LE QUATERNAIRE
Le quaternaire est le nomlire de la force. C'est le ternaire complélé par son produit, c'est l'unité rebelle réconciliée à la trinité souvennne.
Dans la fougue première de la vie, l'iionime ayant oublié sa mère ne comprit plus Dieu (pie comme un père inflexible et jaloux.
Le sombre Saturne, armé de sa faux parricide, se mit à dévorer ses enfants.
Jupiter eut des sourcils qui cbranlaieni l'Olympe, et Jebovab des tonnerres (jui assourdissaient les solifudes du Sinaï.
Et pourtant le père d(*s hommes, ivre parfois (»omme Not', laissîut a[>ercevoir au monde les mystères de la vie.
Psyché, divinisée par ses tonrmenls, devenait ré[»ouse de l'Amour; Adonis ressiiscilé retrouvait Vénus dan» rOlym|)e; Joh, victorieux du mal, relronvait jilus qu^îl n'avai! perdu.
\à\ loi est une épreuve du courage.
22 HTSTÈREt» RELIGIEUX.
Aimer la vie plus qu'on ne craint les meuaces de b mort, e'est mériter la vie.
Les élus sont ceux qui osent; malheur auiL timides!
Ainsi les esclaves de la loi qui se font les t^^rans des consciences, et les serviteurs de la crainte, et les avaiw d'espéran<'e, et les pharisiens de toutes les synagogues et ('e toutes les églises, ceux-là sont les réprouvés et las maudits du Père!
Le Christ n'a-t-il pas été excommunié al crucifié par la synaf^ojiue?
Savoiiarole n'a-t-il pas été hrûlé par ordre d'un souverain pontife de la religion chrétienne?
Les pharisiens ne sont-ils pas aujourd'hui ce qu'ils étaient au temps de Caïphe?
Si quehprun leur parle au nom de rintélligence et de Tamour, Técoutcront-ils?
C'est en arrachant les enfants de la liberté ;i k tyran • nie des Pharaons que Moïse a inauguré le règne du Père.
C'est en brisant le joug insupportable du pharisâîiiiie mosaïque que Jésus a convié tous les hommes à la fn* ternité du fils unique de Dieu.
Quand tombcroiit les dernières idoles, quand se hri* seront les dernières chaînes matérielles des eonsiieiicps, quand les derniers tueurs de prophètes, c|uaQd les der* niers éloulfeurs de Verbe seront confondus^ eo i>era k règne de TEsprit-Saint.
Gloire donc au Père qui a enseveli rarniée de Piiaraon dans la mer Rouge !
Gloire au Fils qui a déchiré le voile dp
dont la croix trop lourde posée sur la couronue des Césars a brisé contre terre le front des Césars !
Gloire au Saint-Esprit, qui doit balayer de la terre par son souffle terrible tous les voleurs et tous les bourreaux pour faire place au banquet des enfants de Dieu!
Gloire au Saint-Esprit (|ni a promis la conquête de la terre et du ciel à l'ange de la liberté!
L'ange de la liberté est né avant Taurore du premier jour, avant le réveil même de l'intelligence, et Dieu l'a appelé rétoile du malin.
0 Lucifer! tu t'es détaché volontairement et dé<laigneiis(»ment du ciel où le soleil te noyait dans sa clarté, pour sillonner de tes propres i^ayons les champs incultes de la nuit.
lu brilles quand le soleil se couche, et ton regard élincelant précède le lever du jour.
Tu tombes pour remonter; tu goûtes la mort pour mieux connaître la vie.
Tu es |K)ur les gloires anli(pics du monde, l'étoile du soir; pour la vérité renaissante, la belle éloile du matin!
1^ liberté n'est pas la licence : car la licence (*'est la tvrannie.
I^ liberté est la gardienne du devoir, parce qu'elle revendique le droit.
LucMfer, dont les âges de ténèbres ont fait le génie du mal, sera vraiment l'ange de la lumi&re. lorr ' int conquis la liberté au prix dç h, us:ige |H)ur se soumettre i )' ainsi les gloire^ de l*obâM|i
24 MYSTÈRES KELIGIKCX.
Le droit n'est que la racine du devoir, il faut posséder pour donner.
Or, voici comment une haute et profonde poésie explique la chute des anges.
Dieu avait donné aux esprits la lumière et la vie, puis il leur a dit : Aimez.
Qu'est-ce qu'aimer? répondirent les esprits.
Aimer, c'est se donner aux autres, répondit Dieu. Ceux qui aimeront, souffriront, mais ils seront aimés.
— Nous avons droit de ne rien donner et nous ne voulons rien souffrir, dirent les esprits ennemis de l'amour.
— Restez dans votre droit, répondit Dieu, et séparons-nous. Moi et les miens, nous voulons souffrir et mourir, même pour aimer. C'est notre devoir!
L'ange déchu est donc celui qui dès le commencement a refusé d'aimer ; il n'aime pas et c'est tout son supplice -, il ne donne pas, et c'est sa misère ; il ne souffre pas, et c'est son néant; il ne meurt pas, et c'est son exil.
L'ange déchu n'est pas Lucifer le porte-lumière, c'est Satan, le calomniateur de l'amour.
Être riche c'est donner; ne rien donner c'est être pauvre; vivre c'est aimer; ne rien aimer c'est être mort; être heureux c'est se dévouer ; n'exister que pour soi c'est se réprouver soi-même et se séquestrer dfiiis l'enfer.
Le ciel c'est l'harmonie des sentiments généreux; l'enfer c'est le conflit des instincts lâches.
L'homme du droit c'est Caïn qui tue Ahel par envie;
SOLLTION Dt PREMIER PROBLÈME. 25
rhomme du devoir c'est Abel qui meurt pour Gain par amour.
Et telle a été la mission du Christ, le grand Abel de rhnmanité.
Ce n'est pas pour le droit que nous devons tout oser, c'est pour le devoir.
C'est le devoir qui est l'expansion et la jouissance de la liberté ; le droit isolé est le père de la servitude.
Le devoir c'est le dévouement, le droit c'est l'égoïsme.
Le devoir c'est le sacrifice, le droit c'est la rapine et le vol.
Le devoir c'est l'amour, et le droit c'est la haine.
Le devoir c'est la vie infinie, le droit c'est la mort étemelle.
S'il faut combattre pour la conquête du droit, ce n'est que |K)ur acquérir la puissance du devoir : et pourciuoi donc serions-nous libres, si ce n'est pour aimer, nous dévouer et ainsi ressembler à Dieu!
S'il faut enfreindre la loi, c'est lorsqu'elle captive l'amour dans la crainte.
Celui qui veut sauver son âme la perdra, dit le livre saint; et celui qui consentira à la perdre la sauvera.
Le devoir c'est d'aimer : périsse tout ce qui fait obstacle à l'amour! Silence aux oracles de la haine! Anéantis.sement aux faux dieux de l'égoïsme et de la peur! Honte aux esclaves avares d'amour!
Dieu aime les enfants prodigues!