‹ Le coffret de SantalChapitre 20 sur 107 · CHANSON DE ROUTE ARYA · texte numérisé non relu

CHANSON DE ROUTE ARYA

Fiers sur nos chevaux^ tribu souveraine Poussons devant nous les troupeaux bêlants, Les bœufs mugissants. Que chacun emmène, Enlacée à lui de ses beaux bras blancs, L'amoureuse. Car la halte est prochaine .

Partis du pays des hauts pics neigeux.

Des vallons mouillés par les sources vives, Nous en emportons les rires, les jeux.

Les frais souvenirs, sans chansons plaintives. Aux pays nouveaux nous trouverons mieux.

Esclaves, hâtez la marche endormante Des troupeaux. L agneau sait téter alors Que la brebis court en bi'oulant la menthe. De vos aiguillons piquez les bœufs forts, Les, bœufs jyaresseux que le taon tourmente.

Mais on ralentit V allure, à travers Les bois; on descend de cheval; et, blanches, Nos filles s'en vont dans les buissons verts, Les cheveux au vent, écartant les branches. Cherchant avec nous des chemins ouverts.

Posant leurs pieds blancs sur les feuilles sèches,

Elles font tinter autour de leurs cous

Et sur leurs beaux seiiis, doux comme les pêches,

L'or et l'argent fins, sonores bijoux.

Ainsi nous marchons dans les forêts fraîches.

Voici l'aube. Allons! Assez de sommeil/ N'attendons pas ceux qui sont lents à suivre, Voici que le jour s'est levé vermeil.

Nous vaincrons les nains d'ébène ou de cuivre Dans les beaux pays chauffés du soleil.

Et les nains, sachant nos cœurs indomptables, Seront conducteurs et graisseurs tremblants

De nos chariots, nettoyeurs d'étables,

Pour garder vos doigts rosés, vos bras blancs

Filles de sang pur, aux yeux désirables.

Aux peuples soumis, à terre ployés Les soins du labour et du pâturage.

Nous sur les hauteurs et dans les haUiers Consultant le vent, les bruits du feuillage, Combattons les loups et les sangliers.

Laissons les troupeaux brouter dans la plaine. Ne tuez jamais les douces brebis.

Car nous leur prenons le lait et la laine. La vache offre aussi le lait de ses pis. Réjouissons-nous quand la vache est pleine.

Le lait rend joyeux les 7'oses enfants Qui font oublier la pensée amère.

Bu lait nous faisons les fromages blancs, Piquants, bons avec le vin et la bière. Ne tuez jamais la vache aux beaux flancs.

Les bœufs mugissants ont la lente allure Qui laisse dormir dang les chariots Nos enfants, parmi la chaude fourrure.

Respectez les bœufs, aussi les taureaux Fécondeurs jaloux, puissants d'encolure.

Le soir nous rentrons de la chasse, fiers Bu gibier conquis. Le chevreuil, le lièvre, Ze sanglier noir, odorantes chairs Et les tour des gras, nourris de genièvre Rôtissent, fumants, devant les feux clairs.

Les femmes alors nous montrent contentes La laine et le lin quelles ont filés, Pendant que jouaient, à t ombre des tentes, Les enfants bruyants, aux yeux éveillés 'Sous le buisson roux des boucles flottantes.

Aux repas du soir, avant le repos, Alors que sont cuits les lièvres, les lourdes, Quand la bière d'or mousse dans les pots, Quand le vin vermeil sonne dans les gourdes. On chante les faits des anciens héros.

La lueur des feux, les rayons de lune Eclairent, la nuit, vos souples contours, Filles de sang pur. 0 vous, que chacune A chacun de nous donne ses amours.

Et livre son corps blanc, dans la nuit brune.

CHANSONS PERPÉTUELLES b']

Il fait mal celui qui, loin des amis

Se glisse, oublieux de nos lois hautaines,

Sous les chariots où sont endormis

Nos fils purs, et va, la nuit vers les naine i

Filles sans beauté des peuples soumis.

De là, les enfants mêlés, détestables, Serviteurs mauvais de nos enfants purs, Qui, multipliés ainsi que les sables Feront révolter, dans les jours futurs, Les peuples soumis, nettoyeurs d'étables.

Donc, il faut chasser les instincts troublants Et laisser entre eux s'unir les esclaves, Graisseurs des moyeux, piqueurs des bœufs lents, Tandis que, le soir, nos filles suaves S'enlacent à nous de leurs beaux bras blancs.

En route, à cheval, tribu souveraine.

Héros descendus des hauts pics neigeux; Filles aux pieds blancs que chacun emmène! Nous retrouverons les rires, les jeux.

Et r amour ce soir; la halte est prochaine.

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