Le citateur
Il nVst pas de mince société qui ne soit bien aise d'avoir ses archives; les capucins même avaient les leurs.
Les Chrétiens commencèrent bientôt à se faire des livres. Déjà divisés sur plusieurs points de leur croyance, chacun écrivit d'après son opinion , chacun écrivit isolément. Personne ne m'a dit cela ; mais pour s'en convaincre , il ne faut que comparer les livres qui passent pour être les plus saints. Tout y est pièces de rapport, tout y est contradictoire.
Le Saint-Esprit n'est pas plus adroit là qu'ailleurs : c'est toujours Thabit d'Arlequin.
On fit crahord beaucoup d'évangiles. Cnaciiii était Lien aise de faire parler Jésus selon ses petits intérêts, et t;"est tout simple : aussi pournuoi Jésus n\i-t-il rien écrit? Considéré comme le fils d'un pauvre charpentier , son ignorance n'a rien qui étonne ; considéré comme Dieu , puisqu'il l'a été trois cent vingt cinq ans après sa mort, c'est autre chose.
Ne valait-il pas mieux qu'il écrivit de bonnes vérités , bien claires , bien ■utiles, bien convaincantes, que de déranger h tort et à travers l'ordre de la nature, sans obtenir de tant de fiacas le moindre résultat heureux ?
Dieu - Jésus s'élant tu , d'autres firent l'évangile de la Nativité, Vêvangile de l'Enfence, l'évangile de Nicomédie , et quarant«-sept autres évangiles. On forgea des lettres de
(3) Jésus - Clirist à un prétendu roi d'Edesse^ des lettres de Marie , des lettres de Séuèque à Paul, des lettres de Pilate à Tibère. Lactauce supposa des oracles des Sibylles en fn- Yeur de Dieu- Jésus , etc. etc. La quantité de ces livres est innoiiibiable.
Vous savez, ou vous ne savez pas, qu'à ce même concile où Jésus fut proclamé Dieu , les Pères , embarrassés sur le choix de cette multitude de livres extravagans ou contradictoires, crurent ne pouvoir mieux faire que de s'en rapporter à celui qu'on venait de diviniser. Il était assez naturel que le nouveau Dieu daignât , par reconnaissance, mettre fin à tant de tracasseries et à tant d'incertitudes. On mit donc tous les livres sur Tautel j et on pria Dieu-
Jésus de faire tomber tous les œuvres apocryj)lies.
Ils toiubèrcnt , ma foi , ils tombèrent d'eux - mêmes ; c'est moulé dans l'Histoire des Conciles : mais ce que cette histoire ne dit pas , c'est que Jésus eût bien fait de faire tomber aussi l'Apocalypse jque je le défie d'entendre , tout Dieu qu'il est. Il eût bien fait de supprimer certains passages des Actes et des Epîtres des Apôtres j qui prêtent trop à la cri li que. Il eût bien fait de faire tomber trois de nos quatre Evangiles, parce qu'il y a entr'eux certaines petites différences dignes d'être remarquées.
Saint - Luc , par exemple , nous apprend que Marie fit circoncire son fils le huitième jour , et qu'elle fut se purifier au temple à l'époque ordinaire. Il n^est pas question d'à-
(5) larmes, ni de fuite; tout suit l'ordre habituel.
SainT - Luc ajoute , qu'après que Marie se fut purifiée au temple, elle retourna , avec Joseph et Jésus à Nazareth leur ville , et qu'ils venaient tous lesans faire la Pàque à Jérusalem. Ils ne craiouaient donc rien des fureurs d'Herode.
Saint - Mathieu , qui nous conte riiistoire du massacre, ajoute, lui , que Joseph et Marie euiportèrent aussitôt Jésus en Egypte , de peur qu'il ne fût égorgé comme les autres.
Mathieu voulait être conséqueut , à la bonne heure. Mais le Saint- Esprit ne l'est guère , en dictant à Mathieu d'une façon, et k Luc d'une autre.
Venons au secours du Saint- Esprit; tirons-nous de là en théologien. Il est constant que, pour hu-
( 6) niilier notre faible raison , ces deux passages paraissent op[)Osés ; mais il est évident qu'ils disent la même chose.
Ce n'est pas la seule fois que notre faible raison est humiliée.
Saint -Luc et Saint -IMathieu ne s'accordent pas encore sur la généalogie qu'ils donnent à Jésus-Christ.
Saint-Marc dit queJéstis mourut a la troisième lieiire; Saint-Jean le fait mourir a la sixième.
«' Alte-là j monsieur , dit l'abbé , )) vous savez qu'alors on ne divisait M pas le temps comme aujourd'hui.
» ■ — Je sais , mon cher maître , que » leur troisième heure est pour nous » neuf heures du matin , que leur » sixième heure est midi. Mais puis- » qu'ils écrivaient dans le même » temps 5 ils ont dû compter de » même. Vous ne me persuaderez pas
(7 ) j> que l'un ait divisé le temps à la » manière juive, et l'autre à la fran- » çaise. Contradiction , l'abbé, con- » tradiction « .
