Est-ce que nous descendons tous d'Adam et d'Eve
—Oui, nous descendons tous d'Adam et d'Eve et, par conséquent, nous sommes tous frères.
Adam et Eve ont été la souche du genre humain, et c'est d'eux que tous les hommes, sans exception, tirent leur origine. Ainsi, tous les peuples, quelque dispersés et multipliés qu'ils soient, originent de la même souche et ne forment qu'une même famille.
Les Nègres d'Afrique, les Chinois au teint jaune, les Peaux ronges de l'Amérique sont comme nous enfants d'Adam. Malgré la différence du teint, malgré certaines conformations particulières et héréditaires, qui proviennent du climat, de la qualité de la nourriture, de la nature de l'air et d'une infinité d'autres causes, l'espèce humaine est unique en son genre. Les grandes différences qui se trouvent parmi les hommes,
dit un savant bien supérieur à ceux qui prétendent que l'homme n'est qu'un singe perfectionné, ne sont que des effets de causes accidentelles, en un mot des variétés.
42.— Adam et Eve étaient-ils innocents et saints au moment de leur création ?
— Oui, Adam et Eve étaient innocents et saints au moment de leur création.
Au sortir des mains du Créateur, nos premiers parents possédaient tous les dons de l'esprit, du cœur et du corps. Leur esprit était droit; nul défaut dans le jugement et la raison ; leur cœnr était naturellement porté au bien et sons aucun penchant pour le mal ) leur corps était exempt de toutes les infirmités auxquelles il est maintenant sujet. Dieu les avait placés dans un jardin de délices, véritable paradis terrestre, et leur avait donné tout pouvoir sur les autres créatures. Les animaux étaient soumis à Adam, qui avait donné à chacun d'eux un nom particulier. Les lions et les tigres mêmes, que nous craignons tant, venaient et jouaient ^auprès de lui. Et tous ces avantages, Adam et Eve ne les possédaient pas pour eux seuls, mais devaient les transmettre à leurs descendants.
43.— Quel commandement particulier Dieu donna-t-il à Ada.ni et à Eve pour éprouver leur obéissance ?
-Pour éprouver l'obéissance d'Adam et d'Eve, Dieu leur défendit de manger d'un certain fruit qui croissait dans le Paradis.
Il leur dit, comme nous le lisons au chapitre deuxième de la Genèse, qu'ils pouvaient manger de tous les fruits du paradis, à l'exception du fruit d'un certain arbre, et que s'ils lui désobéissaient en mangeant du fruit de cet arbre, ils mourraient certainement Dieu donna à Adam et à Eve un commandement très simple, parce que ceux qui sont fidèles dans les petites choses le Feront à plus forte raison dans les grandes. De plus, ce n'est pas précisément la considération de la chose défendue qui doit nous maintenir dans le devoir et nous empêcher de violer une défense, mais la considération de l'autorité qui Fa portée. C'est ainsi que la désobéissance à nos parents et à nos supérieurs, même dans les petites choses, devient une faute.
Mais, dira-t-on peut-être, à propos de la défense faite à nos premiers parents : Pourquoi Dieu n'a-t-il pas mis leur obéissance à l'épreuve par l'un des dix commandements ? D'abord, parce qu'il ne l'a pas voulu. En second lieu, il ne le pouvait pas, parce que la condition d'Adam et d:Eve dons le paradis terrestre était toute différente de la nôtre. En effet, il ne pouvait leur ordonner de sanctifier le jour du Sabbat, car chaque jour pour eux était jour du Seigneur, puisqu'ils n'avaient qu'à louer et à servir Dieu. Il ne pouvait leur défendre de voler, car tout leur appartenait ; et il en est de même des autres commandements. C'est pourquoi Dieu leur donna simplement le commandement dont nous avons parlé plus haut, en leur disant : Si vous obéissez, vous serez heureux, vous et votre postérité, et vous ne mourrez jamais ; si au contraire, vous désobéissez, vous tomberez dans un abîme de
maux, et vous serez assujettis aux souffrances et à la mort. La terre, maintenant si fertile, ne produira plus rien sans être cultivée et vous servira un jour de tombeau, à vous et à votre postérité.
Doués d'une volonté libre, Adam et Eve pouvaient donc choisir entre : obéir à Dieu et être heureux, ou lui désobéii et être malheureux.
