LE COUDE CATHOLIQUE
la table. Ils sont rares ceux qui réfléchissent, en mangeant une pomme de terre, que sa formation a coûté autant de travail, ou qui pensent à remercier Dieu de sa bonté. La pomme de terre n'est pas le seul aliment qui constitue la nourriture de l'homme, et cependant il en est de même de tous les autres. Les mines de charbon qui nous fournissent ce combustible, indispen
sable en certains pays, les sources de pétrole qui nous procurent un mode d'éclairage aussi avantageux qu’économique, existent dans les entrailles de la terre depuis des centaines d’années. Dieu a créé tout ce qui est à notre usage, parce qu’il a prévu et savait que nous en aurions besoin. De plus, il nous protège contre Îles dangers ; il nous parle et nous dirige par la voix de notre conscience et par les ministres de son Eglise, les évêques et les prêtres. Il a auss: beaucoup d'amour pour nous, comme le prouvent ses bienfaits sans nombre, et son infinie miséricorde qui ne 8e lasse jamais de nous pardonner nos infidélités. Il distribue à chacun de nous une part de ses biens. Il a doué l’homme d’une intelligence et d’une volonté libre. Il lui a donné l’immortalité, c’est-à-dire que l’homme existera aussi longtemps que Dieu lui-même, et par conséquent ne cessera jamais d’exister. Puis, quand Notre-$Seigneur est mort sur la croix, il nous a laissé ses richesses infinies, c’est-à-dire ses grâces et ses mérites, les sacrements et le ciel luimême. Dieu est donc bien réellement notre Père, et dans un sens beaucoup plus réel que ne le sont nos pères naturels, qui e peuvent nous Te ti que ce qu'ils ont eux-mêmes reçu de
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De tout temps, Dieu a bien été reconnu comme le Père de la nature, Les païens euxmêmes faisaient grand usage de ce titre ; mais avant la venue de Jésus-Christ nul homme n'avait osé donner à Dieu le nom de Père, lorsqu'il lui parlait en qualité de sappliant. Le Prophète royal lui disait souvent : O Dieu, venez à mon secours ; mais il ne lui disait jamais : Mon Père ou Notre Père. On craignait Dieu plus qu’on ne l’aimaït. On le regardait comme un roi terrible, et le Juif semblait toujours sous l’impression de la crainte que lui avaient inspirée le déluge, la ruine de Sodome et le tonnerre du Sinaï. I] l'appelait Jéhovah et craignait même quelquefois de prononcer son nom. Mais Notre-Seisneur Jésus-Christ nous a enseigné que si Dicu est le Roi des rois, le Maître de l'univers et le Seigneur de toutes choses, il est en même temps un Père bon et miséricordieux, qui désire que ses enfants évitent de l’offenser, par amour plutôt que par crainte. C’est pourquoi il a enseigné à ses disciples et à tous les chrétiens de donner à Dieu le doux nom de Père.
Qui êtes aux cieux Le catéchisme dit que Dieu est partout ; pourquoi donc disons-nous dans l'Oraison dominicale : Qui êtes aux cieux, comme s'il n'était nulle part ailleurs ? Nous nous exprimons ainsi pour nous rappeler : 1° que le ciel est notre véritable demeure, et que le monde actuel est seulement une terre étrangère que nous devons quitter après un certain nombre d'années, après avoir rempli la mission que Dieu nous a assignée ; 2° que dans le ciel nous ver-
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est le lieu où Dieu sera pendant toute l'éternité.
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Que votre nom soit sancifié. Cela veut dire : Seigneur, nous désirons que votre nom soit connu, honoré et servi par nous et par tous les hommes, et recoive sur la terre une gloire et des hommages, sinon égaux, du moins semblables à ceux que le Ciel lui rend.
Que votre règne arrive. C’est comme si nous di“ions : Que Dieu règne par sa grâce sur nos cœurs et sur les cœurs de tous les hommes ; que tous les hommes puissent obtenir le salut éternel, et arriver ainsi à régner pour toujours avec Dieu dans le ciel, qui est le royaume de sa gloire. Comme l'Eglise militante est fréquemment appelée le royaume de Jésus-Christ, et qu’elle a pour mission de sauver les âmes, nous demandons en même temps que ce royaume s'étende, fleurisse et se fortifie, que la vraie religion soit établie par toute la terre, que tous les hommes connaissent, servent le vrai Dieu, observent fidèlement ses lois, et qu'ils ne soient pas les esclaves du démon. Lorsque nous prononçons ces paroles nous devons penser de plus aux intérêts particuliers de l'Eglise, et prier pour les œuvres des missionnaires, pour que les ouvriers de la vigne du Seigneur soient toujours en nombre plus que suffisant, et pour le triomphe de la vraie religion.
