‹ Le cloîtreChapitre 14 sur 14 · I.IO PRIEUR · texte numérisé non relu

I.IO PRIEUR

Tu m'apparais plus nettement damné Que si l'on te donnait du feu pour sépulture. Jamais le souvenir de ton crime etfrcné Ne calmera ces cris; jamais prière en flamme Ne descendra vers ton etlroi.

Tu es le dernier mort, tu es la dernière âme Pour qui, jamais, avec ferveur et foi, Une messe sera chantée et cette crosse

Il la lève.

Que tu rêvas pouvoir brandir d'un poing viril, Tiens ! Tiens !

Il frappe.

Ta chair la sentira rude et féroce.

Non comme un sceptre ardent, mais comme un bâton vil

DOM BALTHAZAR

Frappez! Frappez! Frappez, mon Père!

LE PRIEUR

Impie! impie! impie!

UX MOINE (s'approchant)

Bourreau du Christ !

UN AUTRE

Voleur de repentir!

UX AUTRE

Braise d'orgueil éteint !

Crachat d'abjection !

UX AUTRE

THEODULE

Bandit! Parricide! Sacrilège!

Il le pousse du pied et le fait retomber, la face contre terre.

LE r'RIEUK

Non ! Non ! Relevez-le et poussez-le dehors, Loin de nos murs et de nos grilles.

Kailleur.

Ne meurt-on pas debout, dans sa famille?

Les moines relèvent Dom Balthazar et le chassent devant eux jusqu'à la porte de l'église qu'ils referment sur lui

à grand bruit.

Et maintenant, qu'à tout jamais, son sort Soit séparé du nôtre et que son crime Tombe sur lui plus lourd que le couteau Des échafauds.

Long silence. Thomas finit par s'avancer vers le Prieur. A ce moment tous les moines, excepté Idesbald et Dom Marc viennent se ranger autour de Thomas.

THOMAS (regardant fi.xement le Prieur)

Mon Père?

LE PRIEUR (après un silence)

Soit !

Désignant la porte que Dom Balthazar vient de franchir.

Puisqu'il abandonna lui-même Son droit ; puisqu'il nia la volonté suprême Qu'il condensait; puisqu'il n'est plus, parmi vous tous. Quelqu'un de ma hauteur ni de ma force, vous,

Désignant Thomas

Soyez du moins celui, auquel le Ciel accorde De disputer ce cloître aux temps inexorables Qui vont venir 1

Le Prieur et tous les moines sortent.

DOM MARC (resté seul, devant le crucifix)

Du plus profond de ta miséricorde.

Seigneur, sois secourable Au frère de mon âme, Balthazar.

Toi seul, tu sais la part Que s'est faite, pour l'avenir Et pour le ciel, son repentir; Seigneur, assiste-le, à l'heure Où les hommes lui sont fureur

Et le monde, supplice et vilenie.

Et ses frères, injure et fange; Seigneur, assiste-le, dans sa rouge agonie Avec tes anges !

Imprimé à Bruxelles, pai- Alex. Berqiieman.

pour Edmond Deman, libraire. Et fut achevé le quinzième jour du mois de novembre mil huit cent et quatre l'iuf^t-di.x neuf.

Verhaeren, Ëraile 2/^59^ Le cloitre

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