RENDEZ-VOUS
A J. KECK
Ma belle amie est morle, Et voilà qu'on la porte En terre^ ce matin, En souliers de satin.
Elle dort toute blanche, En robe de dimanche, Dans son cercueil ouvert Malgré le vent d'hiver.
Creuse, fossoyeur, creuse A ma belle amoureuse Un tombeau bien profond, Avec ma place au fond.
Avant que la nuit tombe Ne ferme pas la tombe; Car elle m'avait dit De venir cette nuit.
De venir dans sa chambre :
« Par ces nuits de décembre, Seule, en mon lit étroit, Sans toi, fai toujours froid. »
Mais, par une aube grise , Son frère l'a surprise Nue et sur mes genoux.
Il m'a dit : « Battons-nous.
Que je te tue. Ensuite Je tuerai la petite. »
C'est moi qui, m'en gardant.
L'ai tué, cependant.
l6 LE COFFRET DE SANTAL
Sa peine fut si forte Qu'hier elle en est mo}'te.
Mais, comme elle m'a dit, Elle m'attend au lit.
Au lit que tu sais faire, Fossoyeur, dans la terre.
Et, dans ce lit étroit, Seule, elle aurait trop froid.
J'irai coucher près d'elle, Comme un amant fidèle, Petidant toute la nuit Qui jamais ne finit.