiguë, d'une névrite du pneumo-gastrique, comme Peter l'a signalé avec Letulle, dans le cours d'un rhumatisme articulaire aigu, et comme nous l'avons remarqué nous-mêmes dans les fièvres graves, oii la lésion nerveuse évolue directement sous l'influence d'une sorte d'encéphalite diffuse; soit qu'il s'agisse d'une maladie chronique, angine de poitrine, goitre exophthalmique, hystérie grave Qi chronique^ nu de l'usure progressive, que la vieillesse apporte au système nerveux, soit enfin qu'elle dépende d'une atrophie aiguë ascendante des nerfs, comme il arrive à la suite des paralysies diphtéritiques.
Fig. 271. — Augme de poitrine, asystolie; liomme, bU aus. Artère radiale. IV° ASYSTOLIE CARDIO-VASCULAIEE OU ORGANIQUE.
Un fait important a été signalé depuis quelques années : Dans certaines affections oti le cœur seul est malade, on ne trouve pas d'asystolie, si faibles que soient les battements de l'organe; et d'autre part, un cœur sain primitivement, n'ayant qu'une lésion légère, peut devenir asystolique par suite de la lésion des vaisseaux ou des capillaires périphériques. C'est que, à l'état normal, la tension est plus grande dans ' Raymond. De l'asystolie. Progrès méd. 1§81, p. 905.
ASYSTOLIE DU CCEUR GAUCHE.
les artères que dans les veines et capillaires. Mais à la fin de certaines affections organiques, le contraire a lieu ; leur circulation reste entravée et l'obstacle croissant jusqu'au cœur droit, paralyse les efforts du viscère entier.
Cette lutte entre le cœur et les capillaires explique toute la question ; lutte dans laquelle le cœur vaincu devient asystolique.
RIGAL avait donc raison de nommer l'asystolîe une astbénic cardio-vasctilairc et non point cardiaque seulement.
Dès lors, l'asystolie s'accompagne de signes particuliers dus à la région malade ; aussi peut-on, à l'exemple des docteurs Grancher, Peter ^ etc. , distinguer dans cette quatrième catégorie autant à^asystolies organiques que d'organes.
A. — Asystolîe pulmonaire. — Elle peut apparaître dans le cours d'une maladie aiguë, comme Graves en a donné un exemple dans la pneumonie, et Parrot dans un cas de pkthisie galopante. Elle se montre aussi dans le cours d'une affection chronique, — emphysème, — bronchite chronique^ — sclérose pulmonaire.
B. — Asystolîe g^astriqne et bépatique. — Si l'action du cœur retentit sur le foie ou V estomac, quand la compensation est rompue, le docteur Potain a montré que les maladies de ces organes peuvent, à leur tour, amener \ asystolîe^ en agissant sur le cœur droit par l'intermédiaire du grand sympathique et du pneumo-gastrique.
C. — Asystolîe rénale. — On l'observe dans la néphrite interstitielle^ où trois éléments principaux concourent à ce résultat : Vendartérite généralisée; — Vhyperplasie du tissu conjonctif du cœur; — les troubles gastriques si fréquents chez lesbrightiques.
D. — Asystolîe vasculaîre proprement dite. — Elle se montre comme une complication de Vathérome artériel et des diverses dégénérescences vasculaires.
LESION DU TISSU CABDIAQUE DANS CERTAINES ASYSTOLIBS.
' Existe-t-il une lésion propre à l'asystolie cardiaque? Les recherches toute? récentes de MM. Renaut et Landouzy paraissent l'avoir démontré, du moins pour un certain nombre de cas. Suivant ces habiles observateurs, l'altération de la fibre car-
' Renaut et Landouzy. De la lésion du cœur dans l'asystolie. Gaz. hebdomad., juillet 1877.
diaque correspondant à l'asystolie aig;uë consisterait dans la disparition ilu ciment qui interrompt de distance en distance, sous forme de traits transversaux, les cellules contractiles du mrfl?g,placées bout à bout [trait scalariforme à^Eberth) ; de là résulte leur fragmentation spontanée et leur désunion dans l'effort de la contraction du cœur, effort si remarquable par son unité, à l'état normal, oii le cœur tout-entier se contracte comme s'il était formé d'une seule fibre.
