‹ Le climat du CongoChapitre 86 sur 97 · RÉGION DU LAC · texte numérisé non relu

RÉGION DU LAC

Le Tanganika se trouve à environ 1000 kiiomètres (900 i rextrémité S., 1150 au N.) de Pocéan Indien. Son rivage oriental appartient à FAIIemagne, Toccidental à l'État indépendant du Congo et le méridional à TAngleterre.

Sa forme est allongée : il s'étend du NNW. au SSE., de 3M6' à 8<>48' de latitude S., et enire 29* 20' a SI"" 20' de longitude E. Sa longueur est de 630 kilomètres environ (Hore en indique 670); sa largeur varie de 16 kilomètres au point le plus étroit, à 90 au plus large; sa superficie est de 31450 kilomètres carrés; son altitude peut être estimée à 800 mètres au-dessus de la mer (Cameron, 825 mètres; Stanley, 845 mètres; J. Cotes, 796 mètres; Livingstone, 800 mètres; Popelin, 815 mètres; Hore, 840 mètres). Sa ligne de côtes a 1440 kilomètres de longueur (d*après Hore, 1600). Sa plus grande profondeur n*a pas encore été déterminée; d*après Stanley, elle dépasserait 600 mètres dans la partie sud; M. Giraud a mesuré 647 mètres au large de Karema. Dans la partie septentrionale, ainsi que dans le golfe de Burton, formé par la presquMle d'Ubwari, la profondeur diminue; près de la rive, elle n'est que de 6 à 9 mètres; à une certaine distance du bord, elle atteint 150 mètres ou même 200 mètres; le long de la ligne médiane, Hore a constaté une profondeur de 200 i 300 mètres ; en certains endroits une sonde de 300 mètres n*a pas atteint le fond.

Les Wakawende donnent à ce lac le nom de Msaga (tempétueux), et les Warungu, celui de Kimano. D'après Burton, le mot Tanganika signifie « Réunion des Eaux » ; diaprés Cameron (i), « TEndroit du Mélange ». Après le lac Baîkal en Sibérie, c>st le plus long lac d'eau douce du monde. On peut le représenter comme une immense crevasse, bordée de tous côtés par des montagnes, dont quelques-unes atteignent 2000 mètres (le pic Sumburusu, à Textrémité NW., atteint 2130 mètres). Ije lac est alimenté par de nombreux cours d'eau et des rivières qui descendent des montagnes environnantes, en formant des rapides et des cascades dont la plus remarquable est celle de la Wizi, dans TUrungu, de 137 mètres de haut.

On compte plus de 100 tributaires du Tanganika. Le plus important est le Malagarazzi,t|ui, à 32 kilomètres de son embouchure, large de 600 mètres, forme une série de cataractes qui le rendent innavigable. Au N., le lac reçoit le Roussizi, dont la vallée se maintient exactement dans Taxe du bassin lacustre. A TW., le Lufuko descend des monts de TUrungu. Au SW., le Lofu se jette par une gorge étroite dans la baie de Cameron. L'émissaire du lac, que les premiers explorateurs supposaient devoir être aux extrémités N. ou S., se trouve être dans la partie occidentale : c'est le Lukuga, qui porte au Lualaba, branche du Congo, les eaux du Tanganika. Dans le voisinage de leur sortie du lac sont les iles Kavala, et au S. du promontoire de Kabogo (côte occidentale) les iles du même nom.

(i) CameroD orlbographie : Tanganyika.

L^apparence de la dépression au fond de laquelle s'étend le lac fait supposer qu'elle est due à une action volcanique et à des commotions sismiques (i). Déjà Burton, le premier Européen qui ait visité le Tanganika, crut pouvoir émettre celte hypothèse. Hore y a été confirmé par Texpérience d*un séjour de onze années dans cette région, pendant lesquelles les tremblements de terre ont été fréquents, quelquefois si forts que des fissures se sont produites dans le sol : des sources d*eau chaude ont jailli, ainsi que des jets de vapeur et de pétrole; plus fréquemment encore, de sourds grondements indiquent que les foyers souterrains sont toujours en activité. Depuis plusieurs années, on a constaté que la direction des oscillations de ces tremblements de terre est NNW. ou NW.