Comme nous le lisons dans la sainte Ecriture, au chapitre troisième de la Genèse, nos premiers parents désobéirent à Dieu en mangeant, du fruit dont il leur avait défendu de manger. Eve s'approcha de l'arbre de la science du bien et du mal, et pendant qu'elle était à considérer combien le fruit défendu était beau et agréable à lu vue, le démon se présenta sous la forme d'un serpent, et lui dit : " Pourquoi Dieu vous a-t-il défendu de manger du fruit de tous les arbres du paradis?" "Nous mangeons, répondit-elle, du fruit des arbres qui sont dans le paradis ; mais quant à celui qui est au milieu du paradis, Dieu nous a défendu d'y toucher de peur que peut-être nous ne mourions." ''Vous ne mourrez point, répliqua le démon ; mais Dieu sait qu'aussitôt que vous aurez mangé de ce fruit, vos yeux seront ouverts et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal." Alors Eve cédant aux suggestions du tentateur, prit du fruit défendu, en mangea, et en présenta à Adam qui fit comme elle.
Il n'est point dit que la compagne d'Adam commença par goûter du fruit de tous les autres arbres, mais il semble plutôt qu'elle s'approcha directement et en premier lieu de l'arbre dont on lui avait défendu de manger le fruit. N'est-ce
bas ainsi que nous agissons trop souvent? Il suiîit qu'une chose soit défendue, pour que nous soyons plus fortement tentés de la faire. La, curiosité fut la cause première de la chute d'Eve. Elle s'exposa au danger, et le démon profita habilement de l'occasion pour la tenter et la faire tomber dans le péché. C'est ce qui nous arrive ordinairement quand la curiosité nous pousse à voir, à entendre ou à lire des choses défendues. Une fois au milieu du danger, le démon ne tarde pas à être à nos côtés pour nous tenter— non pas visiblement — car sa vue nous épouvanterait et l'empêcherait de réussir, mais invisiblement comme nos anges gardiens. Enfin, non contente de manger du fruit défendu, Eve engagea Adam à en faire autant, comme nous venons de le dire. C'est ce que font beaucoup de pécheurs qui, non contents d'offenser Dieu, cherchent aussi à faire tomber les autres dans le péché. Pourquoi le démon nous tente-t-il ? Parce que les anges déchus sont jaloux de l'homme que Dieu a créé pour le ciel. Ils le portent au péché, afin que lui aussi soit privé de la place qui lui estdos'inée dans le ciel, et ne puisse jamais jouir du bonheur qu'ils ont perdu par leur faute. Ils agissent justement comme ces personnes envieuses qui ne peuvent se résigner à voir les autres jouir de certains avantages qu'ils n'ont pas eux-mêmes et qu'ils ne pourront jamais se procurer.
^ t 44.— Comment furent punis Adam et Eve à cause de leur désobéissance ?
A cause de leur désobéissance, Adam et Eve perdirent leur innocence et leur sain-
teté, furent chassés du paradis terrestre et condamnés à souffrir et à mourir.
Adam et Eve étaient innocents et saints, parce qu'ils étaient les amis de Dieu et dans l'état de grâce, mais leur péché leur fit perdre la grâce et l'amitié de Dieu. La première conséquence de la désobéissance de nos premiers parents fut donc de leur faire perdre l'innocence et de rendre le corps rebelle à l'âme, à laquelle il avait été jusque là parfaitement soumis.
La seconde fut leur bannissement du paradis terrestre. La troisième fut de les assujettir à la soif, au chaud, au froid, aux maladies, aux souffrances de toute sorte et à la mort. S'ils n'eussent pas péché ils devaient, ainsi que leurs descendants, après un certain temps d'épreuve, passer du paradis terrestre au ciel, en corps et en âme, sans mourir. Mais la pire des conséquences, fut de leur fermer la porte du ciel et de les rendre dignes de l'enfer, eux et leur postérité. Dorénavant, malheureux en cette vie, ils devaient l'être encore éternellement dans l'autre.
t 45.— Quelle a été pour nous la conséquence du péché de nos premiers parents ?
—La conséquence du péché de nos premiers parents a été de nous rendre participants de leur péché et de leur punition.
