SAINTE CATHERINE DE BOLOGNE
Élégie sur les plaies sacrées de Jésus.
O mon âme, objet des bénédictions du Créateur suprême, regarde ton Sauveur qui, déchiré de mille blessures, jette les yeux sur toi.
Regarde ces pieds, troués et percés par les clous; comme ils sont tourmentés par les coups de marteau ! Songe cependant qu’il surpassait en beauté toute créature, et que sa chair innocente l’emportait sur toute perfection.
Regarde cette plaie qu’il reçut au côté droit ; considère comme son sang divin a satisfait pour toutes tes offenses ; vois comme il fut blessé par une lance cruelle , et comme il permit qu’en faveur de chaque fidèle le fer lui traversât le cœur!
Regarde ces mains qui t’ont faite et qui t’ont formée ; vois comme ces Juifs barbares les ont percées ! à cette vue écrie-toi avec amertume et avec larmes : O Seigneur, avec quels
Allor con pianto amaro Grida : o Signor , veloce Per noi corresti in croce A morir con gran fretta.
Risguarda il santo capo,
Ch' era si dilettoso ,
Yedil tntto forato Di spine et sangainoso :
Anima , egli è 1 tuo sposo :
Dunque perche non piagni , Sicchè piangendo bagni Ogni tua colpa infetta?
Vedil tutto piagato Per te in sul duro legno, Pagando il tuo peccato, Mori il Signor benegno.
Per menarti al suo regno Voile esser crocifisso :
Anima, guardal fîsso,
Etdi lui ti diletta.
LORENZO DI MEDIG1S (1448-J492).
Lauile.
Poich’ io gustai, Gesù, la tua dolcezza L'anima più non prezza Del mondo cieco alcun altro diletto.
Dappoi ch' accese quell’ ardente face Délia tua carità Tafflitto core
SECONDE PARTIE
généreux élans vous ave* couru sur la croix pour y mourir pour nous d’une mort qui vous a coûté si cher !
Regarde son chef divin , qui était si beau ; vois comme il est déchiré par les épines et tout couvert de sang ! O mon âme, c’est ton époux! Pourquoi donc ne verses-tu pas des larmes , et pourquoi , en les versant , ne noies-tu pas clans leurs flots chacun de tes maudits péchés ?
Vois comme il est blessé de toutes parts, pour l’amour de toi, sur le bois cruel! 11 est mort, ton doux Seigneur, aliu d’expier ton crime. Pour t’introduire dans son royaume , il a consenti à être crucifié ! O mon âme , fixe ton regard sur lui, et que cette vue t’inonde d’ineffables délices.
LAURENT DE MÉDIC1S.
Louange ou hymne sur l'amour divin.
Depuis que j'ai goûté votre douceur , ô Jésus , mon âme n'estime plus aucune autre jouissance du monde aveugle.
Depuis que l'ardente flamme de votre amour a embrasé mon cœur affligé , nulle autre chose ne me convient et ne
Nessuna cosa più m’aggrada o piace ;
Ogni altro ben mi par pena e dolore, Tribulazion e guerra ogni altra pace :
Tanto infiammato son del tuo amore ,
Nuir altro mi contenta o da quiete :
Ne si spegne la sete
Se non solo al tuo fonte benedetto.
Quel che di te m’innamorb si forte Fu la tua carità, o Pellicano,
Che per dar vita ai fîgli a te dai morte E per farmi divin, sei fatto umano.
Preso hai di servo condizion e sorte,
Perch' io servo non sia , o viva in vano ; Perché '1 tuo amor e tanto smisurato,
Per non essere ingrato
Tanto amo te, ch’ ogni cosa ho in dispetto.
Quando l’anima mia teco si posa,
Ogn’ altro falso ben mette in obblio :
La tribulata vita faticosa Sol si contenta per questo disio,
Ne pub pensar ad alcun’ altra cosa ,
* Ne parlar o veder se non te, Dio :
Solo un dolor gli resta che la strugge ,
Il pensar quanto fugge
Da lei il dolce pensier per suo difetto.