Cette lésion de dénutrition suffit à elle seule pour différencier Vasystolie d'avec le pouls mou ou diffluent que l'on observe dans certaines maladies, mais où les fibres du cœur n'ont point subi la régression du ciment.
Cependant une difficulté se présente pour cette explication, c'est que la digitale peut, dans un bon nombre de cas, régulariser encore le cœur, et que l'on voit même, spontanément, l'asystolie cesser pour un temps plus ou moins long, phénomène difficile à expliquer avec une lésion qui serait constante.
Fig. 272. — Asystolie des vieillards, femme de 78 aus.
Fig. 273. — Même sujet. Ketour momentaaé àj'état normal saas médication.
On observe fréquemment dans Vasystolie le phénomène de la fausse intermittence. C'est-à-dire que le pouls d'une fréquence extrême revient par moment à [son rhythme normal et passe en un instant de 120 pulsations à 60, persiste en cet état pendant une ou plusieurs pulsations, puis reprend sa fréquence primitive. Ces arrêts ne sont point un signe défavorable, ils montrent que le cœur peut encore être régularisé^ aussi l'observe-t-on souvent quand on commence à administrer la digitale aux asystoliques.
Pronostic. — L'asystolie^ fréquente chez les vieillards, est, chez eux, moins grave que chez les malades atteints d'affection organique du cœur. Elle s'annonce souvent par cette intermittence que nous venons de signaler, asystolie momentanée réduite à quelques pulsations absentes. Beaucoup d'entre eux
peuvent vivre encore des années avec cette déviation du rhythme cardiaque, sorte de repoa d'un cœur affaibli.
Fig. 274. — Asystolie légère; hoaime, 75 aus.
Mais quand cet état vient à s'aggraver indéfiniment, il constitue l'un des modes de la mort Tzaif^reWe j»ar épuisement du cœur. C'est ce qu'on appelle^ dans le monde, mourir de vieillesse.
Fig. 27 j. — Asystolie prououcée, termiuale.
ifécanisme de l'asystolîe. — 'Vasystolie organique s'accompagne comme lésion constante de V insuffisance mitrale, ou tricuspide, suivant qu'elle commence par le cœur gauche ou droit; puis, comme lésion fréquente, on rencontre V insuffisance aortique. Mais, ici encore, nous avons à faire la même distinction que tout à l'heure : c'est que cette insuffisance, parfois organique et irrémédiable, est le plus souvent mécanique, due à la flaccidité, à la pauvreté des parois artérielles; dès lors, cellesci, trop facilement distendues, élargissent leurs orifices qui deviennent insuffisants. Le sang, n'ayant plus le point d'appui des valvules pour soutenir son choc en retour, retombe à chaque instant dans le ventricule, par l'orifice aortique si c'est au cœur gauche, par l'orifice tricuspide si c'est au cœur droit. 11 passe également dans l'oreillette à travers son orifice élargi, quand le ventricule se contracte, entravant ainsi le jeu régulier de cette oreillette par un contre-courant.
La circulation se trouve ainsi complètement désorganisée, et le ventricule, ou trop plein, ou trop vide, élargi dans toutes ses dimensions, ayant perdu ses synei'gies, se prend à battre irrégulièrement, donnant des pulsations tantôt fortes, tantôt infiniment petites, irrégulières, souvent très [fréquentes, 130, 150 et jusqu'à 200 par minute.
De là, aussi, le nom à'asystolie, car le terme ultime de cet état, c'est Varrêt de la systole du cœur, par épuisement nerveux.