En août 1880, une secousse d*une violence inaccoutumée ouvrit une fissure de plusieurs kilomètres de longueur et lézarda les murailles d*Ujiji; en octobre 1887, une série de secousses d'une durée de plus de vingt jours furent ressenties dans nie de Kavala et à Ujiji; ces secousses semblaient se produire directement sous les pieds des habitants, sans qu*il y eût d oscillations horizontales.

Pendant longtemps le lac a été le réservoir des eaux de toute la dépression de cette partie du centre de l'Afrique; il y avait équilibre, pense Hore, entre la chute de pluie et Tévaporaiion; puis, la quantité d'eau tombée dépassant févaporation, le lac monta jusqu'au niveau de deux brèches existant dans les chaînes de montagnes qui ferment le bassin, Tune près de Karema à TE., Pautre dans rUrua à VW.; il avait atteint ce niveau è Tépoque du passage de Cameron. Hore ne croit pas que ce phénomène ait pu se produire antérieurement, car il existe tout autour du lac des arbres de haute futaie, en partie submergés alors, dont la croissance sur un terrain sec avait exigé des siècles, et des villages et des cultures aussi submergés par Tcxliausscment du niveau des eaux. A TE., celles*ci s'écoulèrent dans la dépression du Rikwa, appelée tantôt un fleuve, tantôt une lagune ou encore un lac. A l'W., la nature de la barrière opposa une grande résistance, jusqu'à ce que la force énorme de Peau emportât la digue et creusât toujours plus profondément le chenal dans lequel coule le Lukuga. Lorsque Hore arriva au Tanganika en 1878, le lit du Lukuga avait déjà été creusé sur un long parcours; la rivière était un torrent rapide. Le niveau du lac était au moins à 1 mètre plus bas qu'à lepoque de la visite de Cameron. Pendant les onze années suivantes, il a baissé encore de 6 mètres; il s'écoule toujours par le Lukuga, mais beaucoup plus lentement. A l'époque du voyage de Burton, le niveau du lac ne dépassait pas les cultures dont les traces se remarquent entre la zone des arbres et la surface actuelle de l'eau. Durant les quatre ou cinq dernières années du séjour de Hore au Tanganika, l'abaissement a été en moyenne de 0"30 à 0"45 par an.

De forts grains, qui rendent parfois la navigation sur le lac extrêmement périlleuse, éclatent fréquemment. Ils viennent le plus souvent du S., du SE. et

(i) Au sujet des iremblemeuls de terre au lac Tanganika, voyez le Mouvement géographique de 1894, p. â3. (Article de N. Didbrrich.)

du SW.y cl dureni quelquefois deux et trois jours. Aux eliangemenls de saison, de violents coups de vent du N. et du NW. se déclarent et transforment le Tanganika en une mer démontée. Durant ces bourrasques, d'immenses masses nuageuses descendent des sommets des collines qui entourent le lac» et il n*est pas rare de voir se former des trombes en tout point semblables è celles de rOcéan. Hore rapporte n'avoir jamais, au cours de ses longs voyages dans toutes les parties du globe, rencontré de spectacle aussi terrifiant et aussi grandiose que celui qu*offre le ciel au-dessus du Tanganika à ces moments de trouble atmosphérique. Les effets de tonnerre ei d'éclairs sont alors majestueux. Mais, de ces énormes masses nuageuses, il ne tombe que peu d'eau sur le lac. La plus grande partie de la vapeur qu'ils contiennent se décharge sur les collines avoisinantes, et de là roule en torrents vers le Tanganika.

Lors d'un de ces terribles orages, Hore observa, pendant quatre heures de suite, le phénomène du feu Saint-Ëlme à l'extrémité du mât de son bateau.

Les mois les plus chauds de l'année sont novembre et février; le plus froid est Juillet. L*année peut se diviser en deux parties égales : la saison des pluies, qui commence avec violence vers la fîn d'octobre et dure jusqu'en mai, et la saison sèche, qui se termine en octobre.

Le matin, à 8 heures, la température est de 20 à U"" à Tombre; à midi, elle monte de 25 à Z^% pour redescendre le soir à 21 ou 23*. Les deux ou trois heures qui précèdent le lever du soleil sont les plus fraîches.

A Ujiji, à Tintérieur d*une maison, Hore observa un maximum de 28<^3. En juillet, la température oscilla entre 24*4 et 26''1.

A l'air libre, un minimum de 1 4*4 fut constaté.

