‹ Le Code catholique, ou, Commentaire du catéchisme des provinces ecclésiastiques de Québec, Montréal et OttawaChapitre 166 sur 238 · Qui nous a enseigné le Pater ou .'Oraison Dominicale · texte numérisé non relu

Qui nous a enseigné le Pater ou .'Oraison Dominicale

—C'est Jésus-Christ lui-même qui nous i enseigné le Pater ou l'Oraison Domiaicale.

La plus belle et la plus excellente de toutes es prières est. sans contredit, l'Oraison Dominicale, ainsi appelée, parce que c'est Notre- Seigneur lui-même qui l'a composée. Ce divin Sauveur ne cessait jamais de recommander à îes disciples la nécessité de la prière, et il leur îiï donnait souvent l'exemple. Un jour qu'il îtait en prière, quand il eût terminé son oraison, m de ses apôtres s'approchant de lui, lui dit : Seigneur, apprenez-nous à prier. Alors le Sauveur répondit : Voici comment vous prierez : vous direz: Notre Père, qui êtes aux deux, etc.

Cette prière se compose d'une préface, de sept demandes et d'une conclusion. La préface est renfermée dans ces mots . Notre Père, qui êtes &uz cieux , puis viennent les demandes dont les trois premières se rapportent à tout ce qui peut contribuer à la gloire de Dieu, et les quatre dernières à ce qui nous est nécessaire pour la vie de l'âme et du corps ; et le mot Amen ou Ainsi soit-il, forme la conclusion. Elle renferme donc en substance tout ce que nous pouvons demander à Dieu, et les divers sentiments dont les hommes doivent être animés à son égard. Elle est pour nos désirs ce que le Décalogue est pour nos œuvres, et ce que le Symbole est pour notre croyance. Le Symbole -est l'abrégé de ce que nous devons croire, le Décalogue, l'abrégé de ce que nous devons faire, et l'Oraison Dominicale, l'abrégé de ce que nous devons demander à Dieu.

t 336.— Récitez l'Oraison Dominicale.

—Notre Père (i)

Nous disons Notre Père et non pas Mon Père : 1° Parce que nous b'ommeâ tous frères, et que, par conséquent, nous devons prier non seulement pour nous-mêmes mais pour tous les enfants de Dieu; 2° parce que Dieu est réellement notre Père.

Que fait un père pour ses enfants? Aprèsleur avoir donné la vie naturelle, il leur fournit la nourriture et le vêtement, il les initie aux piin-

(1) Voir page 7.

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cipales vérités de la religion et leur enseigne, de paroles et d'exemple, leurs devoirs envers Dieu, envers le prochain et envers eux-mêmes, il leur procure une instruction en rapport avec sa condition et leurs aptitudes, il leur aide à débuter dans la vie, il ne cesse, un seul instant, de s'intéresser à eux, et lorsqu'il vient à mourir, il laisse à chacun une part de ses biens. Eh bien ! Dieu est notre Père de la même manière, et dans un sens encore plus vrai. Il nous a créés et ne cesse de pourvoir à tous les besoins de notre vie. Il nous donne la chaleur, la lumière et l'air, éléments sans lesquels nous ne pouvons vivre un seul instant. Il nous fournit également la nourriture et le] vêtement, et veille à la préparation de ces choses longtemps avant qu'elles nous soient nécessaires ou que nous y pensions Ainsi, par exemple, a-t-on jamais songé à la somme de de temps et de soins que coûte la récolte même d'une seule pomme de terre ? Six mois au moins, et même un an avant qu'elle puisse nous servir de nourriture, Dieu suggère au cultivateur qui la récoltera de garder en réserve le germe qu'il confiera à la terre le printemps suivant. Lorsque la saison des semailles est arrivée, il laboure le sol, le herse avec soin, puis il sème le germe destiné à produire une nouvelle pomme déterre. Plus tard, il en renchausse la tige après avoir fait le sarclage des mauvaises herbes, pendant que Dieu dispense, avec une sage mesure, la chaleur et la pluie nécessaires pour que le germe déposé en terre puisse se développer et donner son fruit. Enfin, sur la fin de l'été, la pomme de terre est arrachée du sol, portée au marché, achetée par le consommateur, préparée et mise sur

