‹ Le Coefficient chloré érythro-plasmatique: Ses modifications chez les animaux domestiquesChapitre 26 sur 34 · SAVE · texte numérisé non relu

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Survient une opération, et voilà la belle harmonie détruite, la vie végétative perturbée : une opérat:on s'accompagne inévitablement, du commencement jusqu'à la fin, de manœuvres intratissulaires. À côté des gestes du chirurgien, il faut compter avec les tissus au sein desquels ces gestes font leur besogne, c’est-à-dire se livrent à des manœuvres traumatisantes. Et les tissus sont choses vivantes. Ils cont bourrés de nerfs et de nervicules végétatifs et sensitifs, dont chaque excitation déclenche un réfiexe. Ils sont formés d’é'éments extrêmement labiies et chaque touche un peu appuyée, dévitalise et iue des quantités de cellules. L'expression tangible de cette action combinée, c’est la maladie post- ue

ratoire.

Quand, pour la première fois, LERICHE la présenta dans son discours au Congrès de chirurgie de 1934, il lui donna le nom de Maladie biologique. Aujourd’hui, el'e est devenue la Maladie post-opératoire et, par là, il faut désormais entendre les signes cl'niques et biologiques qui sont déclenchés dans un organisme par une opération.

Comme nous le voyons donc, cette « maladie traumatique », biologiquement parlant, est une faialité. Heureusement, elle n’est pas souvent grave. il lui arrive pourtant d’être inquiétante et même mortelle. Ces deux éventua'ités sont presque toujours évitables. Cela dépend du chirurg'en qui doit avoir, d’un bout à l’autre de son intervention, la préoccupation de se comporter de telle facon que la Maladie post-opératoire sur le moment, et dans

les heures qui vont suivre, soit aussi bénigne que possible. : <

À add at, PS RS TEE

à Le nom de maladie post-opératoire indique que

tous les « accidents » qui vont résulter de l’acte opératoire vont débuter après l'opération. Grosso modo ce’a est'vrai, car nos sens et nos appareils ne s ’apercoient des perturbations causées qu'un moment :

‘après leur existence.

Mais, à vrai dire, cette maladie biologique débute

äu moment où le chirurgien donne son premier

coup de bistouri. Nous pourrions aller-plus loin et dire qu’elle est un peu antérieure à l'opération, surtout en médecine humaine : en effet, l’appréhension de l'opération contribue étrangement à perturber ies humeurs de la plupart des opérés. C’est peutêtre à cause de cette légère fausse note que Tzo- VARU €t THÉODORESCO ont choisi le titre de « Maladie opératoire ». |

ie L'acte opératoire, dit René LERICHE, déterminetoujours une série de réactions organiques plus ou moins fâcheuses, qui constituent une véritable maladie de huit à dix jours, qui ne laisse ordinairement pas de séquelles, tout en exigeant une convalescence.

Nous connaissons bien les étapes histologiques | de

la réparation anatomique. Comme il s’agit là de morphologie, tous les détails en ont été depuis longtemps précisés. Mais nous ne savons pas grand

chose des phénomènes: vitaux, je veux dire circu-

lätoires, nerveux, humoraux, qui les accompagnent

soit localement, soit à distance.

« Et, cependant, ce sont eux, certainement, qui, œuand ils dépassent un certain seuil, produisent

{cutes, ou presque toutes les comp'ications post-

cpératoïres, qui ne relèvent ni de linfection, ni d’une faute-technique. C’est leur exagération ‘indi-

e RG ee Le

viduelle ou accidentelle qui compromet trop sou-

vent encore nos résultats et qui tue parfois. Nos accidents post- opératoires ne sont, en somme, que I» conséquence d’une accentuation trop forte de phénomènes normaux. Il nous importe donc beaucoup d'étudier la Maladie post-opératoire d’abord dans tous ses éléments a ensuite de façon synthé-

tique. - : S LTÉE

« Elle comporte premièrement des réactions locales p'eines de sens : une hypertension régionale avec hyperthermie, de lafflux leucocytaire; un œdème = rend rapidement tous les tissus mous et friables… : |

LERICHE pense que ces phénomènes locaux sont de peu d'importance. C’est surtout les réactions générales qui comportent un gros intérêt pour ce chirurgien. Il note ainsi l'abattement, la pâleur, la soif, l'oligurie, l'élévation ou la chute de tension artérielle. Parfois atténués, parfois intenses, ces symptômes existent toujours plus ou moins. Et quand,

-après un décours normal, l’opéré entre en.conva-

lescence, il lui faut du temps pour se remettre; il reste hypo ou hypertonique, amaigri et lassé. En fait, il vient de faire une maladie générale. Ni Vanesthésie, ni le repos du lit ne suffisent à expliquer ce qui s’est produit. On ne voit rien de tel après des anesthésies générales non suivies d'opération, ni après huit jours/de lit.

