‹ Le Code catholique, ou, Commentaire du catéchisme des provinces ecclésiastiques de Québec, Montréal et OttawaChapitre 64 sur 238 · Qu'est-ce que le péché Actuel · texte numérisé non relu

Qu'est-ce que le péché Actuel

— Le péché Actuel est celui que l'on commet soi-même, de sa propre volonté, quand on est parvenu à l'âge de raison.

f 50.— -En combien de manières commeton un péché actuel ?

—On commet le péché actuel par pensées, par paroles, par actions, par omissions volontaires et opposées à la loi de Dieu.

Nous pouvons donc pécher de quatre manières : 1° par pensées, en permettant à notre esprit de s'arrêter à des choses coupables ; 2° par paroles, en blasphémant, faisant des mensonges, etc. ; 3° par actions, en faisant toute espèce d'actions mauvaises ; 4° par omissions, en négligeant de faire une chose commandée par Dieu ou par l'Eglise. Mais pour qu'il y ait péché, il faut que les pensées, les paroles, les actions et les omissions soient volontaires ; c'est-à-dire savoir parfaitement ce que nous faisons, et être libres de le faire ou de ne pas le faire. Il faut de plus qu'elles soient contraires à la loi de Dieu ; c'està-dire, une violation de quelqu'une des lois auxquelles il nous commande d'obéir, soit qu'il les ait promulguées lui-même ou qu'elles l'aient été par son Eglise.

Si nous doutons qu'une chose soit permise, nous devons nous demander : est-ce défendu par Dieu ou son Eglise ? Et si nous ne connaissons pas de loi qui la défende, elle ne peut être un péché, du moins pour nous.

Supposons, par exemple, qu'un enfant doute s'il y a péché ou non à lancer un cerf-volant. Il doit se demander s'il y a une loi de Dieu ou de l'Eglise qui déclare que c'est un acte coupable. S'il n'y en a pas, il n'y a pas de péché. Mais il pourrait y avoir péché pour une autre raison ;

par exemple, si ses parents ou ses supérieurs le lui avaient défendu ; car il y a une loi de Dieu qui nous ordonne d'obéir à nos parents et à nos supérieurs. Ainsi un acte qui n'est pas coupable en soi, c'est-à-dire qui n'est défendu directement ni par Dieu ni par son Eglise, peut devenir coupable pour une raison de circonstance.

Nous ne devons cependant pas douter de la légitimité de chacun de nos actes ; ces doutes déraisonnables finiraient par nous faire tomber dans le scrupule.

Si nous doutons, nous devons avoir quelque bonne raison de douter, c'est-à-dire de croire que l'acte que nous allons faire est défendu ou ne l'est pas. Par conséquent, lorsque nous avons un doute raisonnable, nous devons nous renseigner auprès de ceux qui peuvent nous éclairer, afin d'agir sans s'exposer au danger de pécher. C'est l'intention qui rend un acte bon ou mauvais. Ainsi, supposons qu'une personne prenne un vendredi pour un jeudi et mange de la viande ce jour-là, cette personne n'a pas commis un péché réel, parce qu'il n'y a pas de péché à manger de la viande un jeudi ordinaire. Elle a seulement commis ce que nous appelons un péché matériel : c'est-à-dire que son action aurait été un péché formel, si elle avait réellement su ce qu'elle faisait. D'un autre côté, s?i cette personne, pensant que c'était un vendredi lorsque c'était réellement un jeudi, a mangé de la viande, sachant que c'était défendu, cette personne a commis un péché mortel, parceque c'était son intention d'agir ainsi. Par conséquent, si nous ignorons qu'une chose est un péché au moment où nous la faisons, elle n'est

pas un péché pour nous. Mais ce serait un péché de faire la même chose, après avoir connu ou appris qu'elle était mauvaise. De même, toute chose que nous faisons dans la croyance qu'elle est mauvaise ou coupable, l'est réellement pour nous, quoiqu'elle ne le soit pas pour ceux qui connaissent mieux. De plus, c'est uu péché, dans bien des cas de juger que d'autres font mal, parce qu'ils peuvent ignorer que ce qu'ils font est criminel. Il vaudrait mieux, en pareil cas, les instruire que les blâmer. Ce que nous avons donc de mieux à faire, c'est de bien connaître toutes les lois de Dieu et de son Eglise, telles qu'elles nous sont enseignées dans le catéchisme, de manière à pouvoir connaître si nous les violons.

t 51.— Combien y a-t-il de sortes de pé* chés actuels ?