VinCa la tua dolcezza ogni mio amaro , Allumini il tuo lume il mio oscuro ;
Sicchè il tuo amor, che m’è si dolce e caro Mal da me non si parta nel future;
SECONDE PARTIE
me plait; tout autre bien est pour moi peine et douleur, toute autre paix me semble guerre et tribulation. Je suis si enflammé de votre amour, que nul autre objet ne me contente et que rien ne repose mes désirs; ma soif ne peut s’étancher nulle part, sinon à votre fontaine bénie.
Ce qui m’embrase d’un si ardent amour pour vous, 6 céleste Pélican, c’est votre charité infinie, qui, pour donner la vie à vos enfants, vous donna la mort , et qui, pour me faire dieu, vous fit homme.Vous avez pris la condition et les peines de l’esclave , afin que moi-même je ne sois plus esclave , et que je ne vive plus d’un simulacre de vie. Puisque votre amour a été si démesuré dans son excès, je ne veux pas être ingrat; aussi, je vous aime tant, qu’auprès de vous tout autre objet me parait méprisable.
Quand mon âme se recueille et se repose en vous , j’oublie tous les autres biens; ma vie, sans cesse traversée par la tribulation et la peine, ne trouve de consolation que dans le désir de vous posséder; je ne puis rien imaginer, rien dire, rien voir autre chose que vous, ô mon Dieu. Une seule peine me reste et m’afflige profondément, c’est de voir combien de fois cette douce pensée de Dieu s’est enfuie de mon âme par sa propre faute.
Que votre douceur triomphe de toute mon amertume; que vos clartés brillent dans mes ténèbres; que votre amour, qui m’est si cher et si doux, ne cesse jamais d’occuper mon âme ! Puisque, par amour pour moi, vous n’avez pas été avare de
LE GtSVK I»E JÉSUS.
Poichè non fosti del tuo sangne avaro,
Di questa grazia ancor non m’ esser duro : Arda sempre il mio cor tuo dolce foco ,
Tanto che a poco a poco
Altro che tu uou resti uel mio petto.
OiaOIAMO BKN1TIEN1 (1642).
Ode.
Che cerchi o cor mio cieco ?
Cerco Gesù mio Dio ,
Gesù che pur or meco Era. O diletto mio ,
Chi mi t’ha tolto, ed io Corne senza te mal Viver potrb, che hai Teco, o Gesù mio buono ,
Quell’ onde io vivo, onde intendo , opro e sono?
Aresti tu veduto,
Diletta mente mia,
Gesù? o conosciuto Chi mi l’ha tolto in via?
Nel grembo di Maria Pur or T abbiam lasciato;
E’nlesi che T peccato Tuo sol, o cor mio stolto,
E’1 poco tuo fervor tel avien tolto.
Questo diletto sposo Cor mio , questo tuo bene
SECONDE PARTIE
votre propre sang , ne me refusez pas une dernière grâce : que vos douces flammes embrasent toujours mon cœur, et qu'elles le consument peu à peu, de telle sorte qu’enfin il ne reste plus rien dans mon cœur, que vous-mème.
JÉROME BENIV1EM.
Louange ou hymne sur les angoisses du cœur qui a perdu Jésus et qui le cherche.
Que cherches-tu, ô mon pauvre cœur? — Je cherche Jésus, mon Dieu; Jésus qui était avec moi il n'y a qu'un instant. O mon bien-aimé , qui t’a ravi à mon amour? Oh! comment pourrai-je vivre désormais sans toi , ô mon bon Jésus, sans toi qui est le principe de ma vie, de mon intelligence, de mes actions et de tout mon être?
O mon âme bien-aimée , n'aurais-tu pas vu Jésus , ou ne saurais-tu pas qui me l'a enlevé sur la route ? Nous l'avions laissé , il y a un moment à peine, sur le sein de Marie. — J'ai appris, ô cœur insensé, que ton péché et ton peu de ferveur t'avaient seuls privé de sa présence.
O mon cœur! cet époux chéri, cet unique bien, est si pur et si délicat , que lorsqu'il vient prendre chez toi sa
Tant'e puro e vezzoso Che, dove albergar viene Se limpide e serene Non sono, o cor mio, quelle Stanze odorate e belle Dove albergar lo vuoi Si parte allor per non tomar mai poi.