Selon Marc et Mathieu, les femmes qui allèrent au sépulcre , virent un ange. Selon Luc et Jean , elles en virent deux.
Selon les uns , ces anges étaient au-deliors du tombeau; selon les autres , ils étaient au-dedans.
Mathieu dit que Jérémi a prédit que le Christ serait trahi pour trente pièces d'argent , et il n'y a pas un mot de cela dans Jérémie. J'en suis facile 5 mais voilà l'Evangile qui ment.
Et le mensonge est si bien avéré, que Sjint-Jércme 5 votre grand saint Jérôme, le plus éloquent des Pères du désert j dit, de Opt. gen. interpret. , que les citations de Saint-
(S) Mathieu ne s'accordent pas avec la Yersioii grecque. Quanta sit inter Mathœuni et septiiaginta verboriiin ordînisque dlscordia , sic admirabejis , si liehraïciim videas ^ sensusque contrarias est.
Il est dur pour vous, mon cher abbé y qu'un de vos plus grands saints donne un démenti formel à l'Evangile; et Saint -Jérôme n'a pas tout relevé. Saint-Luc , après nous avoir fait le ditîsil du cortège brillant et bruyant au milieu duquel ï)ieu viendra juger les vivians et les imorts à la fin du nionde , ajoute :
En vérité , Je vous dis que la génération actuelle ne passera point que tout cela ne s'accomplisse. Il s'est écoulé bien des générations depuis ce temps-là. Encore un mensonge.
Saint-Pierre dit : Nous attendons de nouveaux cieux et une nouvelle
(9) terre. Ep. ait. 4- encore un men-
songe.
Saint-Paul ment comme les autres , ou d'après les autres.
Il dit aux habitans de Thessalonique j v. i6. Car aussitôt que le signal aura été donné par rarchange et par la trompette de Dieu^ le Seigneur lui-même descendra du ciel , et ceux qui seront morts en Jésus-Clirist ressusciteront les premiers.
Et u. l'j : Puis nous , qui sommes vivans et qui seront demeurés jusqu'alors , nous serons emportés avec eux dans les nuées , pour aller audevant du Seigneur au milieu de Fair , et ainsi nous vivrons pour jamais dans le Seigneur. Au reste , cette opinion de la fin prochaine du monde , fut soigneusement entretenue pendant plusieurs sièles. Une multitude de donations aux moines
tîommenoaient par ces mots : Ad sentante mundi pespero y etc. ce qui veut dire : La Jîn du inonde approchant; et les moines, qui annonçaient la fin du monde , prenaient toujours.
Revenons à nos livres.
Pourquoi Paul reprend - il Pierre qui judaïsait , lorsqu'il judaïsa luimême pendant huit jours dans le temple de Jérusalem , d'après le conseil de Saint-Jacques ?
Pourquoi écrit-il aux Galates : Si Vous vous faites circoncire , Jésus ne vous servira de rien ; et après avoir écrit cela , il circoncit son disciple Timothée ?
Pourquoi écrit-il aux Corintliiens , Ep. 1 1 : Je ne pardonnerai à aucun de ceux qui ont péché ^ ni aux autres? A qui donc pardonnera-t-il ?
Pourquoi déclare -t- il devant le grand - prêtre , qu^on le persécute
parce qu'il est pharisien ? ïl ment , parce qu'il était chrétien. 11 ment, parce qu'on ne persécutait pas les Pharisiens, et ce n'est point par ignorance qu'il ment ici ; il ment sciemment, et contre sa conscience. Act.
Apos. cap. xxni, v. 6.
Au surplus , Saint-Pierre lui avait donné l'exemple; il avait commencé son apostolat par renier son divin maître, comme Aaron avait commencé le sien par l'adoration d'un veau d'or.
Pour la seconde fois , mon abbé était exaspéré. Là , là , lui dis-je , remettez - vous. Erasme , qui vous valait bien , étourdi de tout cela comme vous, finit comme vous par ne plus savoir ce qu'il dit. Il avoue que l'Esprit divin permettait aux Apôtres de s'égarer. Splritus ille di-
idtius inentiiun ^épostolicarum moderator , passas est , suos ignorare qiiœdam et labi. InMathœ. , lih. ii.
Mais Erasme a tort ; un tliéologien ne doit pas faire de ces aveux-là. Ne croyez pas , au reste , que les premiers Clirétiens fussent plus d'accord que nous sur leurs livres. Les Alloges j les Théodosiens rejetèrent toujours celui de Saint-Jean ; ils en parlaient avec mépris , à ce que nous apprend Saint - Epipliane , dans sa 34^ Homélie.
Mais aussi , messieurs , pourquoi n'avoir pas supprimé ou refait tous ces livres - là ^ lorsque vous seuls saviez lire , lorsque rimprlmerie ne les avait pas mis dans les mî<ins de tout le monde ? Ah ! c'est quQ vous avez cru que les hommes croupiraient dans l'ignorance où vous les entreteniez , selon le passage de
( >3) l'Evangile : « Bienheureux les pauvres d'esprit » .