Mais, après cette première étude qui nous fixe sur les causes et les lésions anatomiques de l'asystolie, il importe d'étudier le syndrome au point de vue séméiotique et thérapeutique. De là, deux nouvelles distinctions proposées l'une par le docteur Huchard, l'autre par le professeur Gubler.
ASYSTOLIES ANEMIQUE ET CONGESTIVE.
D'après le docteur huchard, l'asystolie peut survenir par deux mécanismes différents et opposés : anémie et congestion.
1° Tantôt c'est un défaut d'incitation nerveuse dans les pneumo-gastriques, résultat d'une circulation insuffisante dans l'encéphale, du liquide nutritif et excitateur; c'est l'asystolie anémique.
2* Tantôt c'est un effet contraire, il y a oppressio virium par congestion sanguine^ surtout veineuse.
Or, dans les lésions de V orifice acrtique, qu'il s'agisse de rétrécissement ou A' insuffisance^ la circulation artérielle se trouve affaiblie, et les divers organes reçoivent dans un même temps moins de sang rouge. h'asystoUe, qui en résulte, est doue produite par le premier mécanisme ou Vanéwde.
Dans les lésions mitrales, au contraire, c'est le retour du sang veineux qui est entravé ; les viscères et surtout l'encéphale en sont pleins. L'asystolie a lieu par congestion veineuse.
Indication tliérapentifiue. — Ce diagnostic précis conduit à une grande précision thérapeutique. On combattra efficacement l'asystolie, due aux lésions aortiques et par conséquent anémique, au moyen des remèdes congestionnants des centres nerveux, l'opium, la morphine, par exemple : 5 à 20 gouttes de teinture thébdique par jour, l'olfaction du nitrite d'àmyl, etc.
L'asystolie mitrale, au contraire, étant de sa nature gestionnelle et veineuse , sera, soulagée parles remèdes anémiants des centres nerveux, comme la digitale, qui produit rapidement l'anémie cérébrale, ou le bromure de potassium.
Fig. 216. — Asystolio extrême.
Fig. 277. — Même sujet, régularisation par la digitale.
Les faits pratiques ont déjà sanctionné plus d'une fois la justesse de cette appréciation ^.
Le professeur GUBLer 2, à son tour, distinguait l'asystolle en I ataxique et en paralytique.
L'asystolie atavique, cardiataxie^ est celle qui tient surtout à l'irrégularité fonctionnelle du cœur, plutôt qu'à son affaiblissement. La digitale est son vrai remède, elle accroît la force de chaque contraction cardiaque, augmente la poussée du sang à ] travers le cercle artério-veineux, régularise et modère la circu- ' lation centrale.
L'asyfstolic paralytitine est en rapport avec V adynamie I générale, avec l'état parésique des nerfs du cœur, avec l'anesthésie de ses fibres contractiles [cardioplégié).
Dans ce cas, la digitale devrait céder la place à l'opium, à la caféine, au thé et à la médication stimulante.
De là, ses avantages dans les affections aortiqncs. Cette division, proposée par le docteur GUBLER, me paraît moins ( juste que celle de M. hucharo, car toute paralysie ou parésie du : cœur amène Fataxie, et toute ataxie tient à un affaiblissement, à une parésie. C'est donc, en somme, toujours une paralysie du cœur que l'on traite dans l'asystolie.
ASYSTOLIE PAK ACTION TOXIQUE OU MÉDICAMENTEUSE.
I Un grand nombre de substances toxiques déterminent l'asysj tolie dans leur dernière période d'action.
Nous ne pourrions les énumérer toutes, mais les principales sont :
Aconit et Aconitine, — Anestkésiques, — Chloral, — Chloroforme, — Ether., — Méthylène, — Cuivre et ses sels, — Digitale et ! Digitaline, — Emétique, — Hellébore, — Ipéca, — Vératrine, — Veratrum viride, — Zinc et ses sels; et, en général, toutes les substances fortement émétiques; car, en même temps qu'elles
' HucHARD (H.). Gaz. des hôpit., 21 juillet 1977.