Per non tornar, o core,
A te infimo, a tanto Che, per virtù d’amore E del tuo umil pianto,
Semplice, puro, e santo Renda te stesso a quello Immaculato agnello;
Accio che in te ritorni E teco abiti , o cor, tutti i tuoi giorni.
Forse , o diletta mente ,
Che se piangendo a quella Madré il chieggio umilmente Cel vorrà render ella : —
O sopra ogn’ altra bella,
Yirgine gloriosa,
Madré, figliüola e sposa,
Rendimi il tuo diletto Figlio, che perso ho sol per mio difetto.
Rendimel, perché fuora Di lui , ch'è la mia vita ,
Forza è , Madré , ch’io mora D'una morte inlinita :
SECONDE PARTIE. 497
demeure, si les appartements que tu lui destines ne sont d’une propreté exquise, s’ils ne sont éclatants de beauté et remplis de suaves parfums , il se retire alors pour ne plus revenir ;
Oui, pour ne plus revenir, ô mon cœur, vers ton néant, jusqu’à ce que l’efficacité de ton amour et de tes humbles soupirs te rendant de nouveau simple, pur et saint aux yeux de cet agneau immaculé, tu mérites qu’il revienne en toi et qu’il y habite , ô mon cœur, tous les jours de ta vie.
Peut-être , ô mon àme, en suppliant sa tendre mère avec humilité, celle-ci aura-t-elle pitié de tes larmes et te rendra-t-elle ton doux Jésus. — O glorieuse Vierge, qui surpassez en beauté toutes les créatures ; 6 Vierge à la fois mère , lille et épouse, rendez-moi votre fils bien-airaé que j’ai perdu, hélas ! uniquement par ma faute.
Rendez-le-moi; car, ô tendre mère, hors de Jésus, qui est
ma vie, je suis forcé de mourir d’une mort sans fin. Si
jamais une voix partie de la terre fut favorablement écoutée
dans le ciel, ah! qu’elle parvienne du moins jusqu’à votre
Deh, se mai in terra udita Fu dal ciel voce alcuna ,
Cosi, Virgin, quest’ una A" tuoi orecchi ascenda Chel dolce tuo figliuol mi doni e renda.
Io so ben chel mia priego Udito esser non mérita,
Perché a me stesse il niego Con la vita preterita :
Ma quel, che lei démérita,
Vince, non pur compensa Quella pietade immensa Quai , perché la mia voce Oda ed io viva, è per noi morto in cruce.
Se pur dentro al mio seno Son d’ albergarlo indegno ,
Corne confuso e pieno De’ mali , che lui a sdegno ;
Col foco di quel legno Ove patir gli piacque,
Col suo sangue e con ï acque Del santo petto in pura Luce risolvl quel ch’or 1’ aima oscura.
L’anima peregrina Che drieto al tuo figliuolo Com’ ella è, in van cammina E me lasciato ha solo :
E perché a questo volo Non baston le sue piume,
Prestagli or tanto lume Che dal mondo fallace In braccio al tuo figüul si accolga in pace.
SECONDE PARTIE. 499
oreille, ô bonne Vierge , celle qui doit obtenir que vous me donniez et que vous me rendiez votre aimable fils !
Je sais bien que ma prière ne mérite pas d'être écoutée; ma vie passée me rend indigne de cette faveur; mais cet amour immense qui est mort pour nous sur la croix nonseulement supplée à mon peu de mérite, mais encore il triomphe de mon indignité; il fera donc que ma prière sera exaucée, et que je vivrai.
Ah ! si je ne suis pas digne de le recevoir dans mon cœur à cause du désordre qui y règne et des souillures qui provoquent son dégoût, qu'une flamme d'amour produite par le bois sacré sur lequel il a bien voulu mourir, que le sang et l'eau qu'il a versés de son cœur divin changent en vive clarté ce qui maintenant ternit mon Ame et l'obscurcit.
Mon âme , dans son pèlerinage d'ici-bas , marche en vain pour atteindre votre fils; il échappe à ses empressements et la laisse seule. Ah! puisque pour voler jusqu’à Jésus ses ailes ne suffisent pas , prêtez-lui un secours si efficace que , s'envolant enfin de ce mopde trompeur, elle aborde en paix dans les bras de votre fils adorable !