Pourquoi Jésus-Christ descenditil dans les Limbes
— Jésus-Christ descendit dans les Limbes, pour y manifester sa puissance,
et communiquer les fruits de sa passion aux âmes des justes qui y étaient captifs.
Jésus-Christ descendit donc dans les Limbes pour deux raisons : premièrement, pour y manifester sa puissance; secondement, pour délivrer les âmes des justes qui y étaient captifs et leur ouvrir les portes du ciel. Dès que son âme fut parmi eux, ils furent remplis de joie; les Limbes devinrent un vrai paradis, car ils jouissaient de la vue de Dieu ; et ainsi se vérifia la promesse faite au bon larron: aujourd'hui vous serez acte moi dans le paradis. Jésus-Christ permit aussi à un certain nombre de se revêtir du corps qu'ils avaient eu auparavant, pour aller faire part à leurs parents de leur bonheur, et il demeura dans les Limbes tout le temps que son corps fut dans le tombeau.
99.— Où était le corps de Jésus-Christ pendant que son âme était aux Limbes ?
—Pendant que l'âme de Jésus-Christ était aux Limbes, son corps était dans le saint sépulcre.
Un sépulcre est la même chose qu'un tombeau, c'est-à-dire, une petite chambre. On ne recouvrait pas le cercueil de terre comme dans une fosse, mais on le plaçait sur un support fixe. Ces endroits portent maintenant le nom de voûtes, et l'on peut en voir un grand nombre dans tous les cimetières. Quelquefois, ces sépulcres sont taillés dans le flanc d?un monticule, et ont une entrée qui se trouve au même niveau que le che-
min ; quelquefois aussi ils sont entièrement construits sous le sol. Celui où fut placé Notre-Seigneur était taillé dans le flanc d'un rocher, et fermé par une grosse pierre au lieu d'une porte. Notre-Seigneur ne fut pas mis dans un cercueil, mais il fut enveloppé dans un linceul, car c'était la coutume du peuple juif et de beaucoup d'autres nations d'embaumer les corps de ceux qui étaient morts, de les envelopper dans des drap3 et de les couvrir d'aromates (1) C'est ainsi que Marie- Madeleine et d'autres saintes femmes allèrent, de bonne heure le matin, pour embaumer le corps de Notre-Seigneur. Vous demanderez peutêtre pourquoi elles ne l'avaient pas fait le vendredi soir ou pendant la nuit ; en voici la raison : le jour, chez les juifs, commençait au coucher du soleil, — à peu près vers six heures, — et finissait le soir suivant, encore au coucher du soleil. Notre jour de vingt-quatre heures commence à minuit et se prolonge jusqu'à minuit de la nuit suivante. Ainsi, chez les juifs, le samedi commençait à six heures le vendredi soir. Ils observaient le samedi ou Sabbat, au lieu du. dimanche, comme jour consacré au culte. Comme il ne leur était pas permis, en ce jour qu'ils observaient rigoureusement, de faire aucune œuvre servile, elles ne purent embaumer le corps de Notre-Seigneur avant que le Sabbat ne fût fini, c'est-à-dire avant six heures le samedi soir. Comme nous l'apprennent les Saintes Ecritures, elles vinrent de bonne heure le matin, car Marie-Madeleine et les saintes femmes étaient juives et observaient religieuse-
Ci) S. Math. XVIII, 59.
ment la loi judaïque. On sait que Notre-Seigneur lui-même, la Bienheureuse Vierge, saint Joseph et les Apôtres étaient juifs, et que, jusqu'à l'avènement de Notre-Seigneur, la religion juive était la seule véritable ; mais comme elle n'était qu'une figure et une promesse de la religion chrétienne, elle cessa d'avoir une signification et d'être la vraie religion, aussitôt que la religion chrétienne eût été établie par Notre-Seigneur.
t 100.— Quel jour Jésus-Christ ressuscita-t-il ?
— Jésus-Christ ressuscita glorieux et immortel, le dimanche de Pâques, le troisième jour après sa mort.
Il est ressuscité par sa propre puissance ; et c'est le plus grand miracle de Notre-Seigneur, qui, par là, a confirmé son enseignement, qui reposait sur cette résurrection. Un miracle est un fait surnaturel qui dépasse les forces de la nature créée, et qui ne peut être l'œuvre que de Dieu ou de celui à qui il a donné le pouvoir d'opérer des miracles. Si quelqu'un fait un miracle réel pour prouver ce qu'il a dit, ses paroles doivent être vraies ; car Dieu, qui est la vérité même, ne peut sanctionner un mensonge, ni aider un imposteur à nous tromper. Notre- Seigneur avait dit qu'il était le fils de Dieu, qu'il pouvait pardonner les péchés, etc, ; et il a accompli des miracles pour prouver ce qu'il avait dit, il doit donc avoir dit la vérité. De même, tous ceux que Dieu a envoyés pour accomplir quelque chose d'extraordinaire, ont reçu le pou-
voir de faire des miracles afin que le peuple pût connaître qu'ils étaient vraiment des messagers de Dieu. Par conséquent, on ne doit point croire en ceux qui, comme cela arrive de temps en temps dans le monde, prétendent avoir été envoyés par Dieu pour accomplir une œuvre extraordinaire, et qui ne peuvent donner de preuves convaincantes de leur mission. Ainsi, lorsque Martin Luther prétendait avoir été envoyé de Dieu pour réformer l'Eglise catholique, qui avait près de 1500 ans d'existence lorsqu'il vint au monde, il ne fit pas de miracles, ne donna aucune preuve qu'il avait reçu une mission divine, et ne mérite pas, par conséquent, d'être cru.