Que votre volonté soît faite sur la terre comme au ciel. Comme les anges et les saints dans le cie! obéissent à Dieu d’une manière parfaiteet ne l’offensent jamais, nous demandons qu’il en soit de même sur la terre, et que tous les hommes fassent la volonté de Dieu, observent ses lois et celles de son Eglise, vivent sans péché, soient résignés à tous les maux de cette vie, et huin-
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DE L'’ORAISON DOMINICALE. b19
blement soumise à toutes les dispositions de la divine Providence.
Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien. Le mot pair signifie ici, non seulement les choses nécessaires pour la vie du corps, telles que la pourriture, le vêtement, la lumière, la chaleur, l'air, etc., muis aussi ce qui est nécessaire pour la vie de l’âme, c’est-à-dire la grâce. Nous disons : donnez-nous et non pas: donnez-moi, parce que nous demandons pour tous nos frères, et que nous devons partager avec eux notre superflu. Nous ajoutons: aujourd'hui, parce que nous ne sommes pas sûrs du lendemain, et que nous ne devons pas nous en inquiéter, ce qui serait manquer de confiance dans ia divine Providence. Enfin, nous nous contentons de demunder notre pain quotidien, c'est-à-dire que nous bornons nos désirs à cette mesure modeste qui suffit pour un jour. Chaque jour de leur vie, riches et pauvres doivent renouveler la même prière, car où est l’homme qui puisse se vanter de ne point dépendre de Dieu à chaque instant de son existence ?
Et pardunnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Nous commençons dans cette demande par supplier Dieu de nous pardonner nos péchés, et nous ajoutons: comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Ces deruières paroles présentent deu.: sens ; car elles expriment une comparaison aussi bien qu'une condition. En premier lieu, c’est comme si nous disions : Seigneur, de même que je pardonne aux autres les offenses qu’ils me font, de même je vous prie de me pardonner mes péchés. En second lieu, demander à Dieu qu'il nous
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pardonne comme nous pardonnons, c’est consentir À ce qu’il ne nous pardonne pas, si nous ne pardonnons pas nous-mêmes. C’est en ce sens que Notre-Seigneur a dit dans l'Evangile: Si vous pardonnez aux hommes leurs torts envers vous, votre Père céleste vous pardonnera aussi les vôtres envers lui; mais si vous ne pardonnez pas aux autres, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos péchés. (1).
‘Quoi! dit saint Grégoire de Nysse, vous voulez que Dieu annule la cédule de condamnation portée contre vous, et qu’il vous remette ce que vous lui devez; et vous, vous prenez à la gorge votre débiteur, vous comptez avec grand soin tout ce qu’il vous doit, vous êtes inexorabhle sur tout moyen de conciliation, vous en usez envers lui en toute rigueur ; et vous voilà, vous, aux pieds de Dieu, lui demandant que votre dette vous soit remise ! Non, votre prière ne saurait être exaucée, elle est étouffée par les cris de votre victime.”
Et ne nous induisez point en tentation. La tentition n’est pas un péché, puisqu'il ne dépend pas de nous de ne pas être tentés ; elle est seulement une sollicitation au mal, un mouvement intérieur qui nous porte au péché, et qui provient du démon, du monde, ou de la corruption de rotre nature. Ainsi, il nous vient en pensée de faiie un acte défendu, de voler, de nous venger. de nous procurer un plaisir déshonnête; voilà la tentation. C'est le consentement seul qui rend coupable devant Dieu; et loin d’être un péché, si l’on n’y consent pas, la tentation a l'avantage
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d’éprouver la vertu, de nous préserver de l’orgueil, de nous empêcher de nous endormir dans une funeste sécurité, et de nous faire mériter une couronne plus biillante et une récomvense plus grande par les victoires qu’elle nous donne occasion de remporter. C'est pourquoi nous ne demandons pas à Dieu de nous délivrer absolument de toute tentation ; car la vie de l’homme, tant qu'il est sur la terre, est un combat continuel ; nous le supplions seulement de ne pas permettre que nous succombions à la tentation, de nous faire la grâce de la surmonter; et de nous préserver, par sa miséricorde, de ces redoutables tentations qui ébranlent et renversent quelquefois les âmes les plus intrépides. Bien que la tentation ne soit pas un péché et nous procure cerlains avantages si nous ” résistons, nous pècherions cependant en la recherchant.
Muis délivrez-nous du mal. Ces mots sont comme le complément de l’Oraison Dominicale, et la récapitulation de toutes les autres demandes. Car, prier Dieu qu’il nous délivre du mal, c’est lui demander à la fois qu’il nous délivre du péché, des châtiments temporels et éternels dûs à nos péchés, des maux spirituels et temporels, et, en général, de tout ce qui est de nature à nous éloigner du salut. Par ce mot mal, nous désignons tout ce qui peut nuire à notre âme et à notre corps, tout ce qui peut faire notre malheur en ce monde ou en l’autre, et nous en demandons instamment à Dieu la déli-
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Ainsi soit-il. Ce mot est comme la conclusion de tout ce que nous venons de demander à Dieu,
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