Je vous ai déjà dit que les pères de l'Eglise , jusqu'à Irénée , ne citent aucun passage des quatre Evangiles.
Vous vous fâcherez encore si vous voulez 5 l'abbé , mais je les crois faits après coup, et je vous prouve qu'ils sont mal faits.
Nous venons de voir que les premiers Chrétiens attendaient la fin du monde et la résurrection des morts.
Ils croyaient donc à une autre vie , et par conséquent à uname i mmortelle. La plupart des sectes jui\es rejetaient cette opinion ; les Pharisiens l'admirent , et Jésus n'aimait pas les Pharisiens : Jfeésus aurait-il été matérialiste? Cette idée me rappelle un mot de Pic de la Mirandole à Alexandre ^'i : Je crois , le bon Dieu me pardonne , que Aotrc sainteté
n'est pas chrétienne. Je ne le crois pas non plus , lui répondit le pape.
Que Jésus ait été matérialiste ou non, mon confesseur compte bien sur la résurrection générale; mais le marquis d"Argens et Voltaire , qui n'en Savent pas tant que mon confesseur, trouvent de grandes diiîicultés dans cette affaire - là. Voilà comment ils s'expriment à-peu-près.
Chaque homme reprendra , dit-on , précisément le même corps qu'il avait.
Diable , c'est beau , çà !
Mais comment chacun retrouverat-il ses membres ? Notre corps est , pendant la vie , dans un changement continuel. Nou^n'avons rien, à cinquante ans, du corps ou était logée notre ame à vingt.
Un enfant m eurt dans 4e ventre de sa mère, juste au moment qu'il vient
(i5) de recevoir une ame. Ressusciterat-il foetus j ou garçon , ou homme ?
Si fœtus , à quoi bon ? si garçon ou homme, d'où lui viendra sa subs' tance ?
Un soldat va au Canada . Il se trouve que, par un hazard assez commun , il manque de nourriture. Il est forcé de manger d'un iroquois qu'il a tué la veille. Cet iroquois s'était nourri de jésuites pendant deux ou trois mois. Une partie de son corps était devenue jésuite. Voilà le corps de ce soldat composé d'iroquois , de jésuites j et de tout ce qu'il a mangé auparavant. Comment chacun reprendra-t-il précisément ce qui lui appartient? etc. etc.
« Hé, monsieur, me dit mon con- » fesseur, nevoyez-vouspasqueDieu » créera de la chair pour compléter » les corps incomplets. — Et ceujc
( '6) » doiît il ne sera rien resté du tout? » — Croyez-J^^ous qu'il soit difficile à » Dieu de les créer en entier? — Mais, » mon cher maître , s'il y a création » en tout ou en partie , ce n'est plus >i résurrection. Et comment ces mil- )) liards de milliards de corps tien- » dront-ils dans la petite vallée de » Josapliatj où on ne ferait pas entrer » dix mille hommes? — Hé, mon-
» sieur, ils y tiendront ils y
» tiendront les uns sur les autres.
» — Mon cher maître , Dieu nous » garde d'être dessous.
» Dites-moi un peu dans quel état » nous ressusciterons ? Dieu n'aura )) pas conservé nos habits, comme » ceux des Hébreux du désert. — Je » SUIS, pour cette fois, de votre opin nion^ monsieur; oui, nous ressus- » citerons nus , et ce qui me le î) fait croire, c'est qu'Origène , saint
(■7) » Jérôme, saint Atlianase , saint Ba- » sile croient que les femmes ne res- » susciteront point avec leur sexe.
» — Ces saints-là sont bien modestes; » mais si les femmes ressuscitent )) sans sexe, dites -moi ce que les )) hommes feront du leur? Si certain » bijou ne doit servir à rien, ce nVst >) pas la peine qu'il ressuscite j et ^» puis, docteur, pourquoi le laisser )) voir aux femmes inhabiles à en » user? Dieu You(h'ait-il renouveler » sa farce usée du fruit défendu ?
» La reine Cléopâtre demandait » très- sérieusement aux Juifs d'A- » lexandrie, c'est-à dire aux princi- » paux d'entr'eux, qui lui parlaient » ressurrection, si les femmes ressus- » citeraient nues ou habillées. Ces ■>-> pauvres diubles, qui n'en savaient » pas aussi long que saint Athanase » et compagnie, restèrent muets ^ et
»i la reine prononça que les femmes )) ressusciteraient habilées , parce que » peu d'entr'elles gagnent à se mon- 0 trer sans chemise , et que nous , » êtres fantasques, nous voulons tou- » jours voir ce qui est caché , sauf à » être punisde notre curiosité. OC!éo- » pâtre! Cléo])âtre! delà coquetterie, » même au moment de la résurrec- » tion! Vous étiez bien femme, grande » reine! »
Cette discussion nous mène droit en Enfer, où doivent aller les quatrevingt - dix - neuf centièmes des hommes, ainsi que Dieu le père Ta rangé dans sa sagesse. Dieu-Jésus y est descendu après sa mort , et ne nous en a rien appris après sa résurrection : ce Dieu-là ne fait jamais rien à propos. Enfin , il y est descendu j le fait est devenu article de foi.
