‹ Le circulation et le poulsChapitre 73 sur 669 · POULS ORGANIQUES COMPOSÉS · texte numérisé non relu

POULS ORGANIQUES COMPOSÉS

Presque toujours dans les maladies, plusieurs organes sont atteints simultanément; alors le pouls doit prendre un caractère composite qui réunit les traits principaux de chacun.

L'avenir n'a point jusqu'ici sanctionné les divisions données par Bordeu; elles sont du reste tellement subtiles que le tact le plus délié ne peut s'y reconnaître.

Mais si les détails nous paraissent obscurs ou faux, l'idée était juste ; et nous ne tarderons pas à voir qu'aujourd'hui même de nouvelles études permettent de reconnaître nn pouls des parties inférieures, un pouls ào.?, parties supérieures et des j)ouls organiques, en sorte que l'erreur de Bordeu contenait cependant une magnifique théorie, une de ces vues d'avenir où l'homme de génie entrevoit une découverte, mais se presse trop en voulant en atteindre tous les secrets avant l'heure de la maturité scientifique.

FOUQUET {Henri), l'un des meilleurs médecins du xviii" siècle, naquit h Montpellier en 1727, et mourut en 1806. Lié dès sa jeunesse avec Bordeu, il se complut à perfectionner sa doctrine des pouls critiques et organiques; il composa sur ce sujet un traité important : V Essai sur le p)Ouls par rapport aux affections des principaux organes'^, avec des ligures qui représentent les caractères du pouls dans ces affections. C'était de la sphygmographie avant l'instrument.

L'ouvrage parut en 1767. L'auteur, marchant sur les traces de Galien, de Solano, de Nihell et de Bordeu^ commence par de nombreux développement sur les pouls critiques. Puis, au moyen d'un savante analyse, il trace le caractère des pouls,

' FouQUF.T (H.). Essai sur le pouls. .Aloutpellier 1760. 1 vol. in-12.

non plus seulement critiques, mais propres aux affections morbides de chaque organe.

Bien loin d'être apprécié des médecins, cet ouvrage excita leur humeur ou leur jalousie, et l'on alla jusqu'à soupçonner la bonne foi de l'auteur, parce que les distinctions établies paraissaient trop subtiles pour être vraies.

Sans pousser aussi loin l'incrédulité, nous devons convenir que ses descriptions sont si longues, si délicatement nuancées, qu'elles pourront difficilement faire le sujet d'un enseignement. On en jug-era par les exemples suivants^ puisés dans l'analyse 'sérieuse que nous avons faite de ses œuvres, bien mieux détaillées que celles de Bordeu.

L'auteur, après avoir indiqué avec une scrupuleuse exactitude la part de ses devanciers, commence par donner au médecin les règles nécessaires pour bien tâter le pouls.

lléthodc pour tàtcr le i»oiiIs. — Fouquet recommande de compter au moins 50 pulsations sur chaque poignet, car, dit-il, ce n'est souvent qu'au bout de 20 ou 30 pulsations qu'une modification importante se fait sentir.

Il faut tâter de la main gauche le pouls droit, de la main droite le pouls gauche, pour que l'index soit toujours vers la main du malade. On prend, comme point fixe, la base de l'apophyse styloïde du radius. Enfin, on doit observer que les recherches sur le pouls des organes sont, comme celles des pouls critiques, bornées à l'âge moyen, entre l'enfance et la vieillesse, de 10 ans à 60 ou 65 ans. Les anomalies fréquentes aux extrêmes de l'âge excluent des recherches de ce genre.

Caufsc des i»ouls or$i^ani(incs. — Chaque organe^ dans l'animal^ peut être considéré comme un être distinct, qui a ses désirs, ses goûts, ses aptitudes, son département; ce sont autant de centres d'action. Ces vies particulières ou ces facultés organiques sont reliées ensemble par les nombreux rapports qu'établit le principe qui les anime, la vie, à laquelle chacune d'elles apporte son concours. Mais chaque action organique individuelle doit modifier la circulation, lui imprimer un caractère distinct, un modus agendi particulier, soit par une sensibilité personnelle, soii'^divV exercice de sa fonction principale. Il faut donc appeler pouls organique, celui qui se rapporte à une fonction ou affection quelconque de l'organe et qui la manifeste à nos sens.

