CLAR
Oui, une consultation... je vous demande cinq minutes, pas davantage.
ALEXIS
Parlez donc, madame, j'écoute, et veuillez... (Il lui présente un siège et en prend un autre pour lui.)*
CLARA [s'asseyani].
Oh! j'ai peu de chose à vous dire... — J'ai une amie, monsieur., ce n'est pas de moi qu'il s'agit., une amie véritablement exemplaire , et qui apporta à son mari..
ALEXIS. Ah! elle est mariée ?
CLARA [souriant].
Oui, monsieur. (Petit silence. Alexis l'engage à continuer.) Ah!., j'attendais une épigranime.. pardon... (Sérieusement.) Elle apporta, dis-je, une de ces âmes d'élite, trésor de candeur et de pureté, qu'un époux prudent n'eût su avec trop de soin mettre à l'abri d'un contact dangereux., tremblant, par une plaisanterie équivoque, d'appeler de sa part une question embarrassante, d'éveiller en elle un soupçon curieux..
ALEXIS [vivement].
Au fait, madame, je vous prie., ces détails. . .
CLARA
Au fait, monsieur, le contraire arriva.. Habitué à traiter assez cavalièrement tout ce qui l'entoure, ce mari n'a pas songé que cet entourage, maintenant, est aussi celui d'une jeune femme jusques là innocente., mais qui, à force d'entendre répéter à son oreille, moins chaste chaque jour, que les autres sont... autrement qu'elle, doit croire naturellement que c'est là la vie admise et toute simple..
ALEXIS [commençant à comprendre, à part].
Que signifie?...
CLARA
Que, dans cette société mal comprise par elle, elle est une exception, un phénomène!., et, dès lors , par ce sentiment craintifdu ridicule inné en tout ce qui ne se sent pas fait pour l'exiraordinaire, se dépêche bien vite... de rentrer dans la classe commune et de faire., comme tout le monde....
« Clara^ Alexis.
ALEXIS [sautant sur sa chaise, à part]. Mais... c'est mon affaire! c'est une attaque... directe... à bout portant).. (Haut.) Madame?..
CLARA
Ah! cela vous indigne... cela vous révolte?., et pourtant., pauvre femme!., si elle hésitait encore? et qu'on fût venu lui dire que son mari, lui aussi, le premier, est infidèle, qu'il la trompe?..
ALEXIS [s'emportant et se levant].
C'est faux!
CLARA [.se levant aussi].
Eh! bien, cela fût-il faux, elle le croira maintenant;
Air : d'Aristippe.
Naguère encor timide et tendre femme , Elle croyait à la fidélité ; La médisance, épargnant sajeune âme.
N'en avait point terni la pureté ; Mais le démon, si fréquemment tenté.
Instruit, unjour, sa naïve ignorance Ase venger de qui l'osa tromper.. .
Et lorsquefemme arêvéla vengeance.
Bien fin celui qui pourrait échapper.
ALEXIS [poussé à bout].
Ahl c'est trop fort! cessez ce jeu cruelT...
CLARA
Alors, plus de ménage! hier, le paradis, aujourd'hui, l'enfer!., rupture, séparation!
ALEXIS
Ah ! de grâce. Madame !
CLARA
Et qu'a-t-il fallu pour briser tout cela, à l'instant, d'un seul coup ? Eh ! mon Dieu ! peut-être tout bonnement une méchante langue, et le premier médisant venu !..
ALEXIS (sautant sur lui-même).
Hein!., vous avez dit!., ah! oui, oui, Madame... ce dernier mot m'éclaire!., dites que ce mari, c'est moi ! que cette femme, c'est la mienne ! qu'il est temps encore... qu'elle n'a pas cessé de m'aimer, d'être digne de mon amour... et que la calomnie seule ?..
On entend Jenny adroite chanter, en s'accom-
pagnant sur son piano, la romance de Ma^
sini : Si tu savais comme je t'aime)!
CLARA (souriant à part).
Ah !.. le prélude de Tair demandé !.. çà se complique !,.. (haut) Ah! je ne pourrais plus guère maintenant en répondre. . .
ALEXIS
Comment ! (à lui-même) hein ! qu'est-ce que ma femme chante là?., si tus a^>ais comme je t'aime!