‹ Le cocher de Napoléon; vaudeville anecdote en un acteChapitre 8 sur 16 · LANDAU , UN JEUNE OFFICIER · texte numérisé non relu

LANDAU , UN JEUNE OFFICIER

l'opftcier , entrant par le fond.

Allons 5 je me suis égaré.

LANDAU, arrangeant sa pipe, Germaia Landau , ta pipe du matin aura un viiiiiu goût.

l'officier.

J'nurais dû me faire accompagner. Ah ! voilà un brave homme qui m'indiquera sans doute mon chemin. (^A Landau. ) Monsieur, suis-je loin du château?

LANDAU

A deux pas.. . vous le voyez d'ici.. . par cette rue.

Ah ! merci ... ( // remonte et regarde. )

LANDAU , secouant sa pipe.

Fallait-il que je devinsse si vieux pour être à charge à mes amis !

l'officier , refrénant à Landau.

Je me croyais plus éloigné.

LANDAU, soupirant, sans faire attention à l'officier. Ah! il serait temps que le vieux faucheur me prit dans sa grande calèche , et puis: fouette , cocher, à la Grâce de Dieu !

l'officier, gui l'a regardé.

Ce bon vieillard a Fair bien affligé... Je n'aime pas à voir la vieillesse sonflfrante... ( Comme prenant une résolution, ) Mon vieux papa , ne me ferez-vous pas le plaisir de boire un verre de bière avec moi?

( // lui indique la table du cafc et va lui-même s'asseoir. )

LANDAU , de sa place.

Grand merci, mon officier.

l'officier.

Vous paraissez triste ; un moment de conversation vous distraira.

LANDAU , se leuant.

Ça me rendra-t-ll le cœur tranquille?

l'officier.

Ah ! pour cela , il ne faut qu'une bonne conscience.

LANDAU , s' approchant de \' officier.

Vous êtes fatigué! vous faites un rude métier.

l'officier.

Quelquefois !

Mais vous êtes bien payé , et le pain bien gagné n'a que

xneillenr goût. . . Où est le temps où Je ne me plaignais pas du travail en louchant mes honoraires chez le trésorier de l'empereur Napoléon ?

l'officier , se levant et allant à Landau* De l'empeur Napoléon! Vous êtes Français?

LANDAU

Je m'en fais honneur !

l'officier.

Vous avez servi Napoléon?

LANDAU

Avec zèle , fidélité , dévouement.

l'officier.

.Vous ! . . .

LANDAU

Et Je puis le dire , Je lui ai donné des preuves d'attachement. . . Au trois nivôse , à l'affaire de la machine infernale , c'est à mon courage , à ma présence d'esprit qu'il dût la vie.

l'officier, avec émotion, A vous ? . . . "Votre main , mon brave !

LANDAU

Vous êtes Autrichien. . . quel intérêt prenez-vous?. . . l'officier.

Oh ! le plus grand !. . . Croyez bien que ce n'est pas sans émotion, sans respect que j'entends le nom de Napoléon... Quel homme 3 quelle destinée !

Air de Bélisaire.

II vit ramper devant ses pies.

Ces rois , si grands dans son absence ,

Et sur les trônes foudroyés

U fil planer l'aigle de France.

Tant qu'il put , d'un nouvel essor ,

Menacer l'Europe incertaine ,

Il les fesait trembler encor

Sous le saule de Sainte-Hélène.

Vous , dont il fit couler les pleurs , Mères qui maudissiez sa gloire , N'a-t-il pas, par tant de malheurs.

Absous d'avance sa mémoire?

Ah ! qu'il puisse enfin reposer , Pour les morts il n'est plus de haine... Pourrict-vous encor l'accuser Sous le saule de Saintc-HéBbne?

LANDAU , ému.

Bien, jeune homme !. . . "Vods en parlez avec l'âme et la sensiblitë d'un vieux grenadier de Marengo ou d'Austerlilz... et c'est assez singulier dans ce pays-ci... Ce n'est pas l'embarras , tout est singulier dans ce monde ! Moi, par exemple, qui vous parle, n^est-il pas étonnant de me voir rele'gué , pauvre, mise'rable , dans un coin de l'Autriche, après avoir tenu pendant quinze ans le haut du pavé à Paris?

l'officier , étonné.

Ah ]. . . ( A part. ) Encore une victime des réactions!