A Kavala, dans une maison de construction très légère, les extrêmes furent de 50*0 et lî{«6.

En 1879 et 1880, l'approche de la saison des pluies fut nettement indiquée par une plus grande différence entre les indications des thermomètres sec et humide du psychromètre, fait qui se reproduit chaque année au moment de l'arrivée des premières pluies.

La quantité annuelle de pluie est d'environ 700"*"*; mais les saisons pluvieuses varient extrêmement d'une année à Taulre.

En 1879, il est tombé à Ujiji, sur la rive orientale, 757°'"' d'eau, et de novembre 1879 à octobre 1880, 695'""'. A Tile de Kavala, à l'ouest du lac, les précipitations sont beaucoup plus abondantes : en 1886, on mesura 1323"*"; en 1887, {338»«- et pour la saison des pluies de 1888, un total qui promettait pour Tannée entière 1475"*"* environ. Ces nombres sont presque doubles de ceux d*Ujiji.

Le niveau du lac comme sa superficie varient en conséquence de la répartition inégale des pluies suivant les années. Hore a trouvé, d*après un indicateur de niveau établi à Ujiji, qu'entre mars 1879 et août 1880 les eaux avaient baissé de plus de 3 mètres, et tout autour des rives du lac il a vu aussi des signes évidents du retrait des eaux.

Les rives du Tanganika, couvertes d'une riche végétation tropicale et dominées par des montagnes au profil hardi, offrent des sites superbes. La navigation, sauf durant les violentes tempêtes qui s*élèvent brusquement, est des plus facile, les écueils et les bas-fonds étant très peu nombreux. En général, le climat est beaucoup plus salubre dans la région où se trouve le lac que dans les zones côliéres situées sous la même latitude (i).

On doit à des missionnaires français établis dans la région des grands lacs de TAfrique centrale, quelques observations faites en 1880-83, et publiées par les soins de M. A. Aogot dans V Annuaire de la Société météorologique de France (année 1883). Nous résumerons ici celles recueillies à Urundi, sur la côte NE. du Tanganika, et chez les iMassanzes, prés de la côte NW., par le R. P. Moncei.

Observations faites à Urundi.

MOIS

EAU TOMBÉE

DIRECTION DU VENT (l). |

NK.

St

sw.

.NW

Décembre 1880

mm.

Janvier 1S8i

Février

Mars

Avril

Mai(lwau9)

(0 Prise vers 9 lieures du matin.

Des observations de la température n*ont été faites que de décembre à février; elles ont conduit aux résultats suivants :

Maximum MiDÎmom Maximom Minimum

moyen. moyen. Moyenne. absolu absolu.

Décembre 1880 26*1 "20^1 2:i«4 28o2 19«6

Janvier 1881 26,0 21,2 23,6 27.7 19,1

Février (l«r au 20) 27,2 22,0 21,6 29,& 20,6

Un thermomètre exposé au soleil a indiqué : le 9 février 1881, 52° à 1 h. 30 m., 40« à 4 h., 35« à 5 h.; le 17 mars, 54' à midi.

La plus forte pluie en un jour a été de 65"'*"6, le 12 janvier 1881.

La nébulosité à 9 heures du matin a été de 7 en décembre 1880 et

(i) Les renseignements qui précèdent sont tirés du Dictionnaire géographique de Vivien de Saint- Martin et des Proceedinge de la Société de géographie de Londres, année 1889 (articles de Hobk sur leTanganika).

Observatiotis faites chez les Massâmes.

MOIS

TEMPÉRATURE (a).

Max.

moyen.

Min.

moyen.

Moyenne.

Max.

absolu.

MiD.

absolu.

EAU TOMBÉE

Total.

Jours.

Jours demouisl cie0"-5

Juillet (13-di) 4881 Août(M7) . . .

Septembre . . .

Octobre (4 -17; . .

Mars (ii-»i) 4882.

Avril

Mai

Juin

Joillet

Août

Septembre . . .

Octobre . . . .

Novembre. . . .

Décembre. . . .

10) iO) (0)

{a) Thermomètres placés près d'une fenêtre ouverte, dans la maison d'habitation. (1) Nombre de jours où des gouttes sealement sont tombées.

MOIS

DIRECTION DU VEUT (l).

NE

SW

NW,

cs

NOMBRE DE JOURS

JuiUet 1884.

Août. . .

Septembre .

Octobre . .