• GuBLER. Indications com-parées de la morphine et de la digitale, dans le cours ■f des affect. organ. du cœur, J. de thérap., q"» 20, 21. 23, 1877; a" 1, 1878.
agissent sur la branche stomacale du nerf vague, elles agissent aussi sur les rameaux cardiaques^ par effet réflexe.
Mais si tous ces médicaments épuisent la force nerveuse du cœur lorsqu'on les donne à dose toxique ou trop longtemps continuée, il faut bien se rappeler que toutes aussi peuvent le stimuler et le régulariser par leur action primitive, à dose faible, simplement tonique.
Indications thérapeutiques. — Parmi toutes les substances sténocardiaques, la caféine, le cactus grandijiora et la Convallaria maïalis, la Digitale, Viodure de potassium sont les plus efficaces.
Les bains chauds à 31-33°, avec addition de 3 kilos de sel, et, s'il est possible, chargés à^acide carbonique, ont une action très calmante dans les cas d'asystolie.
ADIASTOLIE.
j ADIASTOLIE.
j DÉFINITION : — V adiastoUe est la parésie de la force d'aspiration du cœur.
En face de Vasystolie, ou manque de contractilité du cœur, si l| bien connue, si bien étudiée maintenant, Brugnoli ^ de Pavie a signalé dernièrement cet autre phénomène : l'adiastolie.
En effet, d'après les expériences de Chirone et à' Engelman, la fibre musculaire du cœur est formée d'éléments ovoïdes [myoprismes) inclinés les uns sur les autres comme les pièces d'une pile (substance anisotrope) et pouvant se mouvoir autour de leur petit axe pour se redresser ou s'incliner davantage.
Leur redressement constitue la contraction active; — leur équilibre, le tonus musculaire, — leur inclinaison détermine la dilatation active.
Il existe donc une double activité musculaire, du moins pour les ; muscles de la vie organique, dont les éléments ne sont point unis par des fibres striées ou disques intermédiaires isotropes.
Or, tandis que le cœur, paralysé par une forte dose de cliloroforme, s'arrête en diastole, flasque et relâché, le cœur paralysé par la quinine dépasse cette mesure et s'arrête en extra diastole ou diastole active.
Le cœur possède donc une force de dilatation inhérente à son organisme et active dans ses fonctions.
Le défaut d'aspiration diastolique constitue un état morbide important.
Les signes de cette affection consistent dans un affaiblissement ou même absence du second bruit du cœur avec stase périphérique du sang, et cyanose sans dilatation apparente des grosses veines et desjugulaires, léger cedème des mains,non suppression des urines.
Cette description, basée sur un seul fait, est encore bien incomplète ; mais, depuis, mon attention attirée sur ce point j m'a démontré que Vadiastolie était presque aussi fréquente que Vasystolie.
j ' Brugnoii. La forza aspirante del cuore e l'attivita délia diastola cardiaca considerafa nella adiastolia. Bullet. délie scienz. medic. di Bologna 18T7.
• Chirone. La doppia attivita musculare e Vazione délia chinina. Rivist. Clinic. di Bologna, 1876.
ADIASTOLIE.
Toutes deux constituent plutôt une affection cérébro-médullaire qu'une maladie purement cardiaque. Le cœur ne fait ici* qu'exprimer l'état de souffrance des noyaux bulbaires et des nerfs pneumo-gastriques et spinaux.
Les cyanoses dites encéphaliques sont le plus souvent de nature adiastolique. Cet état s'accompagne parfois d'une grande fréquence du pouls, 120 à 150 pulsations, et souvent aussi d'un état de subdélirium^ comme on l'observe à la fin d'un certain nombre de maladies du cœur.