Que s’est-il donc passé?

«Nous ne le savons que de façon fragmentaire..

Des recherches récentes permettent d'isoler trois éléments, avant chacun sa part dans l’ensemble.

Fan AO ee < doit d’abord, un none Rumoral. La Sen des opérés sont plus ou moins des hyperazotémi- ques et des hypochlorémiques. I! se produit, en ou- tre, chez eux, une chute de la réserve alcaline et une. véritable alcalose gazeuse.

4 Pourquoi OR

« La filiation peut s établir ainsi : au niveau de la

zone opératoire, il se fait une destruction tissu-

laire, une libération de substances azotées toxiques,

sons d'équilibre osmotique, le chlore sanguin passe

dans les tissus où se fait la désintégration protéique

et la neutralise, d’où hypochlorémie. Par ailleurs,

le passage dans le sang de substances azotées insuf-

fisamment dégradées excite le: centre respiratoire, | d'où alcalose. ; é

« Et, en fait, nombre de symptômes de la maladie post: opératoire disparaissent rapidement par la re- “4 chloruration de l'organisme.

« Parfois, le syndrome se prolonge, faute de théra- ‘peutique : active : il y a subictère, albuminurie, mauvais état généra!. II semble que lazotémie ait at-

teint le foie et les reins. Des organes en équilibre instable, sans ‘que nous le sachions, franchissent, à l’occasion de la maladie opératoire, le seuil de linsuffisance, d’où de fâcheux incidents.

« Le syndrome humoral post- opératoire ne se ré: duit d’ailleurs pas à cela. Son étude n’est qu ’orientée. II a encore beaucoup d’inconnues.

-« Indépendamment du syndrome humoral, il y a, chez les opérés, un syndrome vaso-:moteur, d'habitude à peine ébauché, parfois prédominant : chute

d’où hyperazotémie; à cause de cela, pour des rai-

HE 62 ne Z ‘ À ce

tensionnelle, tachycardie, extrasystoles, cyanose, sueurs froides, collapsus. Beaucoup. d'opérations

apportent de grandes perturbations dans la vasomotricité périphérique. Sont-elles d’origine toxique

ct rattachables au syndrome humoral? C’est peu probable, car elles n'apparaissent pas dans les mê- mes conditions que celui ci. Elles ne paraissent pas

dépendre non plus d’un accroissement au taux de ‘Yhistamine dans le sang. JASSEN et GUTENTAG l'ont trouvé normal. J’ai tendance, continue LERICHE, à penser qu’elles sont souvent dues à des réflexes

sympathiques partant de la plaie, et que favorise toujours la perte de sang. Ce qui le prouve, c'est |

qu'avec une certaine discipline opératoire, avec le

souci constant de l’hémostase immédiate, avec le

respect des tissus, on arrive à éliminer complètement l’ancien choc opératoire et on n’observe presque jamais les éléments de ce syndrome vasculaire, si commun en certaines mains. F. #

« Enfin, il y a une réaction hémoleucocytaire chez tous les opérés. Presque toujours cliniquement inapparente, elle a des conséquences redoutables

dès qu’elle dépasse une certaine limite. Reprenant et

complétant les recherches de R. GRÉGOIRE, HUEK a établi que l'opération amène de grandes perturbations dans le taux des plaquettes. Leur nombre baisse tout d’abord, pour remonter à la fin de la première semaine et devenir maximum vers le dixième jour. Après quoi, il fait retour à la normale. L’élévation est proportionnelle à la gravité de l'opération et des dommages tissulaires. Dépasset-elle un certain chiffre, la thrombose et ses conséquences : phlébite, embolie, sont presque fatales ».