122 FOUQUEÏ,

S'il ne manifeste que l'état ou fonction de l'organe, on l'appelle pouls organique.

S'il éclaire un état maladif.^ on l'appelle pouls symptomatique ou non critique.

S'il indique d'avance le tumulte des forces organiques ou la crise, il prend le nom àe pouls critique.

Mais comment ces pouls se manifestent-ils à nos sens?

Par autant d'impressions variées que la surface de cette portion de l'artère où s'appuie le doigt du médecin [^espace puisant], fait sous l'un ou plusieurs des doigts, ou dans leur intervalle.

Ce sont de petites ondes ou éminences, offrant des aplatissements, des resserrements, des intersections, des brisements, appréciables au tact, pouvant être peints aux yeux, et toujours semblables dans les mêmes circonstances, ce qui en fait des signes positifs, invariables, des types. Mais, pour les apprécier, il faut connaître d'abord le pouls de la santé^ le pouls naturel et parfait des adultes.

luQ pouls de la santé est égal; ses pulsations se ressemblent parfaitement^ elles sont à des distances parfaitement égales. Il est mollet, souple, libre, point fréquent, point lent, vigoureux sans paraître faire aucune sorte d'effort.

Une grande division vient ensuite, celle du pouls supérieiii* ou sus^diaphragmatique, et du ponls inférieur ou sous-diaphragmatique. Ainsi que nous l'a enseigné Bordeu.

Le l""" est plus élevé, plus grand, plus fort.

Le 2" est plus petit, plus serré, moins sensible.

On doit encore établir une deuxième division, qui est celle du pouls ^irritation ou non critique et du pouls critique.

Pouls d'irritation ou non critique. C'est cette modification générale qui accompagne le 1''" temps ou de crudité des maladies [pouls fébrile des moderne^; elle se manifeste par un état de gêne, de trouble ou de spasme dans l'artère. Le pouls est serré, fréquent, concentré, assez dur, quelquefois lent; mais on doit en distinguer deux variétés :

1" Le pouls «l'irritation fort et élevé.

2° Le pouls d'irritation concentré et profond.

Il suit toujours les inflammations.

Il s'observe au début des maladies aiguës, avec de nombreuses anomalies, et persiste quelquefois même pendant les crises. Ou le retrouve pendant les premiers jours des opérations ou

des blessures, il dure jusqu'à l'établissement de la suppuration.

Mais ces caractères n'empêchent que rarement de distinguer le pouls de l'organe malade. Au début des maladies, le -pmls d'irritation fort est d'un moins mauvais augure que le pouls lent et concentré.

Pouls des crises. — C'est celui qui désigne le temps descoctions dans les maladies.

Les pouls qui au début des maladies ont été petits [exiles, tenues^, grossissent ou redoublent [exacerbantur] lors de la crise.

Le jo<)z<!& de la cme est élevé et grand; c'est Galien qui nous l'enseigne [Galen. decrisis]. Bientôt le pouls s'adoucit et devient plus moelleux ; les caractères organiques se dessinent alors, jusqu'à ce qu'enfin l'évacuation critique arrive. On distingue donc trois phases dans la crise, et trois pouls correspondants.

l" Pools delà première coction, où la matière morbifique débusquée est livrée à toute l'énergie dos forces organiques.

Il est élevé avec force; développé avec un rebondissement mêlé de raideur, qui altère bien souvent les caractères organiques.

2° Pouls de la deuxième eoctioii ou de l'élaboration. Il est plus doux, plus arrondi, plus rebondissant, même avec inégalités. Les caractères organiques sont plus marqués; c'est le pouls critique par excellence.

3° Pouls d'excrétion. C'est celui de la période expulsive ou des évacuations ciitiques. On y observe une véhémence, un rebondissement plus marqués et des caractères organiques très nets.