C ^9 ) Voyons un peu quand on a imaginé
ce dognie-là.
Notre symbole s'appelle le Symbole des Apôtres , et les Apôtres ne parlent pas de leur Symbole. 11 est fort extraordinaire que saint Luc ait oublié d'insérer cette pièce importante dans son Evangile, que saint Paul, grand écrivain , n'en dise pas lui mot. Ab ! je vois ce que c'^est , c'est qu'd n'y avait pas de Symbole.
Eu effet , un prêtre d'Aquilée , nommé Ptufjin , est le premi«r qui en parle , quatre cents ans après la mort de Jésus.
Du temps de saint Irénée, on avait un Symbole essentiellementdifférent du nôtre. De concile en concile on le cbangea, on le mitigea , selon que le Saint -Esprit supprimait ou inspirait de nouveaux articles de foi.
Au premier concile de Constantinople, convoqué eu 38i par l'empereur Tliéodose, on le finit à peu près. Toujours Fhabit d'Arlequin, toujours des pièces et des morceaux.
Enfin notre Credo , tel que le Saint- Esprit l'a fait en six ou sept fijis, doit être du cinquième siècle, car il est postérieur à celui de Constantinople et c'est dans celui-là que Jésus descend aux Enfers.
Je le répète, messieurs, il est maladroit à vous , lorsqu'un homme qui savait lire était un être si éton^ nant , si précieux , qu'en France , en Angleterre , en Allemagne ^ on lui accordait sa grâce, quel que fût le délit , ce qoi s'appelait bënéfic& de Clergle , il est mal-adroit à vous de n'avoir pas intercalé dans les Evangiles, dans les livres des Apô-
très, quelque pelit passage innocent qui appuie cette descente aux Enfers:
Saint-Jérome et Saint- Augustin, qui en parlent les premiers , et qui sans doute avaient puisé à la source, auraient dû nous dire ce que c'est que cet Enfer, et oii il est. C'est peutêtre le trou de Saint-Patrice , en Irlande, dont on trouve les détailsmerveilleux dans la Bibliotbècue bleue.
Lisez , je vous prie , Thistoire de l'Enfer de Saint,Patrice; c'est un excellent livre , et il ne coûte que la bagatelle de six sous.
Ab ! je me rappelle Saint- Pierre dit, dans sa première Epître , et Dieu sait où le péclieur de turbots a appris à écr;re ; il dit dans sa première Epître, faite par lui ou par un autre: Le Cbristest mort une fois
pour nos pécbés mort , à la
vérité , en cbair, mais ressuscité en
esprit , par lequel il alla prêcher aux esprits qui étaient en prison. Voilà une autorité irrécusable en faveur de la descente aux enfers. Mais ,
Ressusciter en esprit j ne veut pas dire que son corps sortit du sépulcre le troisième jour; il me semble que cela veut dire que le corpsy resta, et ici Saint-Pierre, loin d'être orthodoxe, est hérétique. Le voilà de Tavis des Corinthiens. Mais,
Prêcher les esprits qui étaient en prison , ne veut pas dire prêcher les Saints, parce que le Paradis n'est pas une prison. Cela ne veut pas dire non plus prêcher les âmes du Purgatoire , parce que , du temps de Saint-Pierre, le Purgatoire n'était pas inventé. C'étaient donc les damnés que Dieu. Jésus prêchait. Prêcher des gens condamnés pour l'éternité toute entière, des gens qui ne peu-
(23) vent rien gagner en s'amandant , c'est se moquer d'eux , c'est une mauvaise plaisanterie. Dieu-Jésus était donc goguenard ? Je ne crois pas qu'aucun père de l'Eglise , qu'aucun doctenr de Sorbonne même , ait fait ces petites et insignifiantes observations; mais je sais que le Saint-Esprit s'aperçut, plus tard , qu'il était absurde d'envoyer Jésus aux Enfers , où il n'avait que faire, à moins qu'il n'y allât pour attiser le feu.
Comme nne pièce de plus , une
pièce de moins ne fait rien à un habit
d'Arlequin , le Saint - Esprit souffla
au cinquième siècle , à un nommé
Pierre Clirisologue , garçon reconnu
pour être inventif, qu'il y avait des
Limbes. Ces Limbes sont un Enfer
adouci , un faubourg d'Enfer, comme
les appelle le vieillard de Ferney.
C'esl dans ces Limbes que , par
rétroaction^ et de son autorité privée, Pierre Chrisologue logea les patriarches morts sans baptême, et c'est de là que Dieu-Jésus yint les tirer. Ceci explique et concilie tout. C'est dommage qu'on se soit avisé si tard de cet avisoire-là.
