‹ Le clospommier drame en cinq actesChapitre 3 sur 88 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

PELAVOIX.

Pas encore, c’est presque spontanément que je viens d’acheter cette charge, devenue vacante par suite du décès de son titulaire. M. Hennebaul se trouvait absent lors de ma première visite, et ce jourd’hui, veille de mon installation solennelle, je n’ai pas encore eu l’honneur de me rencontrer avec lui.

GERVAIS

Ayez pas peur, cet honneur-là ne vous faillira point. Le

E ère Hennebaul ne lardera guère à vous donner de la esogne, allez. L’huissier du pays, c’est comme qui dirait son bras droit.

PELAVOIX.

Ah! ah! il est processif?

GERVAIS

En diable! lui et son fils Pacôme, c'est les deux plus normands de tous les normands de la Normandie. De plus, prêtant à tout un chacun, mais à fort intérêt et sur bonne garantie, s’entend. Pour un seul jour de retard à l’échéance... crac !... aussitôt les fers au feu, comme ils disent. Oh! oh! vous pouvez tailler vos plumes et faire provision de papier marqué. Si l'on mettait à la queue leuleu, tout celui qu’ils ont fait griffonner par votre prédécesseur, il y en aurait jusqu’à Rouen, peut-être même plus loin!

PELAVOIX.

Et dites-moi, très-riches?

GERVAIS

Comme deux Crésus. Ils ontdesécus dans tous les coins, et de la terre dans tous les caillons : Dives, Pont-L’Évêque, Ronfleur, Dozulé...

BLAISOT, qui parait derrière eux pour aller rechercher l'échelle.

C’est là qu’allé respirions!... ah I... Dozulé! ah!...

GERVAIS

Tiens! qu’est-ce qu’il a donc celui-là-?

Faites pas attention... c’est un soupir, à propos d’un souvenir.

PELAVOIX.

Un souvenir de quoi?

Le souvenir de Margot... une belle et bonne jeunesse, la plus lourde et la plus rouge de tout Dozulé, d’où ce que nous sommes nés natifs tous les deusses. Elevés porte à porte, un

4 LE CLOS-POMMIEH

lanlinel cousine el cousin, ensembleinent nous avons grandi, ensemblement nous avons gamine, fané, moissonné, cueilli les pommes, brassé, dansé... Toujours Margot et Blaisoll partout Blaisot et Margot... Bref, nous nous aimons ben,. Margot et moi... moi et Margot... voila.

GERVAIS

Après?

Vous m’avez débauché, mon parrain ; je suis venu chez vous par ambition... croyant y trouver la fortune... qui ne m’arrive guère .. el je languis de revoir Margot, de respirer le même air qu’elle, d’en recevoir el de lui donner des grands coups de poing dans le dos... Oh ! des coups de poing dans le dos c’est ça une douceur...

GERVAIS

Allons... c’est assez... laisse-nous, imbécile...

BLAISOT, s’cn allant arec son échelle.

Imbécile... soit... mais c’te séparauon-là ne peut plus durer, voyez-vous; faut que je retourne là-bas, ou quelle vienne ici... Taut que nous nous retrouvions ensemblerngnt, comme deux pigeons du même colombier... sans quoi de quoi j’en mourrai... et elle aussi pareillement, j’en suis ben certain... n’est-ce pas, Margot, ma pauvre Margot... Ah!

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