Cette conséquence n'est-elle pas étrange, puisque nous ne sommes pour rien dans le péché de nos premiers parents ? Non, il n'y a rien d'étrange en cela. Il arrive tous les jours que des enfants tombent dans une condition misérable par la
faute de leurs parents, comme nous allons le voir, et cependant nous ne nous en étonnons pas. Supposons le cas d'un riche marchand qui, en mourant, lègue à son fils, père d'une nombreuse famille, une fortune considérable : des maisons, des terres et de l'argent. Non seulement cet héritage met la famille à l'abri de la misère, mais il assure son avenir et le bonheur auquel il est permis de prétendre sur la terre. Les enfants sont placés dans les meilleures maisons d'éducation, ils ont tout ce qu'ils peuvent désirer, et ils entrevoient de longues années de bonheur et de prospérité. Mais un bonjour, la situation change, et il faut renoncer à tous ces rêves d'avenir. Le père se met à boire et à jouer, et aussitôt la fortune commence à fondre. Les maisons, les terres sont vendues les unes aprè3 les autres, l'argent en dépôt est dépensé jusqu'au dernier sou, et les enfants qui avaient jusque là nagé dans l'abondance, tombent dans la misère et la pauvreté. Est-ce qu'ils ne souffrent pas par la faute de leur père, bien qu'ils ne soient nullement responsables de sa mauvaise conduite et qu'ils n'y soient absolument pour rien ? Ce cas supposé n'est-il pas l'histoire journalière d'un grand nombre de familles qui souffrent ainsi par la faute des autres, et très souvent par la faute de quelques uns de leurs membres ? Peut-on blâmer le grand-père d'avoir laissé un bel héritage à son fils ? Certainement non ; car s'il a agi ainsi, c'est par pure bonté et par amour pour celui qu'il a institué son héritier.
Faisons maintenant l'application de l'exemple que nous venons de donner. Nous devions hériter de tout ce que Dieu avait donné à Adam, s'il
n'eût pas perdu les biens dont il avait été mis en possession, Il les a perdus, parce qu'il était doué d'une volonté libre que Dieu ne pouvait lui enlever sans changer sa nature ; car c'est notre volonté libre et notre intelligence qui font de nous des hommes, et qui nous placent an premier rang de tous les autres animaux. Ce=i derniers peuvent bien vivre, grandir, sentir, voir et entendre comme nous ; mais ils n'en restent pas moins de simples brutes, parce qu'ils sont dépourvus d'intelligence et de volonté libre. Par conséquent, si Dieu eût enlevé à Adam l'intelligence et la volonté libre, il en aurait fait un pur animal.
Faisons une autre supposition : nous promettons à un ami, adonné à l'ivrognerie, de lui faire cadeau d'une maison qui vaut une couple de milliers de piastres, s'il veut renoncer à cette détestable habitude pendant un an. La condition une fois remplie, la maison sera sa propriété pour toujours, et à sa mort il pourra la léguer à ses enfants. Nous ne lui devons rien, et l'amitié seule est le mobile de la proposition que nous lui faisons. Cet ami accepte ; mais le lendemain, il manque volontairement à sa promesse. Naturellement il perd tout droit au cadeau promis, para cequ'il n'a pas été fidèle au contrat. Peut-on, dans ce cas, nous taxer d'injustice ou d'inhumanité à son égard ou à l'égard de ses enfants ? Certainement non.
Eh bien ! Dieu a agi de la même manière avec Adam. Il lui a promis le ciel, demeure infiniment plus belle que n'importe quel palais de la terre — que Notre Seigneur appelle la maison de son Père et dans laquelle, dit-il, il y a plusieurs maisons.
(1) Dieu a fait cette promesse à Adam à la condition qu'il observerait le commandement qu'il lui donnait. Adam n'avait aucun droit au ciel, mais il devait le posséder par un pur effet de la bonté de Dieu. Par conséquent, la promesse du ciel était conditionnelle, et Dieu n'y était pas tenu du moment qu'Adam ne tenait pas compte de la condition posée.
La comparaison que nous venons de faire n'est cependant pas tout-à-fait exacte ; il y a une différence entre Adam et l'ami que nous venons de mettre en cause. Cet ami, sans doute, a fait une perte en manquant l'occasion d'acquérir un magnifique immeuble sans bourse délier ; néanmoins, il peut encore rester notre ami comme auparavant, puisque nous ne l'avons pas menacé de rompre toutes relations avec lui. Il n'en est pas de même pour Adam ; en perdant le ciel il a perdu la grâce et l'amitié de Dieu, et la perte de la grâce de Dieu est d'être en état de péché. Ainsi donc, en violant le premier commandement, Adam est tombé dans l'état du péché ; et comme ses enfants ne peuvent hériter de ce qu'il a perdu, ils se trouvent forcément réduits à la condition de leur père, et il s'ensuit qu'ils sont tous en état de péché jusqu'à ce qu'ils aient reçu le baptême.
46.— Le péché de nos premiers parents a-t-il obscurci notre intelligence et affaibli notre volonté ?
—Oui, le péché de nos premiers parents
(1) Saint Jean, XIV. 2.
