POULS LENT DANS LES AFFECTIONS ABDOMINALES
Ictère ou jaunisse. — Qu'elle soit organique ou spasmodique,elle s'accompagne à' un pouls lent habituel on'^hxioi rare, car. c'est la période de systole artérielle qui est surtout augmentée.
Ce, pouls lent a été l'objet d'explications bien diverses. Màrey, partisan trop absolu des causes mécaniques, l'attribue à Véléva~ tion de la tension artérielle, « car, dit-il^ sans cela une pareille rareté des battements du cœur s'accompagnerait de rebondissements multiples très prononcés de la pulsation, ce qui n existe pas ».
Pour moi, j'attribue cette lenteur du pouls à une action primitive sur le système nerveux [encéphale, origine des nerfs vagues] retentissant sur le cœur, car si le dicrotisme dans certains cas d'ictère est peu accentué à la radiale, on le trouve très net encore sur d'autres sujets, même avec un pouls très faible.
Fig. 388. — Pouls lent de l'ictère, 32 pulsations avec dicrotisme.
Dans tous les cas, l'action toxique des acides biliaires ou de la cholestérine sur le système nerveux paraît être la cause première de ce ralentissement, ritter et feltz d'un côté, kleinpetter ^ de l'autre, ont amplement démontré que le glyco-cholate et le taurocholate de soude exercent une action retardatrice constante sur la circulation, surtout si on les injecte dans les veines.
Lorsque le jooM^s reste lént chez un jeune sujet atteint d'zc^ère, après une cause qui produit ordinairement l'inflammation (coup, chute, etc.), on peut, avec Rostan, diagnostiquer l'existence d'une hépatite. Alors ici, par exception, la phlegmasie se produira même avec un pouls lent comme dans la pharyngite.
Congrestions liépatiqnes et cirrbosc. — En général, le pouls est lent dans les affections du foie, surtout celles qui surviennent comme complication d'une maladie organique du cœur : congestions hépatiques et cirrhose.
Fig. SBO. — Pouls lent. Congestion hépatique, suite d'affection du cœur.
Diagnose: — \]n pouls lent ou rare, survenu subitement h suite d'un accès de frayeur, d'un chagrin, ou d'une émotion vive, doit faire penser au développement prochain de X ictère, même avant son apparition ; il précède la jaunisse et C annonce.
Prognose: — Si le pouls lent d'un ictérique devient tout à coup rapide et fréquent, le pronostic sera fort sérieux, car il s'agit de la forme grave de V ictère, affection souvent mortelle.
* Kleinpetter. Bu pouls dans l'ictère. Th. Nancy, 1873.
Urémie. — C'est par un double mécanisme que l'urémie détermine la lenteur du pouls. En effet, d'une part il y a pression augmentée du pouls par l'hypertrophie artérielle et cardiaque; et, d'autre part, les accidents cérébraux déterminent V excitation des nerfs d'arrêt des centres cérébro-spinaux.
C'est toujours dans les périodes avancées de la maladie que le pouls revêt ce caractère.
Fig. 390. — Pouls lent de l'urémie.
n° POULS LENT DANS LES AFFECTIONS CHRONIQUES.
Plétborc. — Un pouls rare^ lent et grand peut indiquer la pléthore ou la surabondance du sang. Ce pouls oscille de 48 à 58. On l'explique physiologiquement par trois procédés.
1° line augmentation de la sanguification. — Le sang produit en plus grande abondance pèse davantage sur le cœur, dont l'évolution devient alors moins rapide.
2° line diminution de la force de restitution (Schiff). — L'oxydation pulmonaire, étant insuffisante, ne restitue plus aux' nerfs cardiaques leur principe excitateur, et d'autre part les derniers capillaires se refusent à laisser circuler un sang chargé d'acide carbonique ; de là une accumulation a tergo et la pléthore partielle oy, générale.
Le fait est que Id^ pléthore générale et les congestions organiques locales {joléthores locales) sont ordinairement sous la dépendance des affections par oxydation incomplète, comme la goutte, les hémorrhoïdes et certaines affections du cœur.
3° IJn épaississemcnt de la masse du sang. — Comme cela s'observe pendant la période cyanique du choléra. Mais alors cette pléthore est uniquement veineuse.
Asthénie. — \]n pouls rare, qui est en même texa^?, petit et est un signe de faiblesse générale ou à' asthénie ; on l'explique par un double mécanisme :
1° Par la contraction et le rétrécissement qu'éprouvent alors tous les vaisseaux à moitié vides, et même l'aorte; le cœur,ayant à surmonter cette contraction des vaso-moteurs, subit un ra« lentissement de sa diastole.
État syncopal. — Ainsi s'explique également le pouls lent dans tout état syncopal, soit à la suite de maladies, soit à la suite de saignées, à' évacuations alvines trop fortes, de vomissements troT^ prolongés, comme aussi dans certains cas d'affection du cerveau, tumeurs ou ramollissement, accompagné? de crises syncopales et épileptiformes
Indication tiiérapeutiqiic : — On comprend dès lors combien nos anciens maîtres, moins instruits que nous dans les lois de la physiologie, mais devançant la science par leur intuition, savaient habilement régulariser le pouls avec les saignées, les évacuants, et même en produisant au besoin \état syncopal. On voit en effet sous cette influence le Tpouls se calmer, les congestions, les Mmorrhagies pulmonaires les plus fortes cesser. L'épistaxis grave s^ arrête de lui-même quand la perte du sang arrive jusqu'à la lypothymie. C'est le mal qui produit le remède par un antagonisme providentiel.
Sclérèmc des nouvcan-nés. — On ne connaît pas encore au juste la cause de l'endurcissement du tissu cellulaire des nouveau-nés.
Le fait est qu'on voit souvent le chiffre des pulsations tomber alors de 120 à 80, 60 et même SO par minute, ce qui est une lenteur extrême pour des enfants si jeunes, puisque cela équivaudrait à 25 pulsations chez l'adulte.
On comprend facilement, du reste ^ par quel procédé physiologique le pouls se ralentit chez eux.
Deux causes y concourent : 1° IScedème général avec durcissement chasse des capillaires le sang qui doit s'y rendre; dès lors le cœur et les gros vaisseaux, obligés de le recevoir, éprouvent une tension très forte. — 2° Le refroidissement du corps, suite de cette circulation languissante, contribue à ralentir le pouls.
Il est en même temps petit, sans dicrotisme et largement arrondi au sommet par suite de la pression continue qu'il éprouve.
Atropbic générale progressive. — \j atrophie musculaire générale progressive Atrophie le cœur comme les autres muscles et détermine un ralentissement marqué du pouls, ainsi que sa petitesse extrême.
' Blondeau. Thèse P. 1879.
ISatropMe du cœur n'est jamais une maladie par elle-même, mais une affection propre à diverses maladies et à la sénilité.
Fig. 391. — Garçon de 15 ans,^atrophie générale progressive. Pouls lent.
Fractures osseuses. — Russman, dans sa dissertation inaugurale (Halle 1880), rappelle qu'à la suite des fractures le pouls devient parfois très lent. Il attribue cette lenteur à la modification que subit alors la crase du sang^ qui devient plus riche en globules graisseux, sans doute par résorption d'une portion de la moelle osseuse, et nous avons vu, d'après les recherches de ce savant, que les corps gras introduits dans la circulation ralentissent le pouls. Du reste, ce ralentissement n'est pas de mauvais augure.