Il faut ici distinguer, dit Fouquet, entre le rebondissant et le dicrote.

Le dicrote, propre aux Mmorrhagies, est surtout nasal, il offre une double pulsation, dont la deuxième paraît plus forte que la première.

Le rebondissant, qui peut se trouver dans le pectoral et le guttural critiques, offi'e une pulsation moins brusque; la deuxième pulsation, écho de la première, est aussi plus faible.

Sous le rapport du nombre des organes intéressés dans une crise^ les pouls critiques sont dits : simples, composés ou mixtes, c'est-à-dire compliqués. — Sous le rapport àes maladies, Baillou

[Consil. lib. II, t. III] pense que chaque maladie a ses périodes, son pouls caractéristique et ses crises propres, persuadé que tout s'accomplit, dans le corps, par ordre et par périodes.

Sous le rapport des Jours, les anciens avaient assigné aux crises des jours fixes, basés sur la théorie des nombres pythagoriciens. Mais, comme souvent la doctrine des nombres se trouve en défaut, il est natui^el d'attribuer une prépondérance aux signes tirés du pouls comme indicateurs des crises.

i*otiis capital simple. Il se rapporte aux affections de la tête.

Pouls capital. Pig. 51.

« Son caractère essentiel consiste en un soulèvement de la partie antérieure ou digitale de Vartére. Sapartie postérieure semble fixée au niveau de son plan, sous les deux doigts annulaire et auriculaire, tandis que la partie antérieure ou l'extrémité du côté de la main s'élève considérablement au-dessus de ce niveau avec une liberté, une plénitude, une force très marquées. Quelquefois le soulèvement de l'artère se prend de plus loin, par exemple \q doigt annulaire, d'où par gradation il augmente jusqu'à l'index et par delà, en frappant la rangée des doigts; de sorte que l'artère dans son élévation forme un angle aigu avec la ligne horizontale de son plan naturel^ depuis l'endroit où commence cette élévation jusque vers l'apophyse du radius. C'est par cet angle, plus ou 7noins grand, que le caractère du capital est principalement spécifié . ».

Le pouls g^iittural ou des affections de la go^^ge est caractérisé par un renjîement considérable, en forme d'onde, de la partie postérieure de V artère, et par la dureté^ le inoiivement libre et détaché de Vautre partie, ou de Vextrémité digitale de Vartère, qui relient sa forme cylindrique assez dépouillée , en s' élevant avec force, le tout comme dans le pouls capital, mais le soulèvement est moindre, le rev/iement plus complet, plus étendu.

POUQUET.

l'oiilisi pectoral. Très aisé à connaître, il est marqué par un

soulèvement du milieu de Varûre comme une petite montagne unie., bien figurée., mollette., Vune et Vautre extrémité de V artère se mouvant au niveau de leur plan et sous la forme naturelle, en sorte que le profil supérieur de V artère décrive une espèce d'arc.

Il se rapproche ainsi de ceux que les anciens ont nommés pulsiis eminuli.iprominuli. Cette mollesse du pouls dans la péripneumonie ne leur avait pas échappé. Ils l'observaient encore dans certaines /gWiar^fgs^ et FouquetW remarquée aux jours d'intermission des fièv7'es intermittentes, soit que cela vienne d'une ten-

dance de la nature vers la poitrine, soit d'un effet du quinquina; car, ^\\. Raulin, « ceux qui J ont usage du quinquina ont le pouls fort et élevé^ quoiqu'il soit mou )) ,

Pouls stomacal. — Il est invariablement caractérisé par ujie petite éminence entre Vindex et le médius. Elle parait même quelquefois entrer assez avant entre ces deux doigts comme une petite pyramide., à pointe mousse un peu arrondie.

Mais quand le pouls stomacal indique en même temps le prochain vomissement., la petite éminence pyramidale paraît s^ arrondir avec un tremhlottement de V artère., mêlé de convulsion.

Pouls stomacal. Fig. 54.

On observe encore parfois dans le pouls stomacal une sorte è^ascensus et descensus.