Dieu a établi toutes les lois de la nature d'une manière permanente ; elles ne peuvent ni varier, ni changer, et nous pouvons compter sur la constance de ces lois. Nous sommes certains que le soleil se lèvera et se couchera tous les jours ; que les saisons suivront leur cours régulier ; que le feu brûlera toujours, etc. Or, si trois jeunes gens sont jetés dans une fournaise ardente et en sortent sains et saufs. (1) nous pouvons dire que c'est là un grand miracle, parce que naturellement le feu aurait dû les consumer si Dieu ne les avait protégés. L'eau d'un fleuve ne peut se diviser et former une espèce de muraille sans une force quelconque pour la retenir, car il est dans sa nature de toujours couler et de remplir les e-paces vides qu'elle rencontre sur son passage, bi donc la chose arrive, comme dans la Mer
CL) Daniel, III.
Rouge, à la voix de Moïse, et dans le Jourdain, nous pouvons dire que c'est un miracle. Toutes les fois qu'il y a dérogation aux lois ordinaires de la nature, nous disons qu'il y a miracle. Notre-Seigneur a fait une foule de miracles semblables, car plusieurs fois il a suspendu les lois de la nature que Dieu seul peut suspendre, puisque c'est lui qui les a établies. Notre-Seigneur a ressuscité les morts, il a rendu la santé aux malades, guéri les aveugles, les boiteux, etc., lorsque la médecine et les moyens naturels étaient impuissants. Il a fait tout cela instantanément et sans remèdes. Ses miracles prouvent donc sa puissance divine, et puisque sa résurrection fut un grand miracle accompli par Notre-Seigneur pour prouver qu'il était le vrai et l'unique Fils de Dieu, nous devons donc conclure que réellement il est ce qu'il disait être.
Glorieux signifie que Notre-Seigneur ressuscita avec le même corps qu'il avait avant sa mort ; mais lorsqu'il fut ressuscité, ce corps eut de nouvelles qualités : il était glorifié. Les qualités d'un corps glorifié sont au nombre de quatre: la splendeur, l'agilité, la subtilité et l'impassibilité. 1° Il a. ia splendeur, c'est-à-dire qu'il brille comme la flamme, qu'il répand la lumière autour de lui, et que l'on voit briller l'âme à travers son enveloppe. Nous connaissons le miracle de la Transfiguration de Notre-Seigneur. Un jour, il conduisit sur une haute montagne, trois de ses disciples : Pierre, Jacques et Jean, (1) et pendant qu'il leur parlait, son corps devint brillant com-
(1) S. Math, xvn.
me le soleil. Moïse et Elie, deux grands et saints personnages de l'Ancienne Loi, vinrent alors converser avec lui. A cette vue, les Apôtres furent étonnés et réjouis, et auraient voulu toujours demeurer là. A ce moment, le corps de Notre- Seigneur manifestait une des qualités d'un corps glorifié. Les trois Apôtres qui l'avaient vu transfiguré et qui avaient entendu la voix du Père Céleste disant: Celui-ci est mon Fils bien aimé, étaient présents dans le jardin pendant l'agonie de Notre-Seigneur. Il leur avait permis de voir la Transfiguration, pour qu'ils pussent se rappeler lorsqu'ils le verraient souffrir comme homme, qu'ils l'avaient vu sur la montagne glorifié comme Dieu. 2° L'agilité, c'est-à-dire qu'un corps glorifié peut se transporter, avec la rapidité de l'éclair, d'un endroit à un autre. Après sa résurrection, Notre-Seigneur était à Jérusalem, et presque à la même heure il apparut, près du village cTEmmaùs, à deux de ses disciples qui se rendaient là. (1)
Ils avaient quitté Jérusalem après le crucifiement, probablement sous l'empire de la crainte, et s'en allaient ensemble en parlant des choses qui étaient arrivées durant les jours de la Passion de Notre-Seigneur. Tout à coup, Notre- Seigneur vint les rejoindre, fit route avec eux et leur parla ; mais ils ne le reconnurent pas. Ils lui demandèrent de passer la nuit dans leur demeure, car il commençait à se faire tard. Il s'arrêta avec eux, et pendant le souper, ils le reconnurent ; mais alors il disparut. Une personne
(1) S. Luc, XXIV.