Indications tiiérapcntiqnes. — Mais quand on arrive à formuler le traitement, c'est alors qu'on reconnaît l'importance de ces diagnostics précis qui permettent de localiser la lésion.
Tandis que dans l'asysfolîe il faut agir avec la digitale, dont la propriété est surtout de ranimer la systole, quand on doit traiter une adiastolie il faut employer de préférence la caféine, la noix de liola, l'iode, dont l'action est plus marquée pour ranimer les diastoles.
La quinine, à très faible dose, peut également trouver son indication, car si les fortes doses abolissent l'activité de la diastole, l'effet primitif, celui des petites doses, est bien de l'exciter et de la ranimer.
Enfin la convallamarine et l'adonidine peuvent également offrir leur concours, car leurs propriétés très générales agissent sur la tonicité du cœur tout entier, systole et diastole.
APAUSIE.
APAUSIE.
Définition : — L'apausie (â privatif, irauatç repos) est cet état du cœur où il bat sans repos ni relâche^ mais avec régularité.
On ne distingue alors que deux périodes dans son évolution : systole et diastole ; les silences ont presque disparu à l'auscultation, ou du moins le grand silence est devenu aussi court que le petit, les repos cessent d'être marqués au sphygmographe.
Etiologiê : la cause en est dans Virritation du grand sympathique ou dans la paralysie du pneumo-gastrique, aussi Vapausie peut-elle apparaître dans un grand nombre de maladies.
1" Dans les flèvres graves, typhoïdes^ éruptives, etc. : à mesure que la maladie s'aggrave, on voit le repos du cœur s'amoindrir peu à peu et finir par disparaître.
Fig. 278. — Garçon, 5 ans, scarlatine grave. — Apausie.
2° Dans les affections cérébrale» et mentales, pendant les périodes de crises aiguës; — le repos du cœur reparaît dans les instants de calme.
Fig. 279. — Femme, 50 ans; apausie, manie aiguë.
Fig. 280. — Même sujet, pendant la période de calme.
3° Dans les névroses, comme Vkystérie ou les convulsions.
Fig. 281. — Palpitations. Apausie.
750 * APAUSIE.
4° Dans les affections dn cœar^ soit nerveuses comme les palpitatioTiSj soit organiques arrivées à leur degré ultime.
Alors on voit les malades alterner parfois entre Vasystolie et Yapausie et mourir les uns de Tune, les autres de l'autre manière.
Fig. 282. — Homme, 60 ans. Asystolie extrême, puis guérison.
Fig. 283. — Même sujet. Apausie un an plus tard, mort.
Mais les trois expressions : asystolie, adiastolie, apausie ne sont point complètement justes, car jamais ces trois fonctions du cœur ne sont complètement arrêtées; ce serait la mort. Elles ne sont que diminuées, entravées, affaiblies. Et si ce n'était la difficulté d'euphonie, mieux vaudrait dire : dyssystolie, dysadiastolie^ dyspausie ^.
ludicatious thérapcntitines. — Pour le traitement de V apausie, il faut employer des substances qui donnent du calme et du repos au cœur et qui ralentissent ses battements.
La digitale vient en premier lieu, cependant elle est loin de réussir toujours.
Uarséniate d'antimoine, Varséniate de strychnine, la convalla' ria maidis ou mieux son unique principe cardiaque, \diConvallamarine et Vadonis vernalis, d'où l'on extrait Vadonidine^ sont parfois plus fidèles, mais il faut persévérer dans leur emploi, surtout pour les deux dernières; elles n'ont pas une action prompte, leur effet primitif est à peine apparent et c'est par leur effet consécutif chronique qu'elles calment le cœun Elles ont, du reste, l'avantage de ne pas produire l'accumula* tion d'action, ce qui explique leur tolérance.
* En présentant à la science médicale ce Chapitre bien court de Yàpauslé, je dois nl'excuser et réclamer l'indulgence pour un sujet à peine ébauché, et que les circonstances ne iri'ont pas permis de compléter autant que je l'ailrais voulu.