Dans Vascensus, l'éminence pyramidale frappe plus du côté du médius ; dans le descensus, elle se range du côté de Vindex.

Le premier indique le pouls du cardia ou fouls stomacal supérieur;

Le deuxième indique le pouls du pylore ou stomacal inférieur^ se rapprochant ainsi de Yintestinal.

La/aim imprime toujours au pouls le caractère stomacal; il en est de même de V alimentation, des repas, et parfois même de l'absorption d'un simple verre d'eau.

Ponis liépati(|iie. — Ce pouls appartient encore aux pouls épigastriques ; son caractère est remarquable par une éminence à peu près la même que celle du pouls de V estomac, et qui s'' élève au même endroit, frappant également entre Vindex et le médius. Mais cette éminence n^est point aussi marquée, ni si forte, ni si élevée; elle est plus légère., plus rétréeie, plus sèche. \J artère

Pouls hépatique. Fig. 55.

d'ailleurs est incomparablement plus tendue, plus rétrécie, plus concentrée que dans le stomacal; les pulsations moins vives, plus irrégulières.

Ponls splénifiue. — Il est également épigastrique, mais ses caractères sont bien modifiés. Il existe pourtant toujours une

petite éminence qui frappe entre le médius et Vindex, comme dans le stomacal, mais qui paraît monter ou s'allonger un peu plies dans l'intervalle des deux doigts, comme si elle était plus haute ou moins arrondie. Ce qui la distingue, c'est quelle paraît coupée verticalement; du côté de Vindex et vers la base de cette coupe verticale, on sent comme une échancrure, tandis que du côté opposé elle conserve sa déclinaison jusque sous le médius.

Pouls spléùique, Pig. 56.

Les autres modifications du pouls splénique Sont line inégalité qui se fait sentir à chaque 2' et ^"pulsation. Ce pouls n'est pas si tendu, ni si concentré ou serré que V hépatique ni V arrière si étroite. Oii y sent de temps en temps quelque chose de lâche ou de moù^ comme le viscère que ce pouls représente.

Pouls paucréatiqiie. — Le pouls pancréatique est resté jusqu'à présent inobservé^ inconnu, à cause de la rareté des affections de cet organe.

Des pouls abdominaux. — Leur caractère générique est la concentration, la dureté, un rétrécissement singulier de V artère, principalement dans la. portion digitale ; vivacité , inégalité des pulsations.

Pouls intestinal simple. — Il se distingue par le rétrécissement du bout digital de l'artère; là se trouve comme un petit pois mal formé, qui depuis V intervalle entre les extrémités du médius et de t index, se porterait avec rapidité à travers l'artère sous tout Vindex, jusqu'au delà de V apophyse du radius^ ^ allongeant en forme d'aiguille, comme les globules sanguins lorsqu'ils s allongent à travers un espace rétréci, ou comme une épingle dont la tête, après avoir frappé Vindex, laisserait glisser la hampe le long du doigt.

Pouls intestinal. Fis. 57,

he pouls intestinal indique les efforts et mouvements extraordinaires de ce canal, dans les irritations auxquelles il est soumis. — Quand V intermittence se joint à ces caractères, on doit attendre une crise par les selles, c'est le pouls intestinal vraiment critique.

Pouls de l'ascitc. — \j artère est, dans cette affection, plus dure, plus tendue, plus resserrée que dans V intestinal vrai. Elle ressemble à un fil d'archal un peu gros. L'extrémité digitale est cependant toujours plus rétrécie que la brachiale, on y sent de V inégalité et un léger frémissement au bout, quelquefois de la fréquence et de la vibratilité sans irritation marquée.

Pouls simple des urines. — Ce pouls, difficile à observer n'a pu être représenté par le dessin. Il est dur, serré, ce qui, joint à r inégalité, au décroissement des pulsations, à C intermittence, \\x.%tifie sa qualité de pouls abdominal. Pariois,lsL première pulsation qui recommence le rhythme particulier de ce pouls, reparaît avec une dilatation brusque, suivie d'un léger rebondissement.

