‹ Le cœur et l'estomacChapitre 5 sur 28 · JULIEN" DESTIGNY A MADAME ANNE DE CHAV1LLE · texte numérisé non relu

JULIEN" DESTIGNY A MADAME ANNE DE CHAV1LLE

Mardi matin.

Non, madame, je ne puis vous oublier. Je vais mourir, et votre nom sera encore sur mes lèvres au moment fatal .

J’ai vu ce matin M. ouvrir la fenêtre de votre chambre et sauter du balcon à terre. J’allais m’élancer sur lui et le provoquer, ne comprenant que trop son bonheur, lorsqu’une réflexion subite a éclairé mon esprit : “ A quoi bon'-. Vous l’aimez, puissiez-vous être heureuse! Et vous me parliez de vos devoirs ! Si vous ne pouviez me confier la vérité* vous pouviez <lu moins ne pas répondre à ma lettre.

Je vous aime plus que vous ne croyez, car je n ai pas la force de vous maudire.

LE CŒ0B

Quand vous recevrez ces lignes , je me serai noyé dans la pièce d’eau du parc. C'est fini, je veux mourir. Et puis j'ai toujours aime ce beau lac. N’est-ce pas sur ses bords que je vous ai vue pour la première fois , le soir de mon arrivée aux Saules. Que de charmantes promenades j’ai faites, assis à vos pieds, au fond de la barque ! Hier encore, le ciel était si pur; mon cœur souriait à l’espérance! Anne, vous étiez si belle, en robe bleue, avec de longs repentirs que le vent déroulait sur vos divines épaules ! Je vous contemplais avec admiration, et votre visage s’illuminait d’un fin sourire, comme un doux nuage du premier rayon d aurore. Ce sourire était donc pour lui ! Vous l'aimez donc bien !

Je vous parlais amour dansma lettre et vous répondez respect. Ah ! madame , la franchise

n’est-elle pas un devoir aussi tous voulez

avoir à la fois les profits de la vertu , les appoints de là coquetterie et les plaisirs de 1 a-

mour.

HT L’ESTOMAC

Vous êtes veuve, direz-vous ; mais votre futur mari n’aurait pas dû attendre qu’il fît grand jour pour escalader votre balcon. Si vous êtes une femme habile, ce n’est pas un homme prudent.

Pardonnez-moi , ô vous que j’aime d’un si profond amour ! Pardonnez-moi ces mauvaises paroles; je vais mourir. Mon cœur ne croit pas un mot de ce que ma bouche a dicté en finissant. Quoi que vous ayez fait, je meurs en vous bénissant.

Julien.

VIIe LETTRE.

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