‹ Le coffret de SantalChapitre 48 sur 107 · POSSESSION · texte numérisé non relu

POSSESSION

Puisque ma bouche a rencontré Sa bouche, il faut me taire. Trêve Auxmots creux. Je ne montrerai Rien qui puisse trahir mon rêve.

Wk

Il faut que je ne dise rien De l'odeur de sa chevelure, De son sourire aérien, Des bravoures de son (illure,

l32 LE COFFRET DE SANTAL

Rien des yeux aux regards troublants, Persuasifs, cabalistiques, Rien des épaules, des bras blancs Aux effluves aromatiques.

Je ne sais plus faire d'ailleurs Une si savante analyse, Possédé de rêves tneilleurs Ou ma raison se paralyse.

Et je me sens comme emporté, Epave en proie au feu des vagues, Par le vertige où m'ont fêlé Ses lèvres tièdes, ses yeux vagues.

On se demandera d'où vient L'influx tout-puissant qui m'oppresse, Mais jjersonne n'en saura rien Que moi seul... et l'Enchanteresse.

Bile s'est endormie un soir, croisant jes bras, Ses bras souples et blancs sur sa poitrine frêle, • Bt fermant pour toujours ses yeux clairs, déjà las De regarder ce monde, exil trop lourd pour Elle.

Elle vivait de fleurs, de rêves, d'idéal, Ame, incarnation de la Ville éternelle.

Lentement étouffée, et d'un semblable mal, La splendeur de Paris s'est éteinte avec Elle.

Et pendant que son corps attend pâle et glacé La résurrection de sa beauté charnelle, Dans ce inonde oh, royale et douce, Elle a passé, Nous ne pouvons rester qu'en nous souvenant d'Elle.

l34 LE COFFRET DE SAÎ4TAL

Page 1