FÉVRIER 180'J
2° Dans la restitution des ornements du culte non vendus ou déposés au trésor national, du nombre desquels sont tous les livres de l'église;
3° Dans des pensions aux deux prêtres de la commune.
[En l'an XI, la municipalité réclame au domaine national un local susceptible d'y installer un instituteur, attendu que la régie du domaine s'est emparée des biens destinés à l'instruction et les a fait vendre. I
NOTICE
Population en 1792 1.385 h.
— en 1902 1.821 h.
Louis-Gabriel Mondin, natif de Pontorson, vicaire de Saint-Coulomb en 1759, recteur (PEpiniac en 1764 et de Saint-Broladre le 7 octobre 1779 (1), refusa de prêter le serment schismatique et s' "exila a Jersey où il mourut le 12 septembre 1794, âgé de 65 ans.
Son vicaire Louis Quesnel, également insermenté, quitta la paroisse un peu avant son recteur. On ne sait ce qu'il devint. La dernière fois que la signature du vicaire paraît sur les registres paroissiaux est le 15 mars 1791 et celle du recteur le 29 mai. A partir du 14 juin, c'est le. curé assermenté qui tient ces registres, assisté à partir du 9 juillet de son vicaire, Julien Bobon. Le nom de celui-ci y figure pour la dernière fois le 3 avril 1792, ayant quitté Saint-Broladre à cette époque pour la cure de Baguer-Pican à laquelle il avait été élu.
A la fin du registre des décès de 1791, il a écrit la note suivante : « La Constitution du royaume fut proclamée dans cette église le 4 septembre de la présente année,
(1) Le revenu net de ce bénéfice s'élevait à la somme de 2,368 1. 18 s. — Ar. D : L. 244.
après avoir été sanctionnée et acceptée par le roi. Les ennemis de l'Etat font mille efforts pour la renverser : ils allèguent mille raisons absurdes pour faire réussir leurs perfides desseins, ils disent que le roi n'est pas libre, mensonge abominable, il est plus libre qu'il ne le fut jamais » (1).
Le curé assermenté, Michel- Augustin Hamon, fils de Jean Hamon et de Jeanne Berthelot, naquit à Saint-Rémydu-Plein le 27 août 1760; bien qu'ayant reçu les premiers ordres à Dol, c'est à Saivit-Malo qu'il fut ordonné prêtre le 10 juin 1786. D'abord vicaire à La Boussac, puis à Dol, où il prêta serment le 30 janvier 1790, il fut élu à la cure de Saint-Broladre le 29 mai 1791 et en prit possession les premiers jours de juin. Il était membre de la Société des Amis de la Constitution de Dol, fut élu membre de la Municipalité de Saint-Broladre, officier public, électeur de sa commune, puis fit partie du conseil du district. Jeune, ardent patriote, acceptant toutes les missions difficiles, voire même périlleuses, dont d'autres ne se seraient pas souciés, il en arriva à se croire un personnage d'une grande importance et auquel tout est permis. Ce fut sa perte.
Par ordre du comité de surveillance de Bol, Hamon est mis en arrestation provisoire le 19 décembre 1793 pour avoir relâché un suspect qu'il venait d'arrêter. Ce même jour, le greffier de paix du canton élu Vivier, Sébille, porte contre lui trois nouveaux chefs d' accusation au directoire du districtylequel renvoie la dénonciation au Comité de surveillance. Le 21, il est conduit des prisons de Bol en celles
(1) Voir sur ]<• personnage 1rs trois premiers volumes.
de Saint- M alo et, cinq jours après, à la tour Solidor, à Saint-Serran.
Le 1er pluviôse (21 janvier 94), le juge de paix du canton de Roz-sur-Couesnon, son ami, rend à son égard un verdict de non culpabilité, laissant à Lecarpentier, alors à Saint- Malo, le soin de lui ouvrir les portes de la prison si cela lui convient. C'est ce que fait le représentant du peuple le lendemain 2 pluviôse.
Mais ce même jour encore, son ennemi mortel, celui qui veut sa tète, Sébille, adresse au citoyen Pointel, accusateur public près le tribunal criminel du département, une nouvelle dénonciation revêtue de cinq chefs d'accusation. Le 18, Pointel demande le dossier des plaintes contre Hamon au Comité de sïirveillance, V autorisant, s'il le juge utile, d'arrêter de nouveau notre curé.