A l'état physiologique, l'homme ne doit point s'apercevoir des battements de son cœur; la circulation s'opère d'une manière inconsciente.
Quelquefois seulement, lorsqu'il est agité par une course, ou bien après un repas copieux, l'homme ressent en lui le choc précordial et une pulsation universelle sensible, surtout au dos (artère aorte), aux temporales, aux collatérales des doigts, ou sur les lèvres.
On peut encore sentir et même ausculter son propre cœur, en se couchant le soir^ horizontalement sur le côté gauche. Le cœur légèrement comprimé bat plus fort, et ses bruits transmis par des corps solides arrivent distincts jusqu'à l'oreille.
Jusque-là, rien ne dépasse la fonction normale ; il y a battements sensibles du cœur, il n'y a point palpitations. Mais, que sous l'influence d'un état moral, d'une hypéresthésie héréditaire ou acquise, d'une sensibilité surexcitée de l'esprit ou du cœur, ou bien encore par suite d'une maladie nerveuse rendant l'organe irritable, le cœur ou les vaisseaux se prennent à battre rapidement, irrégulièrement, l'état contre nature commence, il y a palpitations.
DÉFINITION : — Les palpitations sont des contractions </mcœub ou des GROSSES ARTERES, molentcs, désordonnées^ tumultueuses.
BOUILLAUD les appelle d'un terme qui fait image : \d,chorée du cœur. Il ne faudrait point prendre cette expression à la lettre, car nous verrons que dans la chorée le cœur est sujet à certaines irrégularités, à des faux pas, bien différents des palpita* tions et qui constituent la véritable chorée cardiaque.
Siège. — Les palpitations cardiaques n'occupent pas toujours la même place ; elles ont trois points d'élection : 1° ail creux épigastrique \ — 2° à \^ pointe du cœur; — 3" à la partie supérieure et moyenne du sternum.
Mais, le plus souvent, elles occupent l'ensemble de la région précordiale, avec douleur à la pointe du cœur.
Ces nuances tiennent à ce que, non seulement le choc se fait avec plus de violence et dans une étendue plus grande, mais parfois le cœur bat alternativement par sa pointe et par sa base.
Quelquefois on reconnaît plusieurs chocs successifs et rapides de la pointe, comme si la systole s'opérait en plusieurs temps, ce qui, du reste, peut être constaté par l'auscultation mais ce fait est rare.
■ Sous le nom de cardiagmns, les palpitations ont été confondues par plusieurs auteurs avec les spasmes du creux épigastrique, avec les anévrysmes de V aorte, et même avec V angine de poitînne.
Division : — Les palpitations peuvent être jo/^y^w/o^z^M^s ou morbides. .
Elles sont déterminées par un certain degré d'éréthisme vasculaire, d'oii le nom àe palpitations nerveuses. Elles se divisent en passionnelles , mécaniques, imaginaires, évolutives.
Palpitatiouis passionnelles. — Elles consistent dans l'exagération spontanée des pulsations normales, causée par les passions ou les émotions de l'âme.
Les hommes à tempérament nerveux, les enfants et les femmes, les savants et les artistes, y sont plus disposés ; il n'est pas rare de voir cet éidX., physiologique encore, ma-is passionnel et passager, devenir chronique et morbide quand la cause persiste, comme chez les personnes que dévore la. jalousie, l'ambition ou le mal du pays.
On peut encore citer comme palpitations physiologiques, celles que l'on éprouve à la suite d'une course trop rapide ou pendant Vascension des altitudes c'est l'un des premiers symptômes du mal de montagnes, la pression atmosphérique modératrice du cœur diminuant de plus en plus.