Ce rapide exposé nous montre ce qu’est cette ma-

Ce

‘adie operatoire. Elle est faite d'éléments divers, ayant tous leur- origine dans la plaie. Tant qu’elle reste dans certaines limites, elle est sans gravité et ‘constitue le décours opératoi re normal. Dès qu’elle le dépasse, elle crée ce que nous appelons les com plications post- opératoires.

Enfin, LERICHE recommande au p'us haut degré Ja précision, l’agileté, la souplesse: et surtout la dou: ceur. Il y a des chirurgiens, dit LERICHE, qui déctenenent à tous coups la maladie post-opératoire parce que leurs manœuvres opératoires manquent de douceur et de délicatesse. « Les chirurgiens heureux sont ceux dont les mœurs opératoires sont douces, dont le souci du fini est constant, dont la main est légère quand le tempérament est de feu. Les chirursiens à guigne sont toujours de l'espèce brusque, rapide, ceux dont la main sans souplesse fait tou jours mal, écrase tout ce au ’elle touche ».

En résumé, la maladie post-opératoire est essentielement polymorphe. Son cortège clinique n’est pas régulier. On peut même dire comme LAMBRET : « À chaque opéré, sa maladie post-opératoire ». La plupart du temps, elle est tellement bénigne qu’elle passe inaperçue: seuls les initiés sachant qu’elle existe la cherchent et la dépistent. Quel que soit son aspect clinique, $a durée est brève et ne dépasse pas quelques jours. Originaire de la plaie, c’est-àdire ayant un point de départ local, la maladie post-opératoire est une maladie générale qui atteint l'organisme entier et ébranle tout le système neurovégétatif. Elle marque lorganisme de son empreinte comme le fait toute maladie générale.

En médecine vétérinaire -

La question fut bien moins étudiée qu'en bu maine. Cependant, LaéGeots et TERACHE étudièrent cette maladie sous un angle un peu spécial. Que le

traumatisme soit d’origine opératoire ou d’origine

accidentel, le trouble des humeurs qui s’ensuit est

- toujours le même. D’où le nom de « Maladie Traumatique » donné, par ces auteurs, à l'ensemble des

troubles que l'on rencontre aussi bien après des

plaies fortuites qu’ après des délabrement opératoi-

res. Ces troubles sont la conséquence, entre autres,

d’un syndrome humoral complexe comportant des:

modifications chimiques et physico-chimiques importantes, parmi lesquelles l'hyperpolypeptidémie d’où le nom encore de « Syndrome polypeptidotoxiaüe » donné à cette maladie opératoire. Qu'ils soient d’origine hétérogène ou autogène, les polypeptides peuvent causer des accidents, car plus on s'élève dans l’échelle des composants des protides, plus grande est leur toxicité. Ils sont doués d’un

pouvoir antigénique spécifique vis-à-vis de l’organe

dont ils dérivent, ce qui fait qu’ils exercent une action toxique élective sur les tissus homologues de ceux dont ils sont nés. Les polypeptides d’origine hépatique agissent sur le foie (MARTIN), ceux d’origine musculaire : agissent sur les muscles (FIESSIN- GER, PALMER).

La physionomie clinique de l’hyperpolypeptidé-

mie, toujours d’après LIÉGEOIS, rappelle assez bien

celle de.l’urémie. Or, dans les auto-intoxications urémiques, nous constatons les mêmes troubles que

CEUX. vus chez les animaux el les personnes févant d'être opérés.

- Chez l'homme, © on a vu une diminution de l’appétit et des troubles nerveux dus au passage des po’ lypeptides dans le liquide céphalo-rachidien créant üne polypeptidotoxie cérébro-médullaire; celle- ci entraîne des manifestations méningées, telle que-raideur de la nuque, et cérébrales, tels que sub-

délire, apathie, torpeur, coma ou délire, crises et

parfois respiration du type Cheyne- Stokes.

Chez nos ‘animaux, LAéGrois et TERACHE, croient pouvoir soupçonner cé syndrome polypeptidotoxique, chez des sujets qui, porteurs d’un foyer de &estruction cellulaire, notamment à la suite de traumatismes accidente's ou opératoires, présentent de . l'inappétence et surtout un état caractéristique

d'apathie et de prostration. Souvent la respiration est lente et profonde; la température est sub-nor-.

male et parfois, malgré la nature toxique de cet”

état, au-dessus de la normale en raison d’un foyer

d'infection locale. Nous voyons donc que ces symptômes rappellent singulièrement ceux de l’urémie, inais contrairement à cette dernière on n’observe ni -vomissement, ni odeur fétide de la bouche, ni tremblements fibrillaires.