Aussitôt, le 20 pluviôse (8 février 1794), il est réintégré aux prisons de Bol. Ij' instruction de son affaire se fait a Bennes par Pointel d'abord et Jjemoine ensuite, qui l'un puis Vautre sont chaque jour assaillis de lettres et de réquisitoires par le dénonciateur. Les amis de Hamon, de leur côté, vont aussi intervenir. Pointel voudrait bien avoir Vavis de Lecarpentier sur cette affaire; il lui écrit le 13 ventôse an II (3 mars 94). Après avoir pris communication des pièces de la procédure, Lecarpentier répond de Saint- M alo le 12 germinal (1er avril) : « Je n'ai aucune réflexion à te faire, le tribunal est saisi, l'accusé est devant la justice-, ainsi il ne reste qu'à peser le mérite de l'accusation et à prononcer. »
Le 4 prairial (23 mai), l'inculpé est conduit à Pennes ou une centaine de témoins sont entendus. Enfin, Hamon, ren-
voyé devant Je jury d'accusation de son district, bénéficie de sa déclaration qui est « qu'il n'y a pas lieu à accusation,)) et est mis définitivement en liberté, 16 fructidor an III (2 sept 1795).
Pendant cette longue absence, son presbytère qui déjà avait été pillé par les Vendéens et leurs amis, le fut encore de nouveau par son vicaire Pissiz et aussi par les chouans-, aussi notre curé quitta-t-il pour toujours Saint-Broladre le 11 vend, an IV (3 octobre 1795), et déclara à la municipalité de Bol vouloir habiter cette ville. S'il eut un domicile à Bol, il en eut un également à Antrain chez un ami, Vétapier Dugué, et nous l'y voyons dès le 14 nivôse (4 janvier 96) s'employer avec ardeur comme « préposé aux vivres et chargé d'activer et de surveiller la rentrée de V impôt en nature dans le district de Bol. »
Lv 5 floréal an V (24 avril 97), il part d'Antrain pour Paris, appelé par le gouvernement pour être pourvu d'un poste de confiance. Le voilà nommé « agent particulier de la police générale))-, en l'an VIII, il est encore désigné avec le titre « d'agent particulier du gouvernement. » Les ministres de la police qui se succèdent sont contents de leur agent secret-, il touche 500 livres par mois, plus certaines sommes assez élevées pour ses tournées.
Hamon parait avoir quitté ces fonctions vers le milieu de l'an VIII et s'être alors associé avec ses amis Bugué et Macé pour le commerce des bois et particulièrement l'exploitation de coupes dans la forêt de Villecartier.
En l'an XI, la société se disloque non sans difficultés et Bugué produit un curieux mémoire des dépenses de Hamon
faites chez lui pendant sept ans qu'il y eut son domicile et s'élevant net à la somme de 6,014 fr. 75.
Demeuré seul, il se fixe alors à Trans pour y continuer son commerce de bois et y meurt le 17 septembre 1816 (1).
Le successeur de Bobon comme vicaire constitutionnel à Saint-Broladre fut un moine du Mont Saint- Michel, Louis- Augustin Pissiz. Assez maltraité par les Vendéens lors de leur passage à Dol, ce prêtre, d'une probité fort douteuse, après avoir été traîné de prisons en prisons, mourut à V hospice de Dol le 24 fructidor an II (11 août 1794), âgé de 52 ans.
A Saint-Broladre existait un prieuré dépendant de Vabbaye du M ont- Saint- Michel in periculo maris, d'un revenu net annuel de 3,125 livres, dont M. de Raincourt, trésorier du chapitre de Saint- Paul de Maçon, était abbé commendataire (2).
Le titulaire de la chapellenie de Notre-Dame-de-la- Grève était un nommé Bedel.
(l)Les nombreux documents qui concernent ce curé aux archives du Palais de Justice de Rennes, fonds district de Dol, nous obligent à lui consacrer un volume spécial, que nous publierons incessamment et auquel nous renvoyons le lecteur.
(2) Arch. dép., LV, 1 R.
DOCUMENTS
Sàint-Broladre, 19 novembre 1790.
A Messieurs du district de Bol.
Détenu à mon presbytère par une maladie qui m'atterra le jour Saint-Michel et par elle dans l'impossiblité d'aller à Dol même à cheval, je suis forcé de vous présenter la déclaration qu'exige l'Assemblée à cette époque, par main d'autrui et par là de plus, privé de l'honneur de vous faire ma révérente, ce qui me mortifie beaucoup; en compensation, daignez agréer les humbles témoignages du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur, etc.