CHAPITRE ONZIÈME
De l'Eglise.
Avant de parler de l'Eglise, nous allons donner un historique de la vraie religion avant la venue de Notre-Seigneur.
Adam fut créé, comme nous le savons, dans un état de sainteté et de bonheur. Dieu communiquait librement avec lui, et il connaissait Dieu bien mieux que nous le connaissons nousmêmes. Mais après leur désobéissance, nos premiers parents perdirent l'amitié de Dieu. Caïn, un des enfants d'Adam, tua son frère Abel, et â cause de ce meurtre, Dieu le maudit ainsi que sa postérité, et ses descendants devinrent méchants. (1)
Les autres enfants d'Adam demeurèrent fidèles à Dieu aussi longtemps qu'ils restèrent éloignés des enfants de Caïn ; mais du moment qu'ils eurent des relations et consentirent à contracter des mariages avec eux, ils commencèrent à oublier Dieu, et devinrent bientôt aussi méchants qu'eux. Ceci doit nous apprendre à fuir les mauvaises compagnies, car il y a toujours plus de probabilité que les bons deviendront
(l) Genèse, iv, n.
mauvais avec les méchants, que les méchants ne se convertiront au contact des bons. On connaît le vieux dicton : Dis-moi qui tu hantes, et je te dirai qui tu es.
Après le Déluge Noé et sa famille se fixèrent de nouveau sur la terre, et leurs descendants demeurèrent pendant quelque temps fidèles à Dieu ; mais plus tard, ils devinrent méchants eux aussi et entreprirent la construction d'une tour qui, dans leur pensée devait atteindre le ciel. (2) Ils s'imaginaient peut-être, que dans le cas où il y aurait un second déluge, ils pourraient chercher un refuge dans cette tour. Mais leur orgueilleux dessein déplut à Dieu qui les empêcha de terminer cette tour en confondant leur langage ; de sorte qu'ils ne pouvaient plus se comprendre les uns les autres. Ceux qui parlaient la même langue s'en allèrent vivre ensemble dans une même contrée, et c'est ainsi que la race humaine se dispersa sur toute la terre et que les différentes nations eurent différents langages.
Au bout d'un certain temps, ils perdirent tous la connaissance du vrai Dieu, et commencèrent à adorer les idoles. Dieu qui ne voulait pas que la race humaine vint à l'oublier, choisit Abraham pour être le père d'un peuple privilégié qui conserverait toujours son culte. Il le fit sortir de son pays, lui fit de grandes promesses, et lui renouvela celle d'un Rédempteur, qui avait déjà été faite à Adam et Eve. Après la mort d'Abraham, Dieu suscita des prophètes qui faisaient connaître au peuple sa volonté sainte, qui le reprenaient de ses égarements, l'avertissaient du
(2) Genève, xi
de l'église. 229
châtiment qu'il en recevrait, et qui lui rappelaient les promesses du futur Messie. Les prophètes étaient des hommes inspirés de Dieu, qui prédisaient l'avenir. Ils annonçaient des choses qui ne sont arrivées souvent que des centaines d'années après leur mort. Quelquefois, les hommes d'Elat peuvent prévoir qu'une guerre éclatera dans un pays à un moment donné ; ils ne sont pas prophètes pour cela, car ils ne font qu'énoncer des probabilités basées sur certains faits naturels, et très souvent ce qu'ils ont prédit n'arrive pas. Le vrai prophète est celui qui prédit des choses qu'il ne peut connaître que par l'inspiration de Dieu. Les diseurs de bonne aventure ne sont pas non plus des prophètes, mais de vulgaires charlatans qui, pour de l'argent, débitent des mensonges ou font des conjectures sur l'avenir. Nous verrons ailleurs que c'est un grand péché d'aller les interroger, ou d'ajouter foi à ce qu'ils disent.
Au temps promis et annoncé par les prophètes, Dieu envoya son Fils, — Notre-Seigneur, — pour racheter le monde et sauver les hommes. Il vint pour sauver tous les hommes, et cependant il ne demeura sur la terre que trente-trois ans. Il est aisé de comprendre que par sa mort il pouvait sauver tous ceux qui avaient vécu avant lui; mais comment seraient sauvés ceux qui viendraient après lui jusqu'à la fin du monde? Comment sa grâce leur serait-elle donnée? Comment le connaîtraient-ils ou connaîtraient-ils ses enseignements ? Tout cela devait être accompli par son Eglise.
t 129.— Où se trouvent les moyens
donnés aux hommes pour participer aux fruits de la Rédemption ?
—Les moyens donnés aux hommes pour participer aux fruits de la Rédemption sont l'Eglise et les sacrements.
Notre-Seigneur a institué PEglise pour continuer à faire ce qu'il a fait lui-même sur la terre : instruire les ignorants, visiter les malades, secourir les pauvres, pardonner les péchés, etc. Il a commandé à tous les hommes d'écouter les enseignements de l'Eglise comme ils l'écou* teraient lui-même.
Supposons maintenant que quelqu'un veuille établir une fausse Eglise, prétendant que c'est la véritable Eglise du Christ, comment ferait-on pour reconnaître la véritable Eglise?
Lorsqu'un homme invente quelque chose, comment s'y prend-il pour que les acheteurs reconnaissent le véritable objet inventé, une plume, par exemple ? Il imprime sa marque de commerce sur cet objet. La marque de commerce est un signe certain qui indique que l'objet qui en est revêtu n'est point un objet falsifié ; et si d'autres emploient cette marque de commerce pour des articles d'imitation, ils se rendent passibles d'une pénalité infligée par la loi. Eh bien ! Notre-Seigneur a fait la même chose. Il a donné à son Eglise quatre marques ou notes caractéristiques pour la distinguer de toutes les fausses Eglises. Il a dit : mon Eglise sera Une; elle sera Sainte; elle sera Catholique; elle sera Apostolique; et si une Eglise quelconque n'est pas revêtue de ces quatre marques, vous pouvez être sûrs qu'elle