OU CHAQUE ASSOCIE SE FAIT BARBIER
La séance a lieu cette fois chez le Conseiller Sabelle.
Les associés répondirent tous à l’appel; et firent honneur au souper. Cet-
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te importante opération terminée, Valdu qui voyait que Sabelle gardait encore sur ses traits le mécontentement de sa mésaventure de la veille, voulut regaillardir un peu cette dupe qu’il estimait comme l’une des plus faciles. “Messieurs, dit-il, l’un de vous a eu le malheur de détruire le charme au moment même où la baguette de fer venait d'indiquer i’endroit où se trouvait enfoui le coffret. Cette nuit, que j'ai passée à méditer les moyens de détourner ie malheur de vous tous, le Grand Destin m'est apparu: “Je ne veux pas, dit-il, qu’un homme de bonve foi souffre plus longtemps d’une indiscrétion ou faiblesse bien excusable dans une première épreuve. Sabelle a découvert le coffret; c'est donc à lui seul qu’en revient tout l'honneur!” “Voilà, Messieurs, ce que le Grand Destin m'a communiqué, et il m'a ordonné de vous dire les paroles que
vous allez entendre. Je n’ai pas besoin
de vous répéter de nouveau que, la séance étant ouverte, le silence, le plus grand des silences, doit régner ici:
Silence donc! un,
“Voici une feuille dé papier sur laquelle j'ai écrit un engagement que vous allez tous signer — par lequel vous promettez nayer au Conseiller Sabelle, ici présent, la somme de seize mille piastres, lorsque le coffret sera trouvé; il en restera toujours assez
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pour contenter les plus ambitieux. A:
vancez, M. le Maire, et donnez le bon exemple: Signez — les autres feront comme vous après vous.”
Et ils obéirent, les pauvres imbéciles. Sabelle était radieux. Peu s'en fallut qu’il ne rompiît encore le Charme par une exclamation intempestive.
Il se contint à temps.
“Cette séance sera courte: il est nécessaire, dans les vues du Destin,æque vous procédiez à une petite opération peu doulovreuse d'ordinaire.”
Les associés se regardaient entr'eux avec malaise: ce vilain mot d’opération sent son couteau d’une lieue.
“Rossurez-vous, le Grand Destin n’est pas un bourreau. Il a horreur du sang, Ii s’agit tout bonneïnent de raser votre barbe et vos moustaches. Naturellement ceux d’entre vous qui ne possèdent pas cet élégant buisson de poils, se trouvent tout 2rêts. M. le Coxseiller Sabelle va vous fournir et des ciseaux et des rasoirs. L'eau chaude est défendue. Je me retire pour ne pas vous gêner dans cette occupation si intéressante et si nécessaire à mes projets futurs. Je viendrai vous rejoindre dans deux heures.”
Et Valdu sortit de ia maison de Sabelle pour aller fumer une pipe à quelques pas, riant entre ses barbes que le scélérat n'aurait pas rasées pour tout l'or du monde. Il songeait, à part s90i,
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qu'il était temps de faire voir le jour aux vieilles piastres des associés; aussi se promit-il d'imposer des amendes dru comme grêle. Pour ne pas trop retarder le récit, disons de suite qu'il ne manqua pas à son engagement. Du reste on le verra au dénouement de cette véridique histoire.
De retour à la maison, Valdu put contempler sur la table le résultat de la petite opération, ainsi qu’il appelait cette razzia barbue. Les associés étaient rasés comme des enfants de chœur. 11 nous est impossible de dire quelles furent leurs réflexions en }’absence du sorcier; toujours est-il qu’à son entrée dans la chambre, les figures se firent graves; et le seul mouvement que se permirent ses victimes fut de passer la main de temps en temps sur la partie dénudée de leur visage.
“Demain soir, Messieurs, les épreuves se continueront chez M. le Conseiller Pauqué. 1l y aura souper, bien entendu. Ecoutez bien! vous y conduirez chacun votre femme, que vous ferez habiller de blanc des pieds à la tête; vous vous procurerez des cierges, et notre invocation solennelle aura, je l’espère, l'effet de nous rendre favorable le grand Destin. — Soyez ponctuels.”
“Silence et Discrétion. Bonsoir.”
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