‹ Le clospommier drame en cinq actesChapitre 7 sur 88 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

PELA VOIX, avec plus d'assurance.

C’est sous cet illustre maître que j’ai complété l’apprentissage de mon futur ministère, et je puis l'affirmer avec un légitime orgueil, personne ne pourrait m’en remontrer, tant sous le rapport du code que relativement à la coutume normande. Ah ! mais non 1

HENNEBAUT.

Tout ça c’est parfait pour une grande ville... mais dans un petit pays comme le nôtre, il faut autre chose encore...

PELA VOIX

Quoi donc, monsieur?

HENNEBAUT.

D’abord, être des plus ingambes, afin de porter soi-même ses actes à droite, à gauche, dans les hameaux, dans les fermes, et vivement. Etes-vous vif?

PELAVOIX, montrant ses jambes.

Mais je crois que...

HENNEBAUT.

Oui, quant aux jarrets, ça m’a l’air satisfaisant, mais c’est pas tout encore... pour être un bon vuissier, y faut de la tête... pas de cœur... et de la poigne.

PELAVOIX.

Ah! bah!

C’est comme j’ai celui de vous le dire. Les mauvais payeurs, de cécôlé-ci, ne sont point commodes et ne ménagent guère les vuissier s. Il y en a'd’aucuns qui les menacent, d’aucuns qui les tarabustent et même parfois d’aucuns qui les assomment. Ah! dame... ça s’est vu. Faul-être nerveux. Êtes-vous nerveux?

PELAVOIX.

Excessivement nerveux. Mellez-moi à l’épreuve, et...

HENNEBAUT.

Rien dit ça! c’est avec du caractère et delà volonté qu’on fait son chemin. Moi. qui vous parle, jeune homme, je n’ai pas toujours été riche, mais j'étais laborieux, économe, tenace, inflexible, et quand un nouveau lopin de terre me faisait envie, je ne le perdais pas des yeux, je le guettais, je le guignais, je le traquais, je le voulais, et je l’avais. C’est ainsi qu’on arrive.

LE CLOS- POMMIER

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