ordinaire aurait dû se lever et sortir, mais lui disparut comme l'éclair, montrant en cette occasion la seconde qualité de son corps glorifié : l'agilité 3° La subtilité, c'est-à-dire qu'un corps peut aller où il lui plaît sans qu'aucun corps matériel puisse l'arrêter. Il peut passer à travers les portes fermées, et les murs mêmes ne peuvent l'empêcher d'entrer. Il passe à travers tout, comme la lumière passe à travers le verre sans le briser. Quelque temps après la résurrection de Notre-Seigneur, les Apôtres craignant encore d'être mis à mort, s'étaient retirés dans une salle dont les portes étaient hermétiquement fermées Soudain, Notre-Seigneur apparut au milieu d'eux, et leur dit: Que la paix soit avec vous. (1)
Ils ne lui avaient pas ouvert la porte , mais le bois et la pierre ne purent l'empêcher d'entrer, et il prouva ainsi qu'il possédait la troisième qualité. 4Q Son corps avait aussi la quatrième qualité : V impassibilité, c'est-à-dire l'insensibilité à la douleur. Pendant sa Passion et lors de sa mort, Notre-Seigneur endura des souffrances terribles ; mais après sa résurrection, aucune douleur ne pouvait le faire souffrir. La lance n'aurait pu lui percer le côté, les clous n'auraient pu lui transpercer les mains, et les épines auraient refusé de s'enfoDcer dans sa tête. Peu de temps après sa résurrection, Notre- Seigneur apparut à ses apôtres pendant l'absence de Thomas. Lorsque celui-ci fut de retour, les autres Apôtres lui apprirent que le Seigneur
(1) S. Jean, xx, 1
était ressuscité et qu'il leur était apparu, mais il ne voulut pas le croire et leur dit ■: Jusqu'à ce que faie vu les trous de ses pieds et de ses mains et que faie mis le doigt dans la plaie de son côté, je ne croirai pas. Notre-Seigneui qui connaissait tout, connut cela aussi; il revint donc lorsque Thomas était présent, et lui dit : Maintenant, Thomas, mettez votre main dans la plaie de mon côté. Thomas s'écria : Mon Seigneur et mon Dieu, et il crut parce qu'il avait vu. Si le corps de Notre-Seigneur avait été un corps ordinaire, personne n'aurait pu toucher à ses plaies sans lui causer des douleurs, mais il était impassible. Il semble étrange que Thomas ait refusé de croire ce que les autres Apôtres lui avaient dit ; mais Dieu le permit ainsi, parce que si tous les apôtres avaient cru aisément, les ennemis de Notre- Seigneur auraient pu dire que c'étaient des hommes simples, croyant tout sans preuve II leur est maintenant impossible de tenir un pareil langage, puisque l'un des apôtres, Thomas, a refusé de croire sans preuve convaincante. Une autre personne aurait été satisfaite en voyant les blessures de Notre-Seigneur, mais Thomas ne s'en rapporte pas seulement à ses yeux ; il faut qu'il touche avant de croire, montrant par là que les Apôtres n'avaient été trompés en rien par Notre-Seigneur, puisqu'ils en recevaient la preuve la plus convaincante.
A la fin du monde, les corp3 de tous les élus auront, après leur résurrection, les propriétés mentionnées plus haut, c'est-à-dire qu'ils seront des corps glorifiés.
En parlant des blessures de Notre-Seigneur, c'est le temps d'expliquer ce que sont les Stig-
mates. Il existe des personnes,— des saints naturellement,—qui ont sur les mains, les pieds, et dans le côté, des blessures semblables à celles de Notre-Seigneur, et qui leur causent de grandes douleurs. Tel fut saint François d'Assise. Jusqu'en 1883, a vécu, en Belgique, une jeune fille du nom de Louise Lateau, qui avait aussi les Stigmates ; nous en avons la preuve la plus positive dans l'histoire de sa vie. Ses blessures lui causaient de grandes souffrances, et elles ont saigné tous les vendredis pendant un grand nombre d'années. C'était une couturière, de constitution frêle, qui vivait avec sa mère et ses sœurs dans un état voisin de la pauvreté.
Elle avait toujours été remarquable par sa piété sincère, sa patience dans la souffrance et sa charité pour les malades. Nous la mentionnons parce qu'elle est de notre époque, et qu'elle est la dernière, à notre connaissance, qui ait eu les Stigmates ou les plaies de Notre-Seigneur. Ainsi, lorsqu'on parle des Stigmates de saint François ou d'autres personnes, on entend des blessures semblables à celles de Notre-Seigneur, produites sur le corps, d'une manière miraculeuse.
Immortel signifie : qui ne mourra plus, comme cela sera pour nous tous après la résurrection.
Le troisième jour. Ce n'étaient pas des jours complets, mais des parties de jours. Si quelqu'un demandait, le vendredi après-midi, combien il y a de temps jusqu'au dimanche, nous répondrions que le dimanche sera le troisième jour, en comptant le vendredi, le samedi et le dimanche pour un jour chacun. Il en fut ainsi pour NotrejBeigneur ; il mourut le vendredi vers trois
heures de Paprès-midi, et demeura dans le sépulcre jusqu'au dimanche matin.