—11 y a deux sortes de péchés actuels : le péché mortel et le péché véniel.

Le péché mortel, comme le mot l'indique, est celui, qui tue l'âme. Quand un homme reçoit une blessure grave on dit qu'il est mortellement blessé, c'est-à-dire qu'il mourra de cette blessure.

De même que la respiration est le signe de la vie du corps, de même la grâce est le signe de la vie de l'âme. Quand la respiration d'un malade ,i cessé, on dit que cet homme est mort. Il ne peut plus rien faire, ni pour lui ni pour les tutres. Ainsi, lorsque l'amené possède plus la .;râce, on dit qu'elle est morte, parce qu'elle es; ïéduite à la condition d'un cadavre. Elle ne

peut faire aucun des actes méritoires qu'uno âme doit faire, c'est-à-dire, elle ne peut faire aucun acte que Dieu soit tenu de récompenser m elle est morte. — On pourra objecter que l'âme ne meurt jamais ; c'est vrai, en ce sens qu'elle ne cessera jamais d'exister parce qu'elle est immortelle ; mais il n'en est pas moins vrai de dire qu'elle est morte, parce qu'elle a perdu tout pouvoir d'opérer aucune œuvre surnaturelle. Le péché véniel ne fait pas perdre la grâce sanctifiante comme le péché mortel, mais il l'affaiblit, comme les blessures légères affaiblissent le corps.

t 52.— Qu'est ce que le péché mortel ?

— Le péché mortel est celui qui donne la mort à l'âme en lui ôtant la grâce sanctifiante, en attirant la colère divine sur elle, et en la rendant digne des peines de l'en?er.

Le péché mortel souille l'âme, lui fait perdre l'amitié de Dieu, la dépouille des biens spirituels acquis, lui enlève la part qui lui revenait des suffrages de l'Eglise, la met dans l'impossibilité de rien faire de méritoire pour le ciel, lui fait perdre la paix et le repos, la rend esclave du démon, la tue, comme nous l'avons expliqué, et la dévoue à la damnation éternelle. Une fois précipitée dans l'enfer, l'âme est morte pour toujours, parce qu'elle ne pourra plus jamai faire aucun acte méritoire.

t 53.— Quand est-ce qu'un péché mortel ?

—Un péché est mortel quand on désobéit à Dieu en matière grave, avec réflexion suffisante et plein consentement de la volonté :

Il faut : 1° que la matière soit grave. Tout vol est un péché ; mais si on vole seulement une épingle, l'acte de voler, dans ce cas, n'est pas un péché mortel, parce que la matière n'est pas grave. Mais si c'était une épingle en diamants, d'une grande valeur, le vol alors serait certainement en matière grave.

Il faut: 2° la réflexion suffisante, c'est-à-dire, nous devons savoir ce que nous faisons au moment où nous agissons. Supposons, par exemple, qu'en volant une épingle en diamants on ne pense voler qu'une épingle avec un petit morceau de verre de peu de valeur; il n'y a pas eu réflexion suffisante, et par conséquent, on n'a pas commis de péché mortel. Mais si après avoir reconnu notre erreur, nous persistions à la garder, nous commettrions sûrement un péché mortel.

Il faut: 3° un plein consentement. Supposons qu'en tirant sur une cible, quelqu'un tue un homme accidentellement ; il n'est pas coupable de meurtre, parce qu'il n'avait pas l'intention de tuer un homme.

Ainsi, trois choses sont requises pour qu'un îcte soit péché mortel ; il faut : 1° que l'acte soit mauvais et en matière grave ; 2° qu'il y ait réflexion ou connaissance suffisante ; 3° il faut agir ibrement et volontairement.

t 54.— Faut-il beaucoup de péchés mortels pour mériter l'enfer ?

—Non ; pour mériter l'enfer il suffit d'un seul péché mortel.

De même qu'il suffit d'un coup mortel pour ôter la vie du corps, il suffit également d'un péché mortel pour faire perdre la grâce sanctifiante, qui est la vie de l'âme. Par conséquent, puisqu'un seul péché mortel fait perdre la grâce sanctifiante, un seul péché mortel suffit pour donner la mort à l'âme et lui faire mériter l'enfer,

t 55.— Qu'est-ce qu'un péché véniel?

