‹ Le Code catholique, ou, Commentaire du catéchisme des provinces ecclésiastiques de Québec, Montréal et OttawaChapitre 141 sur 238 · CHAPITRE VINGT-UNIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-UNIEME

Des Indulgences.

La plus noble et la plus belle prérogative de la puissance souveraine, c'est le droit de gracier, de commuer les peines, d'accorder des amnisties. C'est ce que fait l'Eglise, en vertu des pouvoirs qu'elle a reçus de Jésus-Christ, lorsque par le moyen des indulgences, elle commue ou remet, en tout ou en partie, les peines encourues par le péché, en faveur de ceux qui sont revenus sincèrement à Dieu.

t 246.— Qu'est-ce qu'une indulgence?

— Une indulgence est la rémission totale ou partielle de la peine temporelle due au péché dont on a reçu le pardon.

Nous avons dit, en traitant de la Satisfaction, que la peine temporelle est la dette que nous devons encore à Dieu, même après avoir obtenu le pardon de nos péchés, et qu'il nous faut absolument payer, soit dans cette vie, soit dans l'autre. Après avoir reçu l'absolution, nous sommes à l'égard de Dieu dans la même condition que celui a escamoté une montre. Il ne suffit pas que le délit dont il s'est rendu coupable lui soit pardonné par celui qu'il a dépouillé, mais il lui faut de plus rendre la montre à son propriétaire. C'est pour diminuer cette dette ou nous la remettre complètement, que l'Eglise nous ouvre le trésor des indulgences, et nous donne une part dans les mérites de Jésus-Christ, de la sainte Vierge et des Saints.

Supposons, par exemple, une famille composée de la mère et de trois enfants. L'aîné gagne un bon salaire, le deuxième des enfants gagne suffisamment pour pourvoir à son entretien, et le plus jeune ne gagne presque rien. Mais, chaque semaine, ils remettent à leur mère les salaires qu'ils reçoivent, et celleci, au moyen de ces petits montants réunis, pourvoit aux besoins de chacun de ses enfar «s en prenant sur le salaire de l'aîné pour | suppléer à l'insuffisance du salaire du plu.^ jeune. Ainsi, celui qui n'est pas en état de sub-" venir à toutes ses dépenses — grâce à sa mère — est aidé par ce frère qui gagne plus qu'il ne lui

faut pour vivre. Il en est de même dans la grande famille catholique. L'Eglise est notre mère, et quelques-uns de ses enfants — les grands saints — sont morts riches en bonnes œuvres et ont fait plus qu'il n'était nécessaire pour gagner le ciel, tandis que d'autres n'ont pas fait suffisamment. Alors notre mère, la sainte Eglise, puise dans le trésor des satisfactions surabondantes de ses enfants qui sont riches, pour aider ceux qui sont pauvres en mérites et en bonnes œuvres. Elle reverse les mérites des uns sur les autres. L'immense trésor spirituel dont l'Eglise est en possession pour cette fin, est inépuisable, puisqu'il se compose des satisfactions infinies de Jésus-Christ et des mérites surabondants de la sainte Vierge et des saints. Les satisfactions de Jésus-Christ ont surpassé de beaucoup la peine due aux péchés des hommes, car il eût suffi de la moindre de ses actions, d'une seule goutte de sang, pour racheter non pas un peul monde, mais dix mille mondes. Elles n'ont pas eu encore, et n'auront jamais toute l'application dont elles sont susceptibles. La sainte Vierge n'a jamais péché, et ses afflictions ont été au-dessus de ce que jamais créature humaine a pu souffrir en cette vie. Les saints, tels que Saint Joseph et Saint Jean-Baptiste, les martyrs, les vierges, en un mot, une foule d'âmes d'élite, dont les vertus héroïques ont surpassé les légères imperfections, ont évidemment plus payé à la justice divine qu'elles ne lui devaient pour leur propre compte.

247.— L'indulgence est- elle un pardon lu péché ou une permission de commettre le péché ?

—L'indulgence n'est ni un pardon du péché, ni une permission de commettre le péché comme le prétendent des protestants ; bien plus, celui qui est en état de péché mortel ne peut gagner aucune indulgence.

L'indulgence n'est pas un pardon du péché qui, comme nous l'avons déjà expliqué, ne peut être obtenu que par le sacrement de pénitence ou par la contrition parfaite jointe au désir de se confesser, et tout au moins, par une sincère contrition pour le péché véniel ; car l'indulgence ne remet pas même le péché véniel. Elle ne peut pas être non plus une permission de commettre le péché, puisqu'on ne peut l'obtenir qu'en regrettant d'avoir offensé Dieu, qu'en purifiant sa conscience par une bonne confession, et qu'en remplissant certaines conditions plus ou moins pénibles. S'il faut regretter d'avoir offensé Dieu pour gagner une indulgence, il est évident qu'elle n'est pas une permisssion de l'offenser de nouveau, ce qui impliquerait contradiction.

Bien plus, celui qui est en péché mortel m peut gagner aucune indulgence, et perd même le mérite des bonnes œuvres qu'il accomplit dam cet (Hat. Dieu promet de récompenser nos bonnes œuvres, et si nous les faisons en état de grâce il tiendra sa promesse et nous donnera la récom pense méritée. Mais si nous les faisons en état d» péché mortel, nous n'avons pas droit à la récom pense promise, parce que nous sommes les enne mis de Dieu. Cette seule raison devrait nous en gager à ne jamais rester un seul instant en péch mortel, afin d'acquérir le plus de mérites qu'j

est possible. Cependant, même lorsque nous nous obstinons à vivre dans son inimitié, Dieu récompense sur la terre, par certains bienfaits temporels, les bonnes œuvres que nous faisons. Il ne laisse aucune bonne oeuvre sans récompense, et aucune faute impunie. Malgré cette extrême bonté de Dieu, nous perdons beaucoup néanmoins en demeurant en état de péché mortel ; car la grâce de Dieu, sous certains rapports, peut être comparée aux dépôts que nous faisons à la banque. Toute somme déposée dans une caisse d'économie, porte intérêt ; et si nous ne retirons pas cet intérêt, il est ajouté au capital, et porte intérêt à son tour. Ainsi, plus nous recevons de grâces, plus nous les faisons fructifier, plus aussi Dieu les multiplie.

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