Mare 4882 .

AvrU. . , Mai . . .

Juin . . .

Juillet . .

Aoftt . . .

Septembre .

Octobre. .

Novembrt .

Déc«aibre .

(I) Prise trois fois par Jour, à 8 h. du matin, 2 b. 40 m. et 9 h. du soir.

Par suite de leur installation à Tintérieur de la case d'habitation, les thermomètres ont dû donner une variation diurne trop faible. Cette variation n^est» en effet, que de 6^3, alors qu'elle devrait atteindre en ce point 10® environ.

La moyenne des maxima et minima journaliers donne une température annuelle qui doit être voisine de 24^7. Réduite au niveau de la mer, cette moyenne devient 29® environ.

L'uniformité thermique est grande, comme dans tout le centre africain. L'époque la plus chaude parait être septembre-octobre (26*5); la moins chaude, décembre, avril et juillet-août (24"0).

Il n'y a pas, dans le pays des Massanzes, de période absolument privée de pluie, comme le montre le tableau de la page précédente. Toutefois, de juin à septembre les précipitations sont rares et peu abondantes. Du 12 mars au 31 décembre 1882 il est tombé 1049"'"' d*eau, ce qui fait supposer un total annuel de 1200'""' au moins, A Kabambare, la hauteur annuelle est comprise entre 1400 et 1500™.

Les observations sont trop peu nombreuses pour déterminer les époques des plus grandes pluies; nous nous bornerons à constater qu'en 1882 avril et décembre ont été particulièrement pluvieux, et par la quantité d'eau recueillie et par le nombre de jours de pluie. Ce nombre, pour l'année entière, ne doit pas être sensiblement inférieur à 150.

La plus forte quantité d*eau recueillie en un jour, a été de 94*^8, le 26 avril 1882.

On observe des orages dons tous les mois.

D'après des observations faites h 8 heures du matin, 2 h. 40 m. et 9 heures du soir, la nébulosité moyenne a été de 5 en mai 1882, 4 en juin, 4 en juillet, 3 en août, 3 en septembre, 4 en octobre, 5 en novembre et 6 en décembre.

Le 6 septembre, TUrundi a été visible, ce qui est très rare pendant la saison sèche.

Durant cette saison, un brouillard quotidien permanent régnait au-dessus du lac.

Les vents de SW. et du S. semblent les plus fréquents; le N. vient ensuite. Les autres directions s'observent très rarement.

Des tremblements de terre ont été ressentis aux dates suivantes : 13 mars 1882, dans la nuit (deux ou trois secousses); le 22 juin, à 10 heures du matin (une secousse); le 6 octobre, à 2 h. 15 m. du soir (légères secousses, de direction E..W.).

Il y a lieu de rapprocher des renseignements météorologiques que nous venons de donner pour le voisinage du Tanganika, ceux qui sont relatifs à Baudouinvilie, Kabambare et M'Towa (voir les notices consacrées à ces stations). On trouvera également, dans le Bulletin de la Société belge de géographie (année 1880, p. 528), le relevé de cinquante et un jours d'observations (10 janvier- 29 février 1880) effectuées à Karema par le capitaine Popelin.

Pendant ces sept semaines» il est tombé 916"^ de pluie (fournis par 16 Jours), le maximum ihermomélrique a été de 56% le minimum de 18*5. Le 18 janvier, la température au soleil s'est élevée à 65*.

Enfln, nous citerons encore les observations de Livingstone recueillies d*août 1868 à mai 1869, entre Kisinga (10* 30' lat. S., 29* long.) et UJiji. Parti de Kisinga le 7 août, le célèbre voyageur gagna le Tanganika en février et arriva à Ujiji le 14 mars, où il séjourna.

Voici les résumés mensuels de ces observations :

Août

Septembre . . .

Octobre. . . .

NoTembre . . .

Décembre . . .

JanTier . . . .

Février . . . .

Mars

ÀTril

Mai

Total. .

Jours de pluie

Vent

lu tombée.

ooD mesurée

d«Bintat.

SE

SE

ii6,6

SE

NW.

tSQA

iH

3iS,9

SE

iOS6.6

iS

Retnarqueê, — La saison chaude commença le 99 août, jour où un orage fut observé.

Il tomba de la grêle le 18 octobre.

De septembre à novembre, les nuages supérieurs marchèrent vers le SW.

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