Pouls de la sueur simple. — C'est le pouls nudosus des anciens, le pouls inciduus de Solano. Il peut être critique ou non critique; nous ne nous occupons que de celui-ci. Ce pouls, que l'on pourrait appeler : pouls de V organe cutané ou de Idi périphérie dît

d28 FOUQUET.

corps, n'a pas de forme assez apparente, pour pouvoir être représenté. Le caractère de Vinciduiis est remarquable par une élévation graduée de quelques pu lsations qui se suivent les unes au-dessus des autres.

Dans ce pouls, V artère est renflée au milieu de Vespace puisant, dans la forme du caractère pectoral, mais beaucoup plus . Elle est d^un large qui la fait paraître comme anévrysmatique, ses premiers soulèvements donnent la sensation d'une courbe molle et ondoyante.

On observe \inciduus non critique dans quelques fièvres continues qui ont le type des intermittentes , avec sueurs symptomatiques; . '

— dans la variole., à la veille des éruptions et pendant '^éruption ;

— dans les leucophlegmasies , qui surviennent à la suite de péripneumonies mal jugées.

— dans les phthisies confirmées, lorsque le malade éprouve une abondante expectoration^ avec sueurs nocturnes.

Pouls gcuéral fies lièmorrhagies. — Il se fait remarquer par une foule de petits corps ronds passant à V extrémité digitale de l'artère, comme à la file Vun de l'autre. Parvenus à la base de V apophyse du radius, ils semblent se briser contre elle, se diviser et se répandre en éclats. Il en résulte, à V extrémité digitale de V artère, un fourmillement sensible d chaque diastole.

On reconnaît quatre sortes de pouh hcmorrhagiques : nasal, utérin, hémorrholdal, dysentérique.

Pouls uasal simple . — Il présente un renflement de la partie h'achiale de V artère avec un aplatissement de son extrémité digitale,

Pouls uasal. Fig. 58.

qui la fait paraître comme un ruban, A Vendrait de cet aplatissement, on sent les petits corps ronds, s^ allongeant à la file l'un de l'autre; arrivés à V apophyse, ils se brisent, et les éclats sont réfléchis en arrière, sur la série de ces petits corps. L'artère en paraît sur ce point, comme festonnée à sa surface, et comme déchirée en petits lambeaux tout à fait au bout.

Parfois il ne semble y avoir quun ou deux de ces petits corps ronds qui "passent prestement sous les doigts; comme s'ils tenaient au bout d''un ressort qui les lance en se débandaiit contre V obstacle de V apophyse du radius.

Quant au rebondissement, il ne s'observe pas souvent sur le pouls nasal non critique, ou du moins il y est faible, et le véritable dicrote appartient au pouls critique.

Le pouls nasal survient non seulement dans les épistaxis., mais dans certains rhumes avec flux nasal et dans le coryza.

Lorsque \q dicrotisme indique la crise hcmorrhagique , il faut néanmoins s'assurer si le malade est d'âge à avoir facilement des épistaxis et s'il en a eu jadis, car chez certains sujets les tuniques des vaisseaux par leur résistance s'opposent à la manifestation de la crise.

Enfin^ l'on doit observer, avec les anciens, que lorsque les hypocondres sont tendus et douloureux en même temps, il est rare qu'il arrive des hémorrhagies. Faute de ces précautions, on s'expose à donner de faux pronostics et à compromettre la doctrine du pouls.

Pouls iitériu on métrorrtiagiqiie . — Il est facile à reconnaître, suivant Fouquet. Assez semblable' au nasal, il en diffère

Fig. 59.

par moins d^élémtion et de force; parfois il est si concentré qiCil faut une pression particulière des doigts, surtout de Cindex, pour sentir le fourmillement grenu de Vexlrcmité de V artère.

Souvent ce pouls est lent; l extrémité digitale de V artère n est pas aplatie comme dans le nasal; elle reste cylindrique., mais rétrécie, profonde. Ses pulsations sont inégales comme dans l'intestinal, et les petits corps ronds sont moins secs, moins formés que dans le nasal.

