‹ Le coffret ou Le trésor enfoui [microforme]Chapitre 2 sur 65 · PR RU · texte numérisé non relu

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je crérais hen que Charlot le charron de vis-à-vis, peut vous le dire.

— Bonjour donc, ma bonne femme; et Serremañfiles se dirigeait vers la porte, lorsque Charlot lui-même, qui s'attendait À se faire traiter par l'étranger, se trouva nez À nez avec ce dernier sur le seuil même de Îa porte,

— Bonjour, M'sien, excusez, je ne vous savais pas si près.

Mais Israël qui était un homme ménager de ses paroles comme de 5068 çboles, lui fit les mêmes questions qu'à la femme de l’aubergiste. Charlot, tout fier du rôle qui lui incombaîit, répondit que lui, Charlot, ini seui et pas d'autre, était chargé de vendre et de livrer la ferme et {a maison,

— Parfait! dit Israël, combien?

— Attendez un peu, dit Charlot, qui n'avait pas l'habitude d'aller sf rondement en affaires, espérez une petite miette...... c'est-y vous qui voulez 2cheter? \

— Qui

— Combien est-ce que vous vouîies donner?

— Combien demandez-vous?

— Dfx milles franes,

— C'est trop...... prenez-vous huit mile franes?

— Ah? par exempie, ‘huit mille francs! rien que huit mille francs, une terre de deux arpents,......., toute clôturée, .....toute........

-— Prenez-vous huit mille francs?

— Ah! je sais pas trop; la maison est presque toute neuve, les bâtiments.

— Prenez-vous huit mille francs?

— Dites donc, M'sieu, c’est pas comme ça que se font les marchés par ici, Attendez un peu, il faut prendre queique chose,—et fl clignotait de l'œil à la femme de l’aubergiste qui se dirrigea du côté du buffet,

— Je ne prends rien. —Mais vous, pour la dernière fois, prenez-vous huît mille francs?

— Dame! dame! c'est que vous allez vite, vous, eh! bien, oui, je les

prends, mais comptant,

— C'est juste, Allons chez le notaîire,

Et ils se rendirent de ce pas chez le notaire, qui dressa le contrat, le lut à voix posée aux deux parties intéressées, fit signer Israël, car pour Charlot, son éducation primaire ne iui avait pas permis d'aller au-delà de la croix comme seing manuel,

Et voilà comment, après deniers

se comptant et bien comptés, Monsieur Israël Serremaille se vit en possession

L d’une mafson d'habitation et d’une ferme de deux arpents sur la belle paroisse de Mask.

Cette transaction si lestement conduite et si promptement terminée, ce paiement de huit mille francs effectué, séance tenante, en présence du notai-

Ë re, les paroles rares et rudes d'Israël,

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tout cela avait un peu étourdi ce brave Charlot, dont la tête tournait comme les roues qu'il fabriquait de son métier de charron. Il s’empressa de régaler la foule qui l’entoura à sa sortie de l'étude du notaire, de toutes sortes de détails faux mais bien propre à surexciter l'imagination de gens déjà bien disposés au merveilleux. L'étranger était muet ou à peu près.—Sa redingotte avait des poches d'une profondeur...,... ! son portefeuille était gros comme ça!—et il montrait ses deux énormes poings—et les billets de mille francs! ah! ma frime! il y en avait assez pour acheter toute la paroisse et le gouvernement: bref, disait Charlot, en baissant la voix et laissant siffloter ces mots entre ses dents;

— On ne saît pas trop—c est peut- A6 PPT PTT

— Dis donc, Charlot, hurla Patoche le forgeron, par dessus toutes les têtes des premiers rangs, dis donc, sont- {lg bons tes billets!

— Tu feras bien, dit le bedeau, qui en 8a qualité de crieur publique, servait en conscience toutes les nouvelles à la poste, tu ne ferais pas mal d'aller consulter un peu M. le Curé,

— C'est ça, c'est ça; allons montrer ces billets à M. le Curé, s’ils ne sont pas bons, il va bientôt te le dire,

“Ft les cancans et les suppositions allaient leur train de diable. Ce pau-

raéshentes.

RON So mens sene

vre Israël, s’i' n’était pas Lucifer en personne, était du moins un sorcier en accoïntance intime avec lui. Enfin, comme tout a une fin dans ce monde, la nuit arrêta court les cancans envenimés de cette bonne pâte de gens qui pe feraient pas de mal à une mouche, mais qui lapideraient de grand cœur un homme qu’ils croiralient appartenir de près ou de loin à la race des sorciers.

Le lendemain, qui était un dimanche, tous les habitants de la paroisse, répandus par groupe sur la place libre que l’on trouve partout en face de l’Eglige Paroissiale, se racontaient l’événement de la veille; la venue d'Israël prenait des proportions gigantesques.

—-D'où venait-il? qui était-? Qu'est-ce qu'il venait faire dans la maison de défunt CEabanon? A toutes ces questions, chacun hasardait sa supposition qui n’était jamais la bonne, au dire du voisin qui lançaît aussi la sienne pour la voir rejetée par les autres compères.

— Enfin, on verra bien plus tard, dit un des anciens. Voilà le troisième coup de la grand'messe. Entrons, entrons, mes enfants, vous savez bien que M.

le Curé n’aime pas qu’on arrive après l'Asperges commencé.

Et les braves gens entrèrent en masse et pieusement entendirent la sainte messe et les bonnes et charitables instructions du digne pasteur de leur pa-

eee

roisse,

À l'issue de la messe, ja première nouvelle qui terrassa, pour ainsi dire, les fidèles paroissiens, fut qu'Israël avait disparu. Disparu! Sauvé} après avoir payé huit mille francs! Il n’y avait plus à en douter, c'était un 8orcier.

Cette sainte journée du Dimanche fut bien mal employée cette fois-1à.

Le diable dut voter des remerciements à Israël], car, de fait, c'était bien Israël Serremaille qui faisait les frais de toutes les conversations; c'était lui qui tournait toutes les têtes.

Quatre jours plus tard, nouvel émoi, La maison de la ferme était de nouveau habitée, et, non seulement habitée, mais meublée. Tout cela était ar-

plus hardi bon à rien du village qui g'était aventuré jusqu'à aller regarder par la fenêtre, au risque de 8e voir escamoter par Satan, avait rapporté qu'il avait vu le sorcier entouré de toutes sortes de belles marchandises, qu'il y en avait pour gros.

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