Palpitations mécaniques. — Toute pression un peu continue exercée sur le cœur est une cause de palpitations. Beaucoup de jeunes gens en sont atteints, parée qu'ils appuient leurpoitrine contre la table où ils écrivent. Le buse du corset chez les jeunes filles détermine le même effet; la cause persistant, le mal s'éternise sans qu'on en soupçonne l'origine.
Ces palpitations se reconnaissent pourtant à ce qu'elles s'accompagnent de douleur à la région cardiaque.
Palpitations imaginaires. — \J imagination peut devenir une cause àe palpitations. L'on a vu des élèves en médecine se
plaindre de palpitations véritables, après avoir étudié les maladies du cœur, un livre devant les yeux et la main appuyée sur la région cardiaque pour en suivre les battements; c'est ce qu'on appelle la maladie de cœur des étudiants.
Le célèbre Pierre Frank lui-même ne put y échapper; à l'époque où il composa le chapitre des maladies du cœur de son grand traité de médecine, il crut pendant longtemps être atteint d'un anévrysme.
Palpitations évolutives. — palpitations nerveuses sont fréquentes chez bon nombre déjeunes gens et de jeunes filles, pendant Yévolution de croissance, depuis l'âge de huit à dix ans jusqu'à la puberté- STOKES les a décrites sous le nom de palpitations des jeunes gens.
Fig. 284. — Cœur, jeune fille de 15 ans, palpitations évolutives.
Les fatigues, la mauvaise nourriture, les privations, surtout celle du sommeil, la vie trop sédentaire et sans exercice, tout ce qui tend à entraver le développement organique en sont les principales causes. Il se produit une disproportion entre la capacité thoracique et celle du cœur, ou bien entre le cœur et les artères. Parfois aussi, les palpitations, sont dues à des congestions passagères mais répétées. Très irrégulières de force et de fréquence, on les voit souvent se terminer alors par une épistaxis critique.
Diagnostic. — Une disproportion entre les battements violents du cœur et ceux de l'artère radiale restés presque normaux, indique les palpitation? par évolution incomplète.
Un deuxième signe certain pour distinguer ces palpitations nerveuses, c'est qu'une nourriture substantielle, un exercice extérieur même pénible, qui augmenteraient certainement des palpitations organiques, sont au contraire les meilleurs moyens pour dissiper ces palpitations purement nerveuses.
Pronostic. — Cette susceptibilité du cœur est toujours l'indice d'une grande irritabilité, et d'une faiblesse radicale, hérédi-
ditaire ou acquise du système nerveux, surtout aux points d'origine des nerfs pneumo -gastriques, mais ces palpitations considérées en elles-mêmes sont sans danger.
Indication thérapeutique. — Un traitement tonique et reconstituant doit être employé pour combattre les palpitations nerveuses ; quinine,fer, zinc^ cuivre, arsenic, vin généreux, hydrothérapie, gymnastique. Au contraire, la digitale, qui apaise avec une rapidité admirable les palpitations organiques, n'a pas d'influence favorable sur les palpitations nerveuses.
Il faut bien reconnaître aussi que toute palpitation qui survient chez les enfants n'est point pour cela nerveuse; il en est un bon nombre qui se rapportent à de légères endocardites simples ou végétantes communes à cet âge; elles succèdent alors à des maladies aiguës, telles que : grippes, pneumonies, rougeoles, scarlatines ou fièvres muqueuses, dont elles constituent une complication * trop souvent méconnue.
Diagnose. — Mais dans ces cas on reconnaît la lésion organique au souffle plus rude et continu qui l'accompagne, parfois au frémissement cataire, enfin à l'absence de soulagement produit par les moyens précédemment indiqués.
Palpitations des vieillards. — Diagnose. Chez les vieillards^ au contraire, les palpitations nerveuses ou physiologiques sont très rares, et l'on doit poser comme un diagnostic assuré, que pour eux, toute palpitation indique une diathèse rétrocédée bémorroïdaire ou goutteuse, une asystolle,ou bicD une altération organique du cceur et de l'aorte.