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Qu'est-ce que la communion de* Saints

(1) Actes, xix et v.

—La Communion des Saints signifie l'union mutuelle que la charité établit entre les membres vivants de l'Eglise, les bienheureux dans le ciel et les âmes souffrantes dans le purgatoire.

Il ne s'agit pas ici de la communion eucharistique, dans laquelle nous recevons le corps et le sang de Jésus-Christ. Le terme de communion a un sens beaucoup plus étendu, et signifie cette union intime que la charité établit entre les membres de l'Eglise militante, de l'Eglise triomphante et de l'Eglise souffrante, et qui ne fait d'eux qu'une seule famille, dans laquelle il y a communication des biens spirituels qui leur sont propres.

L'Eglise militante se compose des fidèles qui sont sur la terre et qui combattent encore pour leur salut. Notre vie sur la terre, comme le dit la Sainte Ecriture, est un combat, et nos principaux ennemis sont, d'abord le démon qui, par tous les moyens possibles, cherche à nous faire perdre le ciel. Il en connaît le bonheur puisqu'il l'a habité autrefoiset jaloux des hommes, ilne veut pasqu'ils jouissent d'un bien qu'il ne peut avoir lui-même.

Notre second ennemi est le monde ; non pas la terre avec ses beautés et ses richesses, mais ces hommes méchants qui vont partout semant leurs fausses maximes ; disant, les uns, qu'il n'y a ni Dieu, ni ciel, ni enfer, et les autres, que nous ne devons pas nous occuper des enseignements de l'Eglise ou des lois de Dieu ; et nous invitant, par la parole et par l'exemple, à résister à nos supérieurs légitimes et à donner libre cours à nos passions criminelles. 36

Enfin notre troisième ennemi est notre propre chair ; c'est-à-dire notre concupiscence, nos passions et nos inclinations vicieuses. Au sortir des mains du Créateur, l'âme de l'homme était maîtresse du corps, qui lui obéissait en tout. Mais depuis la faute de nos premiers parents, le corps est en révolte ouverte contre l'âme et cherche à l'entraîner au péché. Le corps est la partie de notre nature, qui nous rend semblables aux animaux dépourvus de raison, tandis que l'âme nous rend semblables à Dieu et aux anges.

Si Dieu a laissé en nous ce germe de concupiscence, c'est pour nous retenir dans l'humilité, et nous fournir l'occasion de lutter et de mériter la récompense promise à ceux qui auront persévéré jusqu'à la fin.

L'Eglise souffrante se compose de ceux qui sont passés sur la terre et qui sont maintenant dans le purgatoire. Ils ont lutté, il est vrai, pendant leur vie, mais pas toujours assez courageusement ; ils ont cédé quelquefois aux tentations et reçu quelques blessures légères de leurs ennemis spirituels ; ou bien, ils n'ont pas encore complètement satisfait à Dieu pour la peine temporelle due à leurs péchés; c'est pour cela qu'ils sont dans le purgatoire, et ils n'en sortiront pour entrer au ciel que lorsqu'ils seront complètement purifiés de leur souillures.

lu Eglise triomphante comprend les anges et tous ceux qui, après avoir vécu un certain temps sur la terre, sont maintenant au ciel avec Dieu, et jouissent de la récompense promise à ceux qui remportent la victoire sur leurs ennemis spirituels et servent Dieu comme il mérite de l'être. Ils suiit triomphants, parce qu'ils sont en possession de leur demeure céleste.

Ce serait une erreur de croire que ceux-là seuls ?ont saints qui ont été canonisés par l'Eglise et dont les noms sont inscrits au calendrier des saints ; car tous les habitants du ciel 3ont des saints, comme nous le serons nous-mêmes, si nous sommes un jour admis au nombre des élus. Tous les hommes sont prédestinés à devenir des saints, car Dieu désire que tous les hommes soient sauvés.