On y trouve le rebondissement lorsque les règles ou les pertes doivent être abondantes.

Pour bien saisir le caractère du pouls utérin, il faut pencher en avant, la rangée des doigts placés sur l'artère, et presser l'index plus que les autres, en la relevant de temps en temps sans lui faire quitter l'artère. Cette variation de pression aide à reconnaître ce qui est essentiel dans les caractères du pouls.

Pouls des flueurs blaiicbes. — Il ne diffère du véritable utérin que par un peitpliis de mollesse et de lenteur, im léger re-

Fig. 60.

bondissement, une certaine rondeur des pulsations^ et moins d'expression dans la forme des petits corps ronds ou dans le J'ourmillement.

l*onls des lochies. — • Dans ce pouls, les corps ronds sont plus petits; moins formés . Cependant les pulsations sont quelquefois

JL

Fig. Gl.

assez vives et sèches quoique élevées; on y sent encore beaucoup d'inégalité et d'' intermittence.

Pouls de la grossesse. — Il se rapproche plus que les deux derniers du pouls utérin vrai. On le distingue par un léger resserrement, une vivacité et une petite fréquence dans les pulsations.

Les pulsations sont plus fortes, plus élevées, vers les derniers temps de la grossesse.

Le rebondissement, dans le pouls utérin, ne se fait sentir que dans l'état vraiment critique. Nombre de femmes, d'un âge moyen^ offrent de légères traces du pouls utérin, surtout celles qui ont eu des enfants.

Pouls hémorrhoïdal simple. — Il a pour caractère un petit fourmillement grenu à l'extrémité digitale de l'artère. Mais les

Fig. G2.

corpuscules arrondis sont plus petits, très secs, et le fourmillement s'exerce dans un moindre espaxe. On observe des irrégularités, un tremblottement de l'artère. Parfois, à deux ou trois pulsations lentes succèdent rapidement îine troisième et quatrième qui laissent ensuite un intervalle marqué avec la suivante, comme dans le pouls « impar citatus )) des anciens.

Pouls dyscntéFïquc. — Il se confond aisément avec Vhcmorrhoidal, mais il est moins élevé, moins plein, plus fréquent, plus inégal, parfois même intermittent. On y sent parfois le dard oit l'aiguille de V intestinal vrai et les petits corps ronds, nombreux,

Fig. 63.

fins et peu sensibles, donnent la sensation d'une brosse de peintre. Le rebondissement se rencontre dans les violentes dysenteries.

ncspouI»iaui-latéraux.et bi-Iatéranx. — Lorsque les caractères du pouls ne s'observent que sur un seul poignet, ou plus forts sur l'un que sur l'autre, il n'y a qu'un côté ou une moitié de l'organe désigné par le pouls qui soit affectée ; et c'est toujours la moitié correspondante au poignet dont le pouls est le plus empreint du caractère indiqué.

Les anciens n'ont pas ignoré quelques données de ces problèmes; ils avaient l'art de prédire par les modifications du pouls certaines hémorrhagies, qu'ils appelaient e û?2>gc^o ou suivant la direction du lieu.

Pour expliquer leurs idées sur ces hémorrhagies è directe, et sur la dérivation ou la révulsion dans les saignées directes, ils admettaient une certaine rectitude de vaisseaux ou communication particulière pour les veines de chaque côté du corps entre elles, qu'ils appelaient chatixin"^.

Baillou, à son tour, a fort bien remarqué que la matrice est double et que le côté droit de cet organe peut être affecté sans que le gauche le soit ^ .

De même, le pouls indique, dans le cas de maladie, le côté de l'organe qui est affecté.

Mais pourtant, il ne faut pas se le dissimuler, dans bien des cas les caractères distinctifs se confondent, restent louches; ils deviennent subintrans et de ces types confondus il résulte des pouls monstrueux ou anonymes qui ne peuvent fournir de pronostic. C'est ce qui arrive souvent chez les pauvres mendiants ou crapuleux ; aussi leurs maladies sont le plus souvent irrégulières^ ataxiques.