On s'avisa plus tard encore du Purgatoire , et je ne sais quand on s'en avisa. J'en suis facile, car je n'ai rien de caché pour vous, docteur , et je vous le dirais tout de même. Ce que je puis vous assurer , c'est que les anciens Brachmanes, environ 35oo ans avant la naisance de Jésus-Christ, avaient inventé un Purgatoire où les anges rebelles devaient passer mille ans. J'ai oublié cela dans mon premier chapitre, et je vous en demande pardon.
Ce que je puis vous assurer encore ,
core, c''estque ceux d'entre les chrétiens qui adoptèrent les premiers le Purgatoire , furent traités d'hérétiques. Saint Augustin condamne ouverteriient les disciples d'Origène, qui admettaient ce lieu de purgation, un peu dure, à la yérité; mais on tire les âmes du Purgatoire avec des prières, on n'a des prières qu'avec de l'argent, et les parties intéressées soutinrent le dogme du Purgatoire, en dépit de Saint Augustin.
C'est assez parler Enfer , Limhes et Purgatoire : que notre Dieu rusé, vindicatif et barbare tourmente tant qu'il voudra ses créatures , qui ne sont que ce qu'il les a faites , à la bonne heure. Il ne nous tient pas encore , et voyons un peu ce que c'est que son saint Paradis, où il est si difficile d'entrer. Voyons s'il vaut les sacrifices qu'on nous impose ;
nous reviendrons après à ces sacrifices dont tout le monde parle, et que personne ne fait.
Le Paradis, ... le Paradis. ... ah !
vous êtes impatientes , mesdames ?
vous brûlez de savoir si vous y serez toujours belles , si vos amans y seront constans, si vous seules y jouirez du doux plaisir de Finconstance , si vos sens, bornés ici-bas , s'étendront en proportion de vos désirs. Je lis dans vos yeux, vous voulez bien des choses ; mais ces biens ineffables ne «e gagnent pas en courant les bals, les spectacles , les rendez-vous. Voyons cependant en quoi consistent ces biens ineffables.
Vous goûterez par le sens de l'ouie le plaisir des sens , dit saint Jugustin^ chap. 2 et 5, n, i49 Voilà pourquoi les petites filles de quinze ans, bien élevées 3 et qui savent bien leur
(27 ) catéchisme , croient encore que ]cs enfans se font par Foreille.
Vous ne cesserez jamais de jouer de la guitare et de chanter. Chanter pendant toute l'éternité , c'est un peu long ; mais Plazza le veut ainsi , pctge 5o6. Il dit encore , ce Plazza, que vous aurez trois mobilités ; des plaisirs sans chatouillement, des caresses sans molesse , des voluptés sans excès. Je ne sais si Plazza entend par ces paroles les jouissances de la musique ; mais j'avoue que je ne sais pas ce que c'est que trois mobilités, et je soupçonne fort le docteur Plazza de ne pas le savoir plus que moi.
Les bienheureux seront rassasiés sans dégoût, et ils jouiront de la santé
sans maladie Sans maladie ! dit
finement saint Prosper , no. ^32.
Et saint Thomas , mesdames, c'est
lui qu'il faut li^e, et je suis certain que vous ne Tavez par lu. N'avoir pas lu saint Thomas , surnommé , à si juste titre , Vange de V école !
Avant de vous rapporter ce qu'il dit du Paradis, je veux vous donner un ' échantillon de son style et de ses idées.
11 nous dit que les anges sont corporels , par rapport à Dieu : ils devraient plutôt l'être par rapport à nous 3 qui ne pouvons voir des esprits.
Il nous dit que Tame reçoit son être dans le corps; ce qui revient à mon système Vous vous rappelez bien? Dieu à sa voûte de cristal , et soufflant des âmes quand
vous faites , mesdames , ah !
ah! ah!
Saint Thomas ajoute que l'ame est végétative , seusitive et intellec-
(29) tuelle. Sensitive, peut-être; intellectuelle , sans cloute ; végétative , non : elle serait matérielle.
Il assure que Tame est tout en tout, et tout en chaque partie. Ce cher homme - là nous triple , nous décuple les âmes, comme on a fait de la sainte Trinité, et de Dieu Jésus dans la très-sainte Eucharistie.
Il demande quelle est la cause efficiente et formelle du corps : que ne demandait-il cela à son père? Moi, qui ne suis qu'une bête , j'ai toujours cru que la cause des corps était dans la semence.
Il nous apprend que le baptême régénère par lui-même , et par accident : s'il régénère par lui-même , à quoi bon Taccident?
Saint Thomas 5 mesdames, a fait de gros volumes dans ce genre-là, et ces gros volumes lui ont fait une
grosse réputation. Supplément au chapitre des réputations usurpées.
Je conçois aisément que Téchantillon que je viens de vous donner du savoir faire de Fange de l'école , ne vous donnera pas la tentation de le lire. Pourquoi ce maudit arbre de la science ne ressemblait-il pas aux œuvres de saint Thomas? Vous n'y eussiez pas touché , mesdames.