la table. Ils sont rares ceux qui réfléchissent, en mangeant une pomme de terre, que sa formation a coûté autant de travail, ou qui pensent à remercier Dieu de sa bonté. La pomme de terre n'est pas le seul aliment qui constitue la nourriture de l'homme, et cependant il en est de même de tous les autres. Les mines de charbon qui nous foui Dissent ce combustible, indispensable en certains pays, les sources de pétrole qui nous procurent un mode d'éclairage aussi avantageux qu'économique, existent dans les entrailles de la terre depuis des centaines d'années. Dieu a créé tout ce qui est à notre usage, parce qu'il a prévu et savait que nous en aurions besoin. De plus, il nous protège contre les dangers ; il nous parle et nous dirige par la voix de notre conscience et par les ministres de son Eglise, les évêques et les prêtres. Il a aussi beaucoup d'amour pour nous, comme le prouvent ses bienfaits sans nombre, et son infinie miséricorde qui ne se lasse jamais de nous pardonner nos infidélités. Il distribue à chacun de nous une part de ses biens. Il a doué l'homme d'une intelligence et d'une volonté libre. Il lui a donné l'immortalité, c'est-à-dire que l'homme existera aussi longtemps que Dieu lui-même, et par conséquent ne cessera jamais d'exister. Puis, quand Notre-Seigneur est mort sur la croix, il nous a laissé ses richesses infinies, c'est-à-dire ses grâces et ses mérites, les sacrements et le ciel luimême. Dieu est donc bien réellement notre Père, et dans un sens beaucoup plus réel que ne le t sont nos pères naturels, qui ne peuvent nous donner que ce qu'ils ont eux-mêmes reçu de; lui.

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De tout temps, Dieu a bien été reconnu omme le Père de la nature, Les païens euxuêmes faisaient grand usage de ce titre ; mais vaut la venue de Jésus-Christ, nul homme l'avait osé donner à Dieu le nom de Père, lors- [ii'il lui parlait en qualité de suppliant. Le Projeté royal lui disait souvent : 0 Dieit, venez à ion secours ; mais il ne lui disait jamais : Mon ou Notre Père. On craignait Dieu plus qu'on 1e l'aimait. On le regardait comme un roi terible, et le Juif semblait toujours sous l'impresion de la crainte que lui avaient inspirée le déuge, la ruine de Sodome et le tonnerre du Sinaï. 1 l'appelait Jéhovah et craignait même quelqueois de prononcer son nom Mais Notre-Seigneur fèsus-Christ nous a enseigné que si Dieu est le loi des rois, le Maître de l'univers et le Seigneur le tontes choses, il est en même temps un Père >on et miséricordieux, qui désire que ses enfants vitent de l'offenser, par amour plutôt que par rainte. C'est pourquoi il a enseigné à ses disiples et à tous les chrétiens de donner à Dieu e doux nom de Père.

Qui êtes aux cieux. Le catéchisme dit que Dieu «t partout ; pourquoi donc disons-nous dans "Oraison dominicale : Qui êtes aux cieux, comme s'il n'était nulle part ailleurs ? Nous nous exprinons ainsi pour nous rappeler : 1° que le ciel ;st notre véritable demeure, et que le monde ictuel est seulement une terre étrangère que îous devons quitter après un certain nombre l'années, après avoir rempli la mission que Dieu îous a assignée ; 2° que dans le ciel nous verons Dieu facfi à face et tel qu'il est ; 3° que le ciel st le lieu où Dieu sera pendant toute l'éternité.