132 LE CODE CATHOLTQUE.
a obscurci notre intelligence et affaibli notre volonté, en nous donnant une inclination au mal.
Adam, sans avoir étudié* possédait une somme de connaissances bien supérieure à celle que les hommes les plus intelligents peuvent maintenant acquérir après de longues années de travail et d'application. Avant sa chute, il voyait les choses clairement et les comprenait parfaitement; mais après son péché, l'étude lui devint nécessaire pour apprendre quelque chose, comme elle l'est pour nous.
Avant sa chute, Adam pouvait aussi résister facilement aux tentations, car sa volonté était fortQ. Nous péchons, comme on le sait, par la volonté ; et à moins de vouloir faire le mal nous ne commettons aucun péché. Ainsi, par exemple, si nous sommes absolument forcés par d'autres de faire quelque chose de mal, si nous sommes violentés d'une manière irrésistible, nou3 sommes exempts de toute faute aussi longtemps que notre volonté proteste contre cette action.
Si on force quelqu'un de manger de la viande un jour d'abstinence, il n'a rien à se reprocher, parce qu'il n'a pas donné de consentement. Par conséquent, chaque fois que nous péchons, c'est parce que la volonté a consenti à la tentation. Apres le péché d'Adam sa volonté est devenue plus faible et moins capable de résister à la tentation ; et comme nous sommes participants de son malheur, nous éprouvons de grandes difficultés à surmonter les inclinations au mal. Cependant, quelque violente ou prolongée que puisse être la tentation, nous pouvons toujours lui résis-
ter victorieusement ; car Dieu nous donne la grâce suffisante pour la repousser. Si quelqu'un prétendait s'excuser, lorsqu'il pèche, en disant qu'il lui a été impossible de résister, il mentirait à la vérité.
Puisque le péché d'Adam a eu pour effet de nous donner une forte inclination au mal, noue devons être constamment en garde contre cette inclination. Notre-Seigneur a prévenu ses Apôtres qu'ils devaient veiller et prier afin de ne pas succomber à la tentation ; nous avertissant par là, nous aussi, que, outre la prière contre nos ennemis spirituels, nous devons avoir l'œil ouvert sur leurs ruses et nous tenir toujours prêts à repousser leurs attaques.
t 47.— Comment appelle-t-on le péché dont les hommes naissent coupables ?
—On l'appelle le péché originel, parce que nous naissons tous avec cette tache sur notre âme.
Ce péché, à la commission duquel nous n'avons participé en rien, consiste pour nous dans la privation de la justice et de la grâce que nos premiers parents ont perdues par leur propre faute; et on l'appelle originel, parce qu'il est transmis avec la vie à tous leurs descendants.
La sainte Vierge seule, par les mérites de son divin Fils, a été préservée de la tache originelle, et ce privilège est appelé sa Conception Immaculée. La sainte Vierge devant être la Mère du Fils de Dieu, il ne convenait pas qu'elle fût, même un seul instant, sous la puissance du démon. Or, si la sainte Vierge était née avec la tache origi-
nelle, elle aurait été pendant ce temps l'esclave du démon. Tout ce qui est une disgrâce pour la mère est aussi une disgrâce pour le fils ; c'est pourquoi Notre-Seigneur a voulu que sa Mère fût exempte de la tache originelle. Elle est la seule créature humaine qui jouisse du grand privilège d'avoir été conçue et mise au monde, sans la moindre tache sur son âme, et par conséquent, sans le péché originel.
Notre-Seigneur Jésus-Christ est venu sur la terre pour mettre fin au pouvoir que le démon exerçait sur les hommes depuis la chute d'Adam. Il a accompli l'œuvre de la Rédemption du genre humain, en lui méritant la grâce et en lui donnant les secours spirituels nécessaires pour terrasser le démon. Comme sa sainte Mère n'a jamais été sous la puissance du démon, elle est, après Dieu, son plus redoutable adversaire, et elle aide à résister à ses attaques quand nous lui demandons son secours. Ne manquons donc jamais, quand survient la tentation, d'invoquer notre sainte Mère ; elle nous entendra, nous aidera et priera Dieu pour nous.
48.— Les conséquences du péché originel sur notre intelligence et notre volonté restent-elles en nous, après que le péché originel a été effacé par le baptême.
—Oui, l'obscurcissement de notre intelligence et l'affaiblissement de notre volonté restent, même après que le péché originel a été effacé par le baptême.
Ceci est un fait que chacun peut constater luimême, et qui n'a pas besoin de démonstration.