Ehl mon dieu ! oui... l'on tremblait, l'on se rangeait devant moi.

l'officier, à part, Quelqu'homme d'Etat!

LANDAU

Et cependant je n'ai pas fait un malheur} personne n'a en à se plaindre de moi.

l'officier.

Ce ne pent pas être un ministre . . . Vous occupiez donc un poste élevé?

LANDAU

J' crois bien.

j4ir de Taconnet.

J'puis l'dir' tout haut sans qu'on m'ta\e d'insolence.

De mes talens à la cour on f'sait cas ,

Et l'on comptait si bien sur ma prudence ,

Qu'on ne pouvait sans moi faire un seul pas. {bis )

D'un coup d'œil sûr, d'une main protectrice ,

On me voyait, intre'pide nocher ,

Au gouvernail , ferme comme un rocher ,

Les mener tous, i'erap'reur, l'impératrice,...

En qualité de leur premier cocher !

l'officier, souriant.

Ah ! je comprends maintenant... Comment vous êtes ce serviteur fidèle dont j'ai tant entendu parler, pour qui l'empereur avait une affection toute particulière. . .

Et oui, Germain dit Landau , qui l'a suivi partout... excepté. . .

l'officier, avec wi regard de mépris.

Excepté dans l'exil.

LANDAU , avec chaleur.

C'est qae je n'ai pas pu faire autrement.

AIR : y] soixante ans.

/ Alors, hélas! un' fatale blessure ,

Tout c'qui passait nie le fit ignorer.

Que n'étais-je là 1... je le jure , Rien n'aurait pu de lui me séparer.

Quoique bien sûr d'u'avoir pas de mécompte. Pour obtenir, ou largesse ou faveur , Je n'ai jamais prié mon empereur !...

J'aurais prié ses ennemis , sans honte, Pour obtenir d'partager son malheur !

l'officier, à part.

Brave servitenr ! son attachement me touche jusqu'aux larmes... ( Haut. ) Et vous êtes maintenant dans le besoin?

LANDAU

Je n'ai rien au monde.

l'officier.

Vous aviez droit à une pension?

LANDAU

Mon maître n'y était plus , je n'ai rien demandé.

l'officier.

"Vous avez eu tort. ; .

Sans doute , ce n'est pas pour moi que je me plains. . . mais c'est, . .

l'officier.

Comment, vous n'êtes pas seul, et vous avez hésité à faire des démarches ? . . .

LANDAU, fièrement.

Hein? qui vous a donné le droit de m'interroger ? . . . Etes-vous mon ami, pour vouloir connaître mes chagrins?

l'officier.

Vous avez raison, une curiosité stérile est un tort... mais, si je ne puis rien pour adoucir vos maux , permettezmoi de vous donner un conseil.

LANDAU

Je ne puis pas vous en empêcher.

l'officier.

Allez trouver le duc de Reichstadt.

LANDAU

Le fils de Napoléon! de mon m.iître?. . ."

l'officier.

Oui.

LANDAtr.

Je ne l'ai jamais tu , et je serais heureux. . . Il est Boa, 1' conseil... c'est dommage qu'il soit inexécutable. Comment voulez - vous qu'un vieux goutteux , sans argent, se rende à Vienne ?

l'officier.

Le duc est ici.

Dans cette ville?

l'officier.

Oui.

LANDAU

Comment le savez-vous?

l'officier.

Je suis attache à sa personne; il va dans peu passer en revue son régiment, qui est en garnison dans cette ville.. . Allez au château.

LANDAU, hfjec enthousiasme.

Voir le fils de mon empereur I

l'officier.

Je vous garantis qu'il accueillera bien un vieux serviteur de son père.

LANDAU

Je le crois aussi. . , mais je n' pourrai pas l'approcher.

l'officier.

Je serai là , et je me charge de vous faire trouTer face à face avec lui.

LANDAU

Vous!

l'officier.

Moi!

landau.

Eh bien! oui, j'irai, et tout de suite, encore ! Allons , en mouvement, mes vieilles jambes ; après ça , peut - être , vous laisserai-je en repos long-temps. Mais diable ! qu'estce que je vais lui dire?. . . bah! ça viendra tout seul; s'il

a l'air aussi bon qne son père, ça me déliera la langue... Merci , mou officier, c'est mon boa ange qui vous a envoyé

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