Que votre nom soit sanctifié. Cela veut dire : Seigneur, nous désirons que votre nom soit connu, honoré et servi par nous et par tous les hommes, et reçoive sur la terre une gloire et des hommages, sinon égaux, du moins semblables à ceux que le Ciel lui rend.

Que votre règne arrive. C'est comme si nous dirions : Que Dieu règne par sa grâce sur nos cœurs et sur les cœurs de tous les hommes ; que tous les hommes puissent obtenir le salut éternel, et arriver ainsi à régner pour toujours avec Dieu dans le ciel, qui est le royaume de sa gloire. Comme l'Eglise militante est fréquemment appelée le royaume de Jésus-Christ, et qu'elle a pour mission de sauver les âmes, nous demandons en. même temps que ce royaume s'étende, fleurisse et se fortifie, que la vraie religion soit établie par toute la terre, que tous les hommes connaissent, servent le vrai Dieu, observent fidèlement ses lois, et qu'ils ne soient pas les esclaves du démon. Lorsque nous prononçons ces paroles nous devons penser de plus aux intérêts particuliers de l'Eglise, et prier pour les œuvres des missionnaires, pour que les ouvriers de la vigne du Seigneur soient toujours en nombre plus que suffisant, et pour le triomphe de la vraie religion.

Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Comme les anges et les saints dans le cie! obéissent à Dieu d'une manière parfaite et ne l'offensent jamais, nous demandons qu'il en soit de même sur la terre, et que tous les hommes tassent la volonté de Dieu, observent ses lois et celles de son Eglise, vivent sans péché, soient résignés à tous les maux de cette vie, et hum-

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blcment soumis à toutes les dispositions de la divine Providence.

Donnez-nous aujourd'hui notrepain quotidien. Le mot pain signifie ici, non seulement les choses nécessaires pour la vie du corps, telles que la nourriture, le vêtement, la lumière, la chaleur, l'air, etc., mais aussi ce qui est nécessaire pour la vie de l'âme, c'est-à-dire la grâce. Nous disons : donnez-nous et non pas : donnez-moi, parce que nous demandons pour tous nos frères, et que nous devons partager avec eux notre superflu. Nous ajoutons : aujourd'hui, parce que nous ne sommes pas sûrs du lendemain, et que nous ne devons pas nous en inquiéter, ce qui serait manquer de confiance dan3 la divine Providence. Enfin, nous nous contentons de demander notre pain quotidien, c'est-à-dire que nous bornons nos désirs à cette mesure modeste qui suffit pour un jour. Chaque jour de leur vie, riches et pauvres doivent renouveler la même prière, car où est l'homme qui puisse se vanter de ne point dépendre de Dieu à chaque instant de son existence ?

Et par donnez- nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Nous commençons dans cette demande par supplier Dieu de nous pardonner nos péchés, et nous ajoutons: comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Ces dernières paroles présentent deux sens ; car elles expriment une comparaison aussi bien qu'une condition. En premier lieu, c'est comme si nous disions : Seigneur, de même que je pardonne aux autres les offenses qu'ils me font, de même je vous prie de me pardonner mes péchés. En second lieu, demander à Dieu qu'il nous

pardonne comme nous pardonnons, c'est consentir à ce qu'il ne nous pardonne pas, si nous ne pardonnons pas nous-mêmes. C'est en ce sens que Notre-Seigneur a dit dans l'Evangile : Si vous pardonnez aux hommes leurs torts envers voios. votre Père céleste vous pardonnera aussi les vôtres envers lui ; mais si vous ne pardonnez pas aux autres, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos péchés. (1).

" Quoi ! dit saint Grégoire de Nysse, vous voulez que Dieu annule la cédule de condamnation portée contre vous, et qu'il vous remette ce que vous lui devez; et vous, vous prenez à la gorge votre débiteur, vous comptez avec grand soin tout ce qu'il vous doit, vous êtes inexorable sur tout moyen de conciliation, vous en usez envers lui en toute rigueur ; et vous voilà, vous, aux pieds de Dieu, lui demandant que votre dette vous soit remise ! Non, votre prière ne saurait être exaucée, elle est étouffée par les cris de votre victime."

