Quand l'enseignement de l'Eglise est-il infaillible
—L'enseignement de l'Eglise est infaillible quand le Pape avec les évêques, ou le Pape seul s'adressant à tous les fidèles, définit et proclame une doctrine de foi ou de morale.
Mais comment saurons-nous que le Pape, qui parle si souvent aux différentes nations du monde, le fait ex cathedra ? Pour parler ex cathedra ou d'une manière infaillible, trois conditions sont requises :
1° Il doit parler comme chef de l'Eglise universelle, et non comme personne privée ; et employer certaines formes d'expressions qui font comprendre qu'il parle ex cathedra ;
2° Il doit parler pour toute l'Eglise ; c'est-àdire pour tous les fidèles, et non pas seulement pour tel ou tel pays en particulier;
3° Il doit parler sur des matières de foi ou de morale ; c'est-à-dire que lorsque le Pape dit aux fidèles qu'ils doivent croire telle ou telle chose comme faisant partie du dépôt de la foi, ou que telle autre chose est un péché, ils doivent croire ce qu'il déclare être de foi et éviter de faire ce qu'il leur dit être un péché. Il ne peut se tromper dans cet ordre de choses. Il ne pourrait pas dire que Notre-Seigneur nous a enseigné de croire telle ou telle chose, si Notre-Seigneur ne l'avait pas enseigné, parce que celui-ci a promis de toujours rester avec son Eglise, et de lui envoyer le Saint-Esprit pour lui enseigner toute vérité et demeurer avec elle jusqu'à la fin des temps. Si donc l'Eglise pouvait se tromper dans l'enseignement de la foi et de la morale, le Saint-Esprit ne serait pas avec elle, et Notre- Seigneur nous aurait trompés, conclusion qui serait un blasphème. Mais ne l'oublions pas, le Pape n'est infaillible qu'en matière de foi ou de morale ; c'est-à-dire lorsqu'il nous enseigne ce que nous devons croire ou faire pour sauver nos âmes. Si le Souverain Pontife écrivait un traité d'astronomie, de mathématiques, ou même de théologie, il pourrait faire des erreurs comme les autres hommes, parce que le Saint-Esprit n'a pas promis de le guider en semblable matière.
Néanmoins, quelque soit le sujet sur leque)
portent les enseignements du Pape, on peut être sûr qu'ils sont corrects. Presque toujours, le Pape est un homme très instruit et d'une grande expérience. Il est entouré, à Rome, des plus grands savants, parfaitement renseigné sur ce qui se passe dans toutes les parties du monde, et l'on peut dire sans exagération qu'il a ainsi l'expérience du monde entier. Les autres gouvernants n'ont pas besoin de savoir tout ce que sait le Saint Père, parce qu'ils n'ont pas à gouverner le monde entier, mais seulement leur propre pays. De plus, aucun gouvernement dans le monde entier n'est aussi ancien que celui de l'Eglise ; aucune nation ne peut montrer une suite de gouvernants qui se sont succédé aussi longtemps sans interruption ; et nous pouvons dire ainsi que le Pape possède l'expérience de tous ses prédécesseurs, depuis saint Pierre jusqu'à Léon XIIT, actuellement régnant, savoir : deux cent soixante-trois Papes.
Toutes ces considérations devraient donc nous inspirer le plus grand respect pour les opinions émises par le Saint Père, sur quelque sujet que ce soit. Par conséquent, nous devrions toujours accueillir avec empressement les opinions et l'avis du Souverain Pontife sur n'importe quel sujet, ne jamais opposer nos connaissances bornées à son expérience et à sa science, même lorsque nous nous pensons mieux renseignés que lui sur certains événements religieux, politiques ou autres qui se passent dans notre pays. Le Saint Père connaît l'histoire des peuples anciens ; il connaît la nature humaine ; il sait que, les circonstances étant les mêmes, ce qui s'est passé chez un peuple peut se répéter et se répète
souvent chez un autre peuple. Le Saint Père a donc plus de clairvoyance et de pénétration que nous, et nous devrions le remercier lorsqu'il nous met en garde contre certains dangers en matière politique ou autre, Il ne nous enseigne pas la politique ; mais comme toute chose que nous faisons est bonne ou mauvaise, les hommes d'Etat et les politiciens doivent examiner si les actes qu'ils veulent faire sont bons ou mauvais, justes ou injustes. C'est le devoir du Saint Père de se prononcer contre les actes mauvais ou injustes des individus et des nations, et c'est pour cela qu'il paraît quelquefois intervenir dans les affaires politiques, lorsque réellement il ne fait que donner un enseignement moral. Quelque fois aussi. Ips gouvernements essaient de dépouiller l'Eglise ou le Saint Père de ses droits, et lorsqu'il se défend et proteste contre de telles injustices, ses ennemis l'accusent d'intervention dans les affaires politiques.
On comprend maintenant en quoi consiste l'infaillibilité de l'Eglise, et qu'elle ne signifie pas, comme le disent les adversaires de ce dogme, que le Pape ne peut pécher et ne peut se tromper en rien. Le Pape peut pécher comme tout autre : il pourrait même, s'il le voulait, être un homme vicieux et attirer la colère de Dieu sur sa tête par ses péchés. Ne pourrait-il pas s'impatienter, négliger complètement ses prières ou prier avec des distractions coupables ; ne pourrait-il pas être orgueilleux, avare etc ? Certainement. Or, toutes ces choses sont des péchés. Il peut donc pécher, et, par suite, il doit aller à confesse comme nous et demander pardon. Nous devons donc nous rappeler ceci : que le pape
agisse bien ou mal dans sa vie privée, il doit toujours enseigner la vérité quand il parle ex cathedra, parce que le Saint-Esprit le guide et ne lui permettrait pas de se tromper en matière de foi ou de morale.