—Un péché véniel est une désobéissance à Dieu en matière légère ou bien en matière grave, mais sans réflexion ou connaissance suffisante, ou sans un plein consentement de la volonté.

Ainsi, tout vol est un péché, parcequ'il est une désobéissance à Dieu qui défend de prendre ou de retenir injustement le bien du prochain. Mais ce péché n'est que véniel s'il est en matière légère ; c'est-à-dire, s'il s'agit d'un objet de peu de valeur comme serait, par exemple, le vol d'une pin me ordinaire, d'un crayon ou d'une épingle < ui valent à peine quelques sous. Cependant ce pcché peut être en matière grave, comme serait le vol d'un diamant de prix, et n'être encore qu'un simple péché véniel ; si on l'a commis sans réflexion ou sans un plein consentement, ne sachant pas que cet objet était un diamant de prix ou n'ayant pas l'intention de voler un diamant.

t 56.— Quels sont les effets du péché véniel?

—Le péché véniel affaiblit en nous la vie le la grâce, diminue l'amour de Dieu dans îotre cœur, et nous rend dignes des peines ;emporelles en cette vie et en l'autre.

Le péché véniel ne fait pas entièrement perdre a grâce comme le péché mortel, mais il l'affaiblit. Si une personne tombe fréquemment dans le 3éché véniel, elle finira bientôt par tomber dans ] e décrié mortel, car l'Ecriture Sainte nous dit: Celui pii méprise les 'petites choses, tombera peu à peu (1). [1 est plu3 facile de tuer un homme blessé que s'il 3st en parfaite santé. De même, le péché mortel ionnera plus aisément la mort à une âme déjà iffaiblie par les blessures du péché véniel. Un oéché véniel paraît peu de chose en soi, mais si iious ne l'évitons pas, nous arriverons graduellement à tomber dans le péché mortel. Le péché Véniel déplaît à Dieu et diminue l'amitié qu'il a mur nous. Donc, si nous aimons réellement Dieu, ious prendrons garde de lui déplaire, même dans es choses les moins importantes.

t 57.— Devons-nous craindre beaucoup e péché véniel ?

-Oui, nous devons craindre beaucoup 3 péché véniel, parce qu'il offense Dieu et ous conduit souvent au péché mortel.

Le péché véniel déplaît à Dieu, et bien que ous ne l'offensions pas gravement, nous l'offenpns cependant. C'est pourquoi nous devons le ■aindre, d'autant plus qu'il prépare les voies au éché mortel.

(!) Eccl. XIX.

t 58.— Quelles sont les principales sources du péché ?

— Les sept principales sources du péché sont l'orgueil, l'avarice, l'impureté, l'envie, la gourmpaidise, la colère et la paresse. On les appelle communément péchés capitaux.

Une source est ce qui donne naissance à une autre chose qui en découle. La source d'une rivière, est la petite fontaine située sur le flanc de la montagne où la rivière prend naissance. C'est d'abord un mince filet d'eau qui descend de la montagne, et qui, à mesure qu'il s'avance, voit sa force et son volume s'accroître par les affluents qui se jettent dans son lit. Il se fraie un. chemin à travers les prairies, et devient le commencement d'une grande rivière qui ira confondre ses eaux avec celles de l'océan. Si, à l'origine, quelqu'un avait desséché cette petite fontaine, source de la rivière, il n'y aurait certainement pas eu de rivière à cet endroit. Il en est do même pour le péché. Il y a d'abord un péché qui est la source de tous les autres, et, semblable au filet d'eau, il se fortifie par l'habitude, d'autres péchés le suivent bientôt et se joignent à lui. On peut encore comparer chacun de ces péchéi capitaux, comme on les appelle, à un capitaint d'armée qui a sous ses ordres une foule d'autres officiers qui le suivent. Mais, de même que 1< corps dépérit et meurt lorsque la tête en a éU séparée, de même tous les péchés finissent par disparaître si on déracine le péché capital qui en est la source et la tête. Tous les péchés capitaux 8e rencontrent bien rarement chez le même indi-

ridu ; quelques personnes ne sont esclaves que l'un seul de ces péchés, d'autres le sont de deux, [uelques unes de trois, mais peu, si toutefois il n existe, le sont de tous à la fois.

uln péché dont nous sommes esclaves et qui est a source de tous les autres, est appelé prédominant ou passion dominante. Nous devons faire ous nos efforts pour le découvrir et en triompher.

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