Nous savons que nous pouvons prier les saints et demander leur assistance et leur intercession; mais comment savoir que certains hommes et certaines femmes sont au ciel? Nou3 en acquérons la certitude du moment que l'Eglise les canoni«e, et déclare par là même qu'ils ont été de véritables héros spirituels et qu'on peut les invoquer en toute confiance, à raison de leur éminente sainteté et de leur puissante intercession. Par conséquent, la canonisation de telles ou telles personnes est une preuve certaine qu'elles sont réellement au ciel.

Mais, dira-t-on. est-ce que l'Eglise, en pareille matière., ne peut pas être trompée comme nous? Non ! car Jésus-Christ a promis d'être avec son Eglise, jusqu'à la fin des siècles ; et le Saint-Esprit la dirige dans le chemin de la sainteté et de la vérité, afin qu'elle ne puisse pas se tromper quand elle enseigne une vérité de foi ou de morale. Si l'Eglise nous faisait, prier ceux qui ne sont pas des saints, elle tomberait dans la pire des erreurs, et Notre- Seigneur aurait manqué à sa promesse — imputation qui serait blasphématoire— car Jésus-Christ étant Dieu, est la vérité même, et ne peut ni tromper ni être trompé. La canonisation n'est donc pas la création d'un

Saint, maïs une déclaration au monde entier que la personne canonisée était une Sainte pendant qu'elle était sur la terre. Après la mort nous ne pouvons plus mériter, et notre récompense dans le ciel sera juste celle à laquelle nous avons droit au moment de la mort; ce qui prouve que la sainteté s'acquiert dans l'Eglise militante.

Voici la procédure que suit l'Eglise dans les procès de canonisation. Supposons que l'on demande la canonisation d'un serviteur de Dieu, mort, comme l'on dit, en odeur de sainteté ; regardé comme un saint par tous ceux qui ont été les témoins de sa vie de pénitence, de prières et de bonnes œuvres. On commence par solliciter l'introduction de la cause, et pour cela on recueille et on envoie à Rome tous les documents qui concernent sa vie et ses écrits. Ces pièces doivent démontrer que ce serviteur de Dieu a pratiqué la vertu dans un degré héroïque, qu'il a fait quelques miracles pendant sa vie, ou que des miracles ont été obtenus après sa mort par son intercession. Une Congrégation chargée spécialement de l'instruction de ces causes, procède alors à l'examen des documents; puis, s'il y a lieu d'aller plus loin, elle charge un théologien de faire valoir tout ce qui peut militer contre la canonisation. Il est généralement appelé l'avocat du diable, parceque sa fonction est de passer au crible les rapports et les miracles, et de prouver, s'il est possible, qu'ils ne reposent sur aucun fondement. On prend cette précaution pour bien s'assurer de la vérité des documents produits et de la réalité des miracles. Si, après les plaidoyers pour et contre l'introduction de la cause, le ju« gement est favorable, alors le serviteur de Diei

est déclaré Vénérable; plus tard, après un un second procès, il est déclaré Bienheureux ; et enfin, après un troisième procès, il est canonisé, c'est-à-dire déclaré Saint. Le culte public et liturgique envers un serviteur de Dieu, déclaré Vénérable, est interdit, mais le culte privé ne l'est point. Au contraife,le décret d'introduction de la cause est plutôt une invitation faite aux fidèles de s'adresser avec plus de confiance à ce serviteur de Dieu, afin d'obtenir par son intercession les miracles qui permettront au Souverain-Pontife de prononcer la canonisation. S'il est seulement déclaré Bienheureux, il ne peut être honoré publiquement que dans certains lieux ou par certaines personnes ; mais s'il est canonisé, il peut être honoré publiquement par les fidèles du monde entier.

En résumé, l'Eglise militante, l'Eglise souffrante et l'Eglise triomphante sont donc trois branches de la seule véritable Eglise, et ne forment en réalité qu'une seule et même Eglise.

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