Nous avons vu de quelle manière les gouvernements empiètent sui les droits du Souverain Pontife. Ce sont ces empiétements qui rendent nécessaire le pouvoir temporel des Papes, afin que ceux-ci puissent rester indépendants de tous les gouvernements.
Mais que faut-il entendre par le pouvoir temporel des Papes ?
Il faut entendre par là que le Pape devrait posséder une ville ou un territoire qui n'appartînt à aucun gouvernement et dont il serait, seul, le chef et le roi. Jusqu'en 1870 le Pape a possédé des Eîtats qu'on appelait Etats Pontificaux, et le pouvoir qu'il avait sur ces Etats, — comme le pouvoir de tout autre roi, — était appelé pouvoir temporel.
Comment avait-il acquis ces Etats et comment les a-t-il perdu3 ?
Il les avait acquis de la manière la plus légitime, et il en jouissait depuis environ mille ans.
Il y a de cela plusieurs siècles, le peuple de Rome et les pa}'s voisins choisirent le Pape pour leur roi. Il était déjà leur chef spirituel, et ils en firent de plus leur chef temporel. Le Pape alors les protégea et les gouverna comme font les autres rois. Plus tard, des rois et des princes y ajoutèrent d'autre3 domaines, et peu à peu les possessions du Pape devinrent assez considérables.
Comment a-t-il perdu ces possessions?
Le gouvernement italien les lui a enlevées de la manière la plus inique. En outre, il a dépouillé l'Eglise d'une foule d'autres propriétés qui lui avaient été données par des fidèles. Nul monarque au monde n'avait de réclamation plus équitable ou de droits plus certains que ceux du Saint Père à la possession de ses Etats ; et cependant il s'est trouvé un gouvernement qui les lui a volés comme ferait un voleur vulgaire qui profiterait de notre impuissance à nous défendre, pour nous enlever par violence ce que d'autres nous ont légitimement donné.
Le pouvoir temporel est-il nécessaire au Saint Père ?
Oui, le Saint Père a besoin d'un certain pouvoir temporel. Il doit être libre et indépendant dans le gouvernement de l'Eglise. Il doit être libre de parler, comme il l'entend, aux catholiques du monde entier, et libre aussi d'écouter ce qu'ils ont à lui dire. Il ne pourrait jouir de ces libertés s'il était soumis à la puissance d'un chef politique qui pourrait le jeter en prison, lui défendre de communiquer avec les évêques de la catholicité, ou tout au moins l'empêcher de s'élever contre ses injustices. Le Pape doit donc avoir certaines ]:osscscionsqui lui soient propres, afin de ne pas redouteT les injustices d'un prince quelconque, et de pouvoir proclamer hardiment la vérité au monde entier, dénoncer les gouvernements hostiles à l'Eglise et décerner des éloges à ceux qui le? méritent.
Notons bien que nous ne déterminons pas les possessions que le Pape devrait avoir; nous disons simplement qu'il devrait posséder quelques domaines qui lui permettraient de conserver son
indépendance, et ces domaines, en justice, devraient être ceux qu'on lui a enlevés. Les Etats- Unis offrent un exemple qui démontre que le Pape a besoin d'un pouvoir indépendant. Chaque Etat faisant partie de la Confédération Américaine forme par lui-même un gouvernement autonome, ayant son gouverneur, sa législature, ses lois propres, etc., et au-dessus de tous ce3 Etats, il y a le gouvernement des Etats-Unis avec son Président. A l'origine, les membres du gouvernement fédéral des Etats-Unis s'assemblaient pour traiter des affaires de la nation, tantôt dans un Etat, tantôt dans un autre, quelquefois à New- York et quelquefois en Pensylvanie, etc. Mais ils reconnurent bientôt que pour être indépendants de ces petits Etats et rendre justice à tous, ils devaient avoir un territoire propre, indépendant de tout Etat, et c'est alors qu'on choisit Washington avec un territoire adjacent de dix milles carrés, appelé maintenant district de Colombie, et où le gouvernement des Etats-Unis exerce librement ses droits et ses devoirs. Le Saint Père est, de la même manière, au-dessus de tous les gouvernements du monde en matière de religion, de justice et de droit ; et comme le gouvernement-des Etats-Unis est appelé à déoider sur les droits respectifs de chaque Etat, de même, le Saint Père est appelé quelquefois à se prononcer sur les droits des différents gouvernements, ce qu'il ne peut faire avec une justice égale pour tous, s'il n'est indépendant de chacun d'eux.
Le pouvoir temporel des Papes est de plus très utile à l'Eglise, en ce que le Saint Père peut employer les revenus de ses possessions à l'éduca-
tion de prêtres et de professeurs, à l'impression de livres, etc., pour les missions étrangères. Il peut aussi venir au secours des églises, des écoles et des institutions des pays pauvres, et principalement des missionnaires qui travaillent à la conversion des infidèles.
Lorsque le Saint Père était en possession de ses Etats, il pouvait faire beaucoup plus pour la conversion des nations païennes qu'il ne le peut maintenant. Aujourd'hui, il est obligé décompter sur les aumônes des fidèles et sur l'offrande du Denier de Saint-Pierre, pour l'accomplissement de ces œuvres et pour Pentretien de sa Cour.