' Galënus. Lud.mercai. de rect. pviesid. art. medic. usu. t. II. - Bali.dnius. Consil. lib. II, t. III, p. gi.

Oa peut distinguer jusqu'à quatre caractères différents sur un même pouls, ou sur celui d'un seul côté, une fois que l'on connaît bien les pouls simples.

Parfois les caracti?res sont répartis sur les deux poignets, dont l'un supplée l'autre. Les erreurs de diagnostic sont plus imputables à l'imperfection du médecin qu'à celle de la métliode, mais il vaut mieux se tromper quelquefois que tout abandonner ; Martial l'a bien exprimé dans une de ses épigrammes : « Si non errûsset,fecerat ille minus. »

Bes pouls composés. — Les pouls composés ou combinés sont ceux qui représentent distinctement au tact plusieurs caractères organiques ensemble, par suite de l'affection actuelle ou prochaine de plusieurs organes. Ainsi le pouls peut être combine du capital et de Yintestinal. — On l'observe souvent le jour d'une purgation, au commencement de certaines diarrhées. Le capital est très distinct; mais l'intestinal n'apparaît que par instants, à plusieurs pulsations d'intervalle.

Le pouls peut être composé de Yutérin et de Yintestinal : Yutérin est plus fixe; Yintestinal apparaît et jette dans ce pouls une inégalité sensible qui va quelquefois jusqu'à l'intermittence.

Aussi, pour reconnaître les pouls composés, faut-il les tâter longtemps, car si chaque caractère persiste dans sa forme et ses attributs spécifiques, parfois l'un vient à obscurcir, à masquer l'autre, pour quelques pulsations. Mais le caractère masqué reparaît dans les pulsations suivantes; et ces retours du caractère qu'on pourrait appeler intercalaire ne demandent qu'une certaine constance pour établir la certitude des indices qu'on peut en tirer.

Telle est l'œuvre de Fouquet. Elle est si nette, si affirmative, si bien développée, que l'on croirait lire une œuvre de pure imagination, une sorte de roman scientifique. Mais, sans doute, ce médecin était doué d'une sensibilité exquise, d'un tact infiniment délicat, qui lui rendait facile ce qui nous pai^aît impossible aujourd'hui.

Aussi faut-il voir avec quel mépris il traite l'invention des sphygmomctres qui naissait alors et qu'il appelle « de petites curiosités physiques dont les mécaniciens ont amusé la médecine rationnelle et dont il n'a pas tenu à eux d'embarrasser encore la médceine pratique)). Quant à sa bonne foi, à son habileté,

elles no peuvent être mises en doute. Il nous raconte lui-même les épreuves décisives qu'on fit subir à sa doctrine :

Ayant rencontré le matin, dans la rue, l'un des principaux médecins de l'hôpital de Montpellier, ce maître l'invita à venir dans ses salles montrer par quelques exemples l'utilité du pouls, dans le diagnostic. Il eut soin d'entrer le premier, seul, pour interroger les malades, cacher leur crachoir, et tout ce qui aurait pu servir d'indices.

Fouquet, se présentant alors, se mit à leur tâter le pouls, indiquant avec grande justesse le siège du mal. Arrivé près d'un malade pourtant, il désigna son pouls comme pectoral. « Oh ! pour le coup, vous vous trompez, » lui dit-on ; « ce malade n'a rien à la poitrine, il ne se plaint que d'un malaise^ d'une courbature générale. « Fouquet, explorant le pouls avec plus d'attention, persista dans son opinion que le pouls était pectoral. Alors le malade, sortant avec vivacité son crachoir, caché sous l'oreiller, le montra rempli d'une forte expectoration et avoua qu'indépendamment de son malaise nouveau il souffrait depuis longtemps d'un catarrhe bronchique.

A l'œuvre donc, jeunes médecins! et que ceux d''entrc vous qui se sentent le courage et l'aptitude nécessaires, reprennent et perfectionnent la théorie des Bordeu et des Fouquet.

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