MERLU, dans sa thèse inaugurale, par contre, semble ne pas avoir ‘constaté ces troubles humoraux chez les animaux entérotomisés. D’après lui, la laparotomie suivie d’entérotomie ne serait pas une

“opération choquante. Cependant, quand tout va très

bien, c’est-à-dire quand il n’observe point de complications et que l’animal, peu à peu, marche vers la guérison, MERLU constate souventes fois que vers

5 66 Æ ; ies trois ou quatre: premiers jours se. place : une pérode critique. La température oscille entre 37°8 et 38°8. L’anima! est plus ou moins abattu.

LASSERRE et PUGET, dans une étude faite sur la castration des solipèdes par la pince Reimers, notent, de même, une nette élévation thermique de 1° à 3+5. Les oscillations sont caractérisées par la rapidité de leur apparition et de leur disparition. Le sommet des clochers se situe entre 38°5 et is FRICK avait déjà signalé ce phénomène, “en 1889, dans son étude relative à la castration par ligature. On peut donc rapprocher de pareils faits de la maladie post-opératoire constatée chez l’homme et imputée à des facteurs divers. Parmi ceux-ci, les auteurs citent la résorption des produits de la désintégration du sang épanché et retenu (LERICHE, GOssET, LECÈME et MouLouGuEr), et la résorption des produits de la protéolyse consécutive au trau- ‘matisme opératoire (LECÈME et MOULOUGUET, LE- GROUX). En pareille circonstance, LERICHE fait, d’ailleurs, jouer un rôle au traumatisme direct, éventuellement porté sur le système nerveux périphérique.

Enfin, Rossi signale une diminution du chlore et une augmentation de l’urée dans les maux de garrot, les pointes de feu et la castration.

Nous voyons donc que les troubles humoraux provoqués par cette maladie post-opératoire n’ont pas été très bien étudiés en médecine vétérinaire. Or, à légal des humains, il est possible que nos animaux présentent même des troubles, non pas post-opératoires, mais ante-opératoires. Qui nous dit que les animaux que l’on va opérer n’éprouvent

point une sorte d'oppression, quand ils pénètrent dans la salle d'opération? En effet, les préparatifs auce l’on fait, la mise des entravons, l'application du masque, en un mot « l'atmosphère spéciale » de la salle, les rend étranges, nerveux: Quand on les « couche », le trouble de leurs humeurs doit être porté au maximum. À ce moment, leur fidèle et sûr instinct les avertit très bien qu'il va se passer quelque chose. Il serait très intéressant, croyons-nous, de faire une prise de sang juste avant l'opération.

. FE :QUATRIEME PARTIE es x -

OBSERVATIONS 4 Recueillies us le Service de Clinique cHrargienle ï

EE Le ee de l'Ecole Vétérinaire de Toulouse > AE |

E | N ous aurions bien voulu recueillir un grand nombre d'observations pour finir complètement notre travail et pour arriver à une conclusion plus sûre. é parcé que basée sur un plus grand nombre de cas. e Malheureusement, les événements actuels, ayant 4 écourté l’année scolaire, il nous a été impossible de recueillir plus de huit observations. Nous allons les -

examiner successivement. À

La

ee. | OBSERVATION N°1

t janvier 1944, un den 5. brun, est hospitalisé à

- l'Ecole pour une hernie ombilicale. L'animal présente une sorte

de tumeur très consistante, irréductible, qui n’a done pas les “de caractères ordinaires de la hernie. On ne peut sentir l’anneau ‘herniaire. Cela provient du fait que ce cheval avait été traité auparavant par un empirique, au moyen de vésicants. Par ail-

F leurs, l’état général est excellent, l'animal mange très bien se et ne présente aucune élévation thermique. LÉ É

Le 13 janvier, l'opération est décidée. Le cheval est ic

à jeun, puis l’anesthésie de base est commencée par ladministration de 20 grammes de sulfonal. Trente minutes plus tard, le cheval est couché sur le lit d'opération en déecubitus dorsal, Puis l’anesthésie générale à l’éther est commencée.

Lé =— | =

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