Et ne nous induisez point en tentation. La tentation n'est pas un péché, puisqu'il ne dépend pas de nous de ne pas être tentés; elle est seulement une sollicitation au mal, un mouvement intérieur qui nous porte au péché, et qui provient du démon, du monde, ou de la corruption de notre nature. Ainsi, il nous vient en pensée de faire un acte défendu, de voler, de nous venger, de nous procurer un plaisir déshonnête; voilà la tentation. C'est le consentement seul qui rend ' coupable devant Dieu; et loin d'être un péché, si l'on n'y consent pas, la tentation a l'avantage

(1) S. Math. vx.

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d'éprouver la vertu, de nous préserver de l'orgueil, de nous empêcher de nous endormir dans une funeste sécurité, et de nous faire mériter une couronne plus ballante et une récompense plus grande par les victoires qu'elle nous donne occasion de remporter. C'est pouiquoi nous ne demandons pas à Dieu de nous délivrer absolument de toute tentation ; car la vie de l'homme, tant qu'il est sur la terre, est un combat continuel ; nous le supplions seulement de ne pas permettre que nous succombions à la tentation, de nous faire la grâce de la surmonter ; et de nous préserver, par sa miséricorde, de ces redoutables tentations qui ébranlent et renversent quelquefois les âmes les plus intrépides. Bien que la tentation ne soit pas un péché et nous procure certains avantages si nous y résistons, nous pécherions cependant en la recherchant.

Mais délivrez-nous du ma!. Ces mots sont comme le complément de l'Oraison Dominicale, et la récapitulation de toutes les autres demandes. Car, prier Dieu qu'il nous délivre du mal, c'est lui demander à la fois qu'il nous délivre du péché, des châtiments temporels et éternels dûs à nos péchés, des maux spirituels et temporels, et, en général, de tout ce qui est de nature à nous éloigner du salut. Par ce mot mal, nous désignons tout ce qui peut nuire à notre âme et à notre corps, tout ce qui peut faire notre malheur en ce monde ou en l'autre, et nous en demandons instamment à Dieu la délivrance.

Ainsi soit-il. Ce mot est comme la conclusion de tout ce que nous venons de demander à Dieu,

et veut dire : C'e3t cela, c'est la vérité ; qu< toutes ces demandes soient exaucées. Je le désire. Je l'espère. En le prononçant, nous devons donc éprouver au-dedans de nous-mêmes, un ardent désir d'être exaucés; et ce désir doit être plein de confiance, en nous appuyant sur la promesse de Jésus-Christ, qui a dit que tout ce que nous demanderons à son Père, en son nom, nous sera accordé. Disons : Ainsi soit il, avec un redoublement de ferveur, soit pour réparer les imperfections de notre prière, soit pour toucher plus vivement le cœur de notre Père céleste.

t 337.— Pourquoi dites-vous Notre Père, et non pas Mon Père ?

—Nous disons : Notre Père, et non pas Mon Père, parce que Dieu est le créateur ou le Père de tous les hommes et que, par conséquent, nous sommes tous enfants d'une même famille.

338.— Pourquoi Notre-Seigneur a-t-il ajouté : Qui êtes aux cieux ?

— Notre-Seigneur a ajouté : Qui êtes a,ux cieux, pour élever nos cœurs vers le ciel, où Dieu règne dans sa gloire, et où nous espérons le posséder un jour.

1 339.— Que demandons-nous à Dieu dans l'oraison dominicale ?

(1) S. Jean, xvi, 23.

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— Dans l'oraison dominicale nous demandons à Dieu tout ce qui peut contribuer à sa gloire, et ce qui nous est nécessaire pour la vie de l'âme et du corps.

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