‹ Le coiffeur et le perruquierChapitre 20 sur 21 · SCÈNE XX ET DERNIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE XX ET DERNIERE

Les Précédons, JUSTINE.

ï»OU£)RET à Justine, qui entre , en la prenant par la

main.

Tiens , Justine. . . viens avec moi. . . abandonnons un ingrat qui oublie à la fois son maître et sa maîtresse.

JUSTINE

Qu'est-ce que cela veut dire?

poudret.

Que ton fidèle amant, que M. Alcibiade épouse mademoiselle Desroches.

JUSTINE , allant à mademoiselle Desroches. Quoi! mademoiselle. . . vous m'enlevez mon amoureux !.. ( à Alcibiade ) Quoi , Monsieur ! . . .

ALCIBIADE

Justine , ne m'accablez pas.

MIle DESROCHES ET DESROCHES.

Qu'est-ce que cela signifie ?

ALCIBIADE

Qu'il faut enfin parler, et se faire connaître !.. . aussi bien l'incognito commence à me peser ; et mon nom n'est pas de ceux dont on doive rougir!... oui , mademoiselle ? oui, monsieur... je suis ce brillant Alcibiade que trop d'ambition , que trop de succès ont égaré peut-être!... je suis coupable, il est vrai... non pas d'avoir voulu m'élcver; c'est une audace qui sied au talent... et Poudret luimême ne me désavouera pas !. . . mais ce que j'ai à me reprocher, c'est d'avoir pu oublier un instant celle dont j'étais aimé... c'est d'avoir été fier et ingrat envers mon ancien et respectable professeur... Oui, messieurs... pour réparer mes fautes, je proclame ici , et je le répéterai dans tous les salons de coiffure de la capitale... ce sont les premiers principes que j'ai reçus de M. Poudret, principes que j'ai perfectionnés peut-être , qui ont été la cause de ma fortune j et, si jamais le caprice ou la mode m'élève des statues , c'est lui qui en aura été le piédestal.

POUDRET.

Le jour de la justice arrive donc enfin!

ALCIBIADE

Je n'ose espérer qu'un tel aveu suffise pour expier mes

torts... mais cependant; si Justine daignait me pardonner... si son oncle était touché du repentir de son élève... je lui dirais : «Soyons amis y Poudret ; ( Ici Poudret commence à » pleurer. ) la gloire à blanchi tes cheveux... il est tems de » songer au repos. . . abandonne la place Royale . . . transporte » dans la rue Yivienne et ton plat à barbe et tes dieux do- » mestiques... viens , par ta vieille expérience , modérer » ma jeune audace !.... perruquier émérite , barbier hono- » raire, sois mon associé ! régnons ensemble... toi, parle » conseil, moi, par l'exécution... consilio manuque... et » si je suis l'Achille... sois le Nestor de la coiffure » !

JUSTINE

Mon oncle... je le vois... vous êtes touché... poudret 7 pleurant.

Son repentir me suffit. . . il reconnaît son maître. . . il rend hommage à celui qui lui a mis les armes à la main... je pardonne.

Mlle DESROCHES.

Ah ! mon frère ! quel désappointement !.. . et quelle leçon.

DESROCHES

Tous en profiterez , ma sœur, et vous épouserez M. Durand.

ALCIBIADE

Et c'est moi qui le coifferai... ou plutôt nous le coifferons*. . . car vous venez rue Yivienne.

POUDRET.

Non, Alcibiade ! Tu me connais bien peu !... je sais

résister à tes offres séduisantes... fidèle à mes principes, je reste au Marais... je veux mourir et coiffer aux lieux où je suis né...

« Et que Ton dise enfin, en me voyant paraître , 11 a fait des coiffeurs, et n'a pas voulu l'être ».

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