Peu satisfaites de ce que saint Augustin 5 Plazza^ saint Prosper disent du Paradis , vous voulez savoir ce quVn pense saint Thomas , dût-il déraisonner là-dessus comme sur le reste : hé bien ! mesdames , voilà ce qu'il en dit, supplém. , paH. 3^ g^
L''odorat des corps glorieux sera parfait , et Tlmmide ne l'affaiblira pas. Je conçois parfaitement qu'une ame n'ait pas de pituite; mais je ne
( 3. ) trouve pas la. félicité suprême à avoir le cerveau sec.
Il rlit dans sa pai't. i quest. 102 , qu*'il y a trois Paradis : le terrestre , le céleste , le spirituel. Il est assez difBcile qu'une aine ou qu'un corps soit dans trois Paradis à la fois. Le nombre trois était alors de mode , et nous ramènera tout naturellement à la sainte Trinité, qui vaut bien qu'on s'en occupe un peu.
Voilà j mesdames, tout ce que je puis vous dire du Paradis , et j'ai invoqué les autorités les plus respectables. Vous froncez le sourcil ? ce Paradis-là ne vous tenterait point?
Vive celui de Mahomet , n'est - ce pas ? Ce coquin de Mahomet connaissait le cœur humain mieux que nos pères de PEglise.
Mais sa vez-vous , mesdames, que^ bien que le Paradis des Chrétiens vous
paraisse insipide ' , il y a bien dés choses à faire pour Fobtenir ; et , toutes réflexions faites, il vaut mieux encore faire des ^nfans par Toreille, ou avoir le cerveau sec , que de brûler pondant tQute une. éternité : c'est bien long^ toute une éternité !
Examinons ce que vous avez à faire pour vous garantir de la grillade :nous reviendrons après à la très -sainte Trinité.
Vous observerez d'abord , messieurs ^ que, selon nos chers abbés, il n'y avait point de véritable vertu 5ur la terre avant que Dieu - Jésus nous apportât la sienne : il existait pourtant avant lui des sociétés anciennes et nombreuses , et il est difficile qu'une société existe sans morale. JX'importe ; Socrate , Confucius 5 Antonin étaient des êtres immoraux. Aristote et Epictète j
qui recommandent la pureté dans le discours; Tibulle, qui dit : casta placent supeiis ; les Romains , qui avaient des lois contre l'adultère ; les Siamois j qui,' de l'aveu du P. Tacliardj en ont une qui défend nonseulement les actions déshonnêtes, mais les pensées et les désirs impurs : tous ces gens-là étaient des monstres.
Voyons donc ces vertus sublimes si au-dessus de celles de ces malheureux païens : d'abord, vous aimerez Dieu par- dessus toutes choses, et votre prochain comme vous-même.
Notis avons trouvé que ce Dieu -là n'est pas aimable du tout ; ensuite il n'est pas visible ; et comment aimer par -dessus toutes choses mi être qu'on ne connaît pas , et dont on n'entend raconter que des extravagances? Quand Texécution d'un pré-
cepte est impossible , le précepte ne Taut rien.
Quant à l'amour du prochain^ c'est autre chose. Il est très-doux d'obéir à l'Eglise , lorsque ce procliain-là se présente sous la forme d'un jeune homme dessiné à peu prés comme l'Apollon du Belvédère; n'est-il pas vrai 5 mesdames? mais vouloir que l'amour du prochain s'étende sur tous les hommes, c'est trop. Ce ne serait pas assez d'un cœur , et puis votre directeur vous dirait, mesdames,, que vous êtes des catins ; car ces messieurs se contredisent toujours en morale comme en dogme j et je le prouve tout de suite.
La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse, dit le second précepte. Comment concilier «et amour extrême de Dieu avec
( 33) cette terreur profonde dont on doit être pénétré devant lui ? encore une balourdise , docteur. Sénèque , qui était bien aussi docteur que vous^ dit qu'un homme sensé ne peut craindre les Dieux, parce qu'on ne peut aimer ce qu'on craint. Deos nemo sanus timet,furor enim est metuere salutaria , nec quisqunm amat quod timet. De Benef. , 4*
Ailleurs on conte qu'il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. Je ne dirais pas non , si cette doctrine -là n'avait pas formé des Jacques Clément , des Jean Chatel, des Ravaillac. C'est avec cette maxime -là que nos chers abbés furent toujours les maîtres du sort des rois; et^ rigoureusement parlant, on ne peut pas leur en faire de reproches , car saint Thomas d'Aquin , un de leurs guides spirituels, a formellement prêché le
régicide. Voyez les Coups d'Etat , tome 2j page 33.
L'Evangile dit : Donnez votre tunique quand on vous vole votre manteau. Quand on vous donne un soufflet , tendez l'autre joue ; c'est fort aisé à dire : mais si je donne ma tunique quand on m'aura pris mon manteau 5 j'encouragerai le vol, <et j'aurai tort. Si je tends l'autre joue quand on me donnera un soufjQet, je renonce au soin de ma conservation y qui est de droit naturel , et puis les autres chrétiens mes confrères me montreront au doigt ; me mépriseront comme un lâche , et ce sera à qui me donnera des soufflets. Ce précepte- là n'est pas «ncore bon.
Saint Mathieu dit, c/myy. 6 , v. 25.* Si vous voulez être parfait, vendez ce que vous av&z, et donnez l'argent
(57) aux pauvres. Il est très-beau d'être parfait , mais il est dur de mourir de faim , et c'est ce qui m'arrivera , si mes confrères les chrétiens ne vendent pas aussi ce qu'ils ont pour m'en donner l'argent. Ce précepte-là favorise ouvertement la fainéantise : il ne vaut rien.
Il est très-louable sans doute de faire l'aumône , mais quand vous la ferez, mesdames, évitez les pauvres du caractère de saint Pierre j il aimait beaucoup qu'on lui donnât , et c'est assez naturel à un homme qui n'a rien ; mais il fit mourir Anania et Zaphira, qui, selon le précepte , lui avaient apporté tout ce qu'ils avaient , à quelquç chose près. Or l'Evangile ne dit pas que les pauvres à qui on fait la charité, aient le droit d'etoufier ceux qui gardent de quoi vivre.
Vous ne croiriez pas , mesdames , que rignorance la plus profonde ait élé de tout temps en grande recommandation parmi les chrétiens. Vous me demanderez comment Fignorance peut être vertu; je vous dirai que c'est vertu d'humilité. Vous me demanderez ce que c'est qu'une vertu qui n'est utile , ni à soi , ni aux autres; je vous dirai que c'est une vertu chrétienne. Voici au reste une autorité en faveur de l'ignorance.
Saint Jérôme dit : Geometrica j arlthmetica , habent in sua scientiâ veritatem , sed non ex scientiâ illa 5 scientiâ pietatis. Scientiâ pietatis est nocere Scripturas , et intelligere Prophetcis , È^angelia c.re-.
dere , Proplietas non ignorare. Ep, ad Titum. Cela veut dire quil y a de la vérité dans la géométrie et V arithmétique ; mais ce n'est
(39) pas' la science de la piété. La science de la piété est de connaîti^e V Ecriture sainte j d'entendre les PrO' , phètes , de croire à V Evangile , de ne pas ignorer les Prophètes.
Saint Ambroise et saint Augustin parlent dans le même sens; Tun, de Ofjîciis , lib. I ; l'autre j de Ordinis disciplina.
Avant eux, saint Paul s'était fait apporter et avait brûlé tous les livres qui ne convenaient pas h ses vues.
Après euXj saint Grégoire , pape, fit détruire beaucoup de manuscrits , et il agissait conséquemment d'après ses principes. Il aurait dû défendre, sous peine d'excomunication , d'apprendre à lire.
Ce n'est pas tout d'être ignorant , de recevoir des soufflets, de donner tout ce qu'on a , il y a encore des professions qu'il faut soigneusement
éviter. Saint Jean Chrysostôme dit qu'un marchand ne peut plaire a Dieu 5 qu'un chrétien ne peut être marchand , et qu'il faut le chasser de l'Eglise. Il se fonde sur le passage du pseaume 70 : Je n'ai point connu le négoce. Heureusement nos jolies marchandes ne lisent pas saint Jean Chrysostôme : elle ne manqueraient pas de quitter leurs maris....
pourvu qu'ils leur déplussent.
Lactance dit, tome i page iSy, qu'un chrétien ne peut être ni soldat 5 ni accusateur. Ce serait quelque chose de beau que la France sans commerce j sans armées , sans tribunaux. Heureusement on n'est pas du tout dévot en France,, quoique pour être du bon ton, il faille le paraître beaucoup.
Il est assez extraordinaire que,
contre l'avis de Lactancej nos prêtres veuillent bien bénir nos drapeaux. Au moment d'une affaire j chaque parti fait bénir les siens, et son aumônier prie Dieu de lui faire la grâce d'éqorgerson procliain.
Il y a pourtant un parti battu, et ses drapeaux étaient bénis comme ceux du parti qui chante le Te Deiiin en action de grâces du sang qu'il a versé. Pans la guerre de la révolution, on ne bénissait pas nos drapeaux, nous n'avons eu affaire qu'à des drapeaux bénis, tt nous les avons menés lestement. Oh ! c'est une chose très-utde qu'une bénédiction. Je reviens aux vertus chrétiennes.
Ce n'est pas tout, mesdames, d'être ignorant, de recevoir des soufflets, de donner tout ce qu'on a, d'être sans commerce, sans armées, sa-ns
tribunaux, il faut encore vivre vierge ; c'est là le terme de la perfection recommandéeparle christianisme. «Hé!
» monsieur, que tous les hommes » veuillent être parfaits seulement » pendant quarante ans , adieu le » genre humain. — Je le sais bien, » madame; aussi le célibat n'est qu'une » vertu chrétienne.
» Saint Justin dit que Dieu a 1) voulu naître d'une vierge , afin » d'abolir la génération ordinaire.
)) — Monsieur j votre saint est un )j sot. — C'est synonyme, madame; » aussi saint Edouard le confesseur » fat saint pour s'être abstenu de » femmes toute sa vie. Le célibat » causa successivement l'extinction » de toutes les familles royales » saxonnes en Angleterre. Croiriez- » vous qu'un moine , nommé ^u- » giistiriy consulta saint Grégoire,
( 43) )) pape, pour savoir combien il faut » de temps pour qu'un homme qui >i a eu commerce avec sa femme, » puisse entrer à Téglise et être ad- » mis à la communion des fidèles?
» — Ce moine-là est-il saint, monj» sieur? — Non, madame. — Il mé- » ri tait de l'être. — Je suis de votre ji avis. — Ali, ça^, avez- vous bientôt » fini avec vos vertus? — Encore X une petite , madame , dont je ne » crois pas qu'aucun père de l'Eglise » ail parlé.
. M — Ce que nous pouvons faire de M mieux sans doute,, c'est d'imiter » en tout Jésus-Christ. Or Jésus- )) Christ, mourant volontairement, » fut nécesîiairement suicide : il faut
M nous tuer tous — Ètes-vous
» fou? — Non. — Vous plaisantez » donc? — Oui.
» Vous ne me contestez pas ce ■
» pendant qme les Trapistes et les » Carmélites ne se suicidassent len- » tement ; mais laissons le suicide » qui ne vous plaît pas, et qui doit » déplaire à une femme de vingt » ans, vive et jolie. Ajoutez aux » vertus précédentes, et qui sont » de rigueur, les pratiques suivantes, » et vous pourrez espérer d'entrer » en Par:ulis. — Dans votre vilain » Paradis, où on fait des en fan s par )i l'oreille, où on trouva des saint » Justin, (les /. ugusîin moine^ et » semblable canaille j, j'aime pres- » qu'autant être damnée. Voyons » cependant si vos pratiques sont » aussi ridicules que vos vertus.
» Quelles sont-elles ?
>y — Prier sans relâche, fréquenter » les églises, renoncer aux plaisirs, » vivre dans le recueillement et la » retraite, faire pénitence, se mor-
» tifier... — En voilà assez, en voilà )) assez. Quel bien résulte-t-il pour » la société, de ces pratiques que l'on » peut observer sans avoir l'ombre » d'une vraie vertu? — Aucun, ma- » dame. — Bien certainement je ne » nie mortifierai point; je me vois » d'avance les yeux caves, les joues » tirées, le teint livide : je me fais i) peur.
» Il est, madame, certain genre » de mortification qui n'entraîne » pas ces suites funestes. Celui, par » exemple, de saint Adhelme et du » bienheureux Robert d'Arbrisselle, » ne les empêchait pas d'être frais ;» et gaillards. — Et comment se mor- » tifiaient ces deux messieurs-là ?
» Madame^ saint Adhelmè et le n bienheureux Robert d'Arbriselle » couchaient avec les plus jolies filles
» de leur temps, afin d'exciter Taij» guillon de la chair, et d'avoir le » mérite d'en triompher. Les jolies » filles revenaient tous les jours, » par ce qu'elles étaient en surelé ;» avec les hommes saints, ou peut-
» être parce que et les mamans
a trouvaient cela très-bien. — Ces » mamans-là étaient des imbécilles.
« — C'étaient des femmes selon Dieu- » Jésus.
» — Pré tendez- vous, monsieur, que c je sois aussi une femme selon Dieu- » Jésus?, — Je ne prétends rien, ma- » dame. — Ce n'est pas au moins que » je ne me croie assez sure de moi » pour craindre de coucher entre » deux jeunes gens. — J'en suis » persuadé , madame ; et puis on w éteint la bougie. — Pas du tout, » on la laisse allumée — Plus il y a M de danger, plus il y a de mérite ^
» n'est- ce pas ? — Cerlainement , » madame. Votre bras arrondi ^ voire >» main potelée peuvent même s'é- » tendre.... — Sans doute, danger i> de plus encore. — Et mérite de » plus 5 madame. — Ah , ça mais » mon mari? — Votre mari , maw dame , est un homme du meilleur » ton, et pour paraître tout-à-fait » chrétien, il doit renoncer à vos » appas; d^ailleurs, s'il était récal- )) citrantj son curé n'aurait qu'un » mot à lui dire : Madame est dis- » ciple de saint Adhelmeet du » bienheureux Robert d'Arbrisselle; >» Vous l'aimez comme Jésus aime » son Eglise, et vous êtes trop pieux » pour mettre obstacle à sa sanctî- )) tification. — Mais j'aime assez les » mortifications de saint Adhelme » et du bienheureux Robert d'Ar- » brisselle. — Je savais bien que
(48) » je VOUS convertirais : il n'y a » pas dans l'iiabit d'arlequin une » pièce qui